MESSAGE lors du coup d’envoi pour les JMJ !

Comme dans un match de football, ce samedi soir 13 novembre, a été donné à Ambronay le coup d’envoi des J.M.J. pour le diocèse. Ce fut une soirée tout à la fois festive, joyeuse et recueillie, dans une atmosphère détendue qu’il est difficile de retraduire. Beaucoup de jeunes étaient venus – deux cents, peut-être plus – accompagnés de jeunes prêtres, de jeunes foyers, de séminaristes. C’était une jeunesse pleine d’élan qui se mettait en route pour le grand rassemblement de Cologne.
J’ai évoqué devant eux la fameuse soirée des J.M.J. de Rome, en août 2000, où le Pape, tenant par la main 5 jeunes des 5 continents, avait franchi une immense Porte, au milieu d’une vaste prairie et en présence d’une foule estimée pour le moins à deux millions de personnes. C’était l’Évangile rendu visible : « Je suis la Porte. Nul ne va au Père sans passer par Moi ! « . On entrait dans le troisième millénaire avec le Christ et par le Christ. Ce symbolisme parlait de lui-même : ces mille ans qui sont devant nous, nous voulons les vivre avec Jésus comme Compagnon de route. Chaque jour, nous voulons le choisir comme notre Seigneur et notre Maître, avec une confiance sans limite ! Car, si « nous ne savons pas quels événements nous réservera le millénaire qui commence », du moins, « nous avons la certitude qu’il demeurera solidement dans les mains du Christ. » À nous de marcher, d’aller de l’avant !
« Avance en eau profonde », avait dit Jésus à un Pierre hésitant, qui ne savait pas s’il fallait jeter les filets à cette heure du jour où, selon le bon sens humain du pêcheur qu’il était, il était sûr de ne prendre aucun poisson ! Il finit par s’abandonner ; il s’exécuta ! Cette pêche inattendue, improvisée, « déraisonnable », il la ferait, oui, en partant du Christ : « Sur Ta Parole, je jetterai les filets ». Agir, en trouvant dans le Christ Lui-même l’élan qui nous porte à agir, c’est là toute la conversion qui est demandée à Pierre.
Ce retournement, qui prend Jésus comme point de départ, comme source d’action, se retrouve dans la vie de François d’Assise. Voici comment le grand écrivain, Julien Green, rapporte l’événement :
« Un jour qu’il se promenait dans la campagne pour essayer en marchant de voir clair dans ces choses, il poussa jusqu’à une église fort ancienne et tombant en ruine : San Damiano. C’était là que Dieu l’attendait depuis toujours. Une grande croix tragique, pendue au-dessus de l’autel et peinte avec une naïveté touchante, saisit aussitôt son regard. Le Christ, les bras étendus, tournait les yeux au loin, comme s’ils cherchaient sur la route quelqu’un de bien long à venir. François aussitôt tomba à genoux.
Dans toute l’Italie, il y avait tant de croix et, à force de les voir, on finissait par ne plus songer à ce qu’elles s’efforçaient de dire, mais, pour François, ce jour-là n’était pas un jour comme les autres et il vit peut-être la crucifixion pour la première fois. Il eut alors la révélation subite de ce qu’était la mise en croix de Jésus. Ce fut comme si on ne lui en avait jamais rien dit et son coeur se déchira de compassion et d’amour, d’amour pour celui qui s’était laissé clouer sur du bois par amour, par amour pour lui, Francesco di Bernardone, à genoux, muet, le visage mouillé de larmes. Et, dans une sorte d’immobilité de tout, du temps, de l’air, de la création, le Christ peint se mit à parler. N’est-ce pas terrible une image qui parle dans une église vide ? Paralysé d’effroi et de stupeur, le jeune homme se sentit arraché à lui-même et comme soulevé de terre. Comment une image pouvait-elle parler ? Mais il savait qu’il ne rêvait pas.
La voix disait : « François, répare ma maison. » Du coeur du Christ dans le coeur de François, l’amour passa et repassa en un indescriptible échange. Revenu à lui, le jeune homme connut la désolation de l’âme qui se retrouve dans le monde créé. Au bout d’un moment, il se signa et sortit, emportant dans la tête une phrase qu’il comprenait de travers et dans le coeur l’ineffaçable empreinte de la crucifixion. Elle le faisait tellement souffrir que, de retour à Assise, sans effort pour se retenir, il en gémissait bruyamment de douleur, mais il savait maintenant ce qu’il avait à faire. Dieu lui avait enfin révélé clairement sa volonté : réparer les murs de son église en péril. Il n’y avait d’erreur que dans une lettre minuscule : où François croyait comprendre église, il eût dû penser « Église », mais comment l’aurait-il pu ?  »
Cette croix de Saint Damien que l’on a pris l’habitude d’appeler depuis : la « croix de saint François » était là, ce soir-là, devant tous ces jeunes, bien en vue sur le podium. Je l’ai remise à un groupe de jeunes de la paroisse d’Ambérieu qui, eux-mêmes, devront la transmettre à des jeunes de Meximieux, au cours de l’Eucharistie dominicale. Ainsi se trouvait amorcée une chaîne, appelée à traverser toutes les paroisses du diocèse, au cours des mois qui viennent, jusqu’à la date du départ pour Cologne.
Le symbolisme est éloquent. Comme pour Pierre, et comme pour François, il s’agit de « repartir du Christ », de trouver en Lui le point de départ de nos décisions et de nos actions pour imprégner le monde de son Évangile. Ce soir-là, c’était spécialement aux Jeunes qu’était adressé ce message. Il n’était pas inutile de leur rappeler ce que Jean-Paul II avait dit à ceux qui étaient rassemblés aux JMJ de l’an 2000 : »Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier !  »
Oui, j’ai dit à ces jeunes, réunis à Ambronay : « Mettez le feu au diocèse !  » « Vous vous préparez à aller adorer le Christ à Cologne, comme l’ont fait les Rois Mages à Bethléem, avec tous les jeunes du monde que vous retrouverez là-bas. Prenez dès maintenant, comme guide, l’étoile de Bethléem ! Faites entrer, dans l’élan qui vous porte, toutes les paroisses du diocèse, toutes vos familles, tous vos amis les jeunes que vous côtoyez dans vos écoles, vos universités, vos lieux de travail. Invitez-les à ce rendez-vous de la jeunesse chrétienne ». Ne voit-on pas, sur la croix, le Christ les bras grands ouverts, comme pour embrasser en Lui tous les hommes ! C’est Lui qui, du haut de la croix, a parlé à François. À vous aussi, il dit : « Va, répare ma maison » ; c’est-à-dire : « Fais de chaque jeune une pierre vivante de Mon Église. » » Merci au Père Bruno Boucly et aux organisateurs de cette magnifique veillée !
Mgr Guy-Marie Bagnard, 23 novembre 2004