Marcher pour la Vie – Edito Février 2012

L’Église, à travers les papes qui se sont succédés et les textes qu’ils ont publiés, tous sans exception, ont appelé les chrétiens à accueillir et à défendre la vie naissante. Vatican II, ce concile auquel on aime se référer comme à un guide autorisé, déclare : « La vie doit être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables. » (Gaudium et Spes n° 51).

La Vie en abondance

Tout l’Évangile résonne de cet amour de la vie, depuis le pardon donné qui remet courageusement sur la route de l’existence, en passant par l’accueil chaleureux réservé aux enfants, jusqu’à ces paroles de Jésus : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ! » Jésus apporte la vie ! L’Évangile est pareil à une brise qui annonce le printemps !

Aussi le chrétien se sent-il appelé à exprimer ses convictions dans la société qui est la sienne et qui souvent propage, en bien des domaines, une culture de mort. Il se sent d’autant plus appelé à mener une action concertée qu’il perçoit l’impuissance de beaucoup d’hommes politiques. Moi-même, j’entendais récemment un député présenter la nouvelle loi sur la bioéthique après sa révision qui s’est étendue sur près de deux années. Il disait en substance : « Les députés ne peuvent quasiment rien faire sans le soutien et l’action des associations ; ce sont elles qui peuvent influer sur l’orientation des futures lois. Nous autres, au Parlement, nous cherchons plutôt à éviter le pire, c’est-à-dire à éviter le vote de lois encore plus compromettantes pour la sauvegarde de la vie et pour la dignité de l’être humain. »

Une cause au-dessus des partis et des religions

C’est bien dans cet esprit que, depuis ses origines, je soutiens la Marche pour la Vie à Paris. Je m’y suis rendu pour la seconde fois le 22 janvier dernier. J’ai été frappé par la présence de nombreux jeunes. Je me serais cru aux Journées Mondiales de la Jeunesse de 1997 à Paris. On croisait alors des groupes de jeunes un peu partout dans les stations de métro ou dans les rues de la capitale ; ils chantaient et exprimaient leur foi dans une joyeuse spontanéité. Le 22 janvier, c’était évidemment différent. Le rassemblement était joyeux mais, en même temps, il était grave, vue la cause en jeu : il y avait des ballons, des banderoles, des slogans, une voiture haut-parleur, mais rien, dans tout ce qui était exprimé, ne transpirait l’agressivité ou la violence. Le service d’ordre ? imposant ? se contentait d’ouvrir et de fermer la marche.

Un autre aspect m’a frappé. Ce rassemblement n’était ni à l’initiative, ni sous la direction d’une formation politique quelconque. Je n’ai vu nulle part la mise en avant d’un parti cherchant à s’emparer de l’événement, alors que l’on se trouvait en pleine période électorale. Non ! L’unique préoccupation, c’était bien la défense de l’enfant que l’on supprime dans le sein de sa mère ! Cette cause se situait au-dessus des partis et même au-dessus des confessions religieuses !

Car en effet, faut-il être chrétien pour défendre une telle cause ? On voit bien que non ! Et cela aussi m’a frappé. La dignité de l’être humain n’est pas l’apanage des chrétiens, même si dans le cortège on pouvait deviner leur présence, aussi bien du côté évangélique que du côté catholique. Ils étaient là parce qu’ils connaissent l’Évangile et entendent les appels de la conscience. Mais tout homme de bonne volonté, sans référence religieuse, sait bien que supprimer l’enfant dans le sein de sa mère, c’est faire disparaître un être humain. C’est s’en prendre à un membre de la famille humaine. Tout avortement est une agression mortelle contre un innocent. Qui pourrait aller contre cette évidence ?

Le courage de défendre les plus vulnérables

Avec le nombre d’enfants supprimés chaque année dans notre pays, on peut deviner l’immense sentiment de culpabilité qui pèse imperceptiblement sur les consciences et qui enfonce dans une solitude profonde celles et ceux qui ont pris cette responsabilité. Ce n’est pas avec des tranquillisants que l’on reprendra joyeusement la route de son existence quotidienne.

Dire cela n’est pas exprimer un jugement qui condamnerait des personnes ! Qui pourrait se le permettre ? C’est seulement reconnaître avec réalisme les conséquences objectives qu’entraînent ces interventions contre des êtres humains sans défense et qui jugent le climat humain et spirituel de toute une société. Aujourd’hui, il faut avoir un certain courage pour le dire, alors qu’une opinion assez générale s’emploie à prouver tout le contraire, avec une profusion étourdissante d’arguments ; mais le plus souvent, on recouvre cette réalité sociale d’une pesante chape de silence. Sans doute faudra-t-il encore d’autres Marches pour la Vie pour faire entendre la voix de l’évidence. Tout homme de bonne volonté ne peut que se joindre à cette voix. Nous sommes tous responsables des lois qui organisent nos sociétés dites « modernes ». Parmi toutes ces lois, il en est quelques unes qui font régresser nos pays dans le domaine de la dignité humaine !

? Père Guy-Marie Bagnard
Évêque de Belley-Ars