Lettre aux prêtres et aux diacres

Cher Père et Frère,

Vous recevez cette lettre au début du Carême. C’est la première fois que je vous adresse un courrier à l’ouverture de ce temps liturgique.
Je voudrais simplement donner une orientation plus particulière à la démarche de conversion que nous propose à tous la liturgie. Vous savez que, depuis plus d’un an, nous réfléchissons à l’évangélisation dans notre diocèse. Plusieurs rencontres ont déjà eu lieu avec les Conseils diocésains, avec les laïcs en mission pastorale, avec également les Services qui structurent la vie diocésaine. D’autres rencontres auront lieu dans les mois qui viennent. Chaque fois, nous avons abordé cette question en la plaçant sous le signe de l’appel pressant de saint Paul : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! »
Dans la mission, les prêtres occupent une place privilégiée, sans exclusive, bien entendu ! Si, en effet, chacun d’entre nous, prêtres, nous sommes « partants », l’effort entrepris se fera ressentir partout dans le diocèse !
L’un des points sur lesquels la conversion peut nous être demandée, c’est bien, paradoxalement, celui de notre foi personnelle. La raison en est simple : c’est que l’action missionnaire procède toujours de la foi. « Pourquoi la mission ? » s’interrogeait Jean-Paul II. « La véritable libération, c’est s’ouvrir à l’amour du Christ… La mission est un problème de foi, elle est précisément la mesure de notre foi en Jésus-Christ et en son amour pour nous. » (Redemptoris missio n°11). Nous avons tous à nous interroger. Est-ce que j’adhère, dans toute la profondeur de mon être, aux paroles de Jésus : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie » ? La foi n’est pas quelque chose de statique, elle évolue, elle s’amplifie ; elle peut aussi s’affaiblir ! Ce que dit l’Apocalypse peut être vrai pour chacun d’entre nous : « J’ai contre toi que ta ferveur première, tu l’as abandonnée » (Ap 2,4). C’est la foi vivante et ardente qui crée le mouvement missionnaire.
La réponse de Pierre en est une illustration exemplaire : « Sur ta parole, je jetterai les filets. » Elle nous indique à nous, prêtres, que ce n’est pas d’abord à partir de nos analyses humaines, de nos compétences ou même de notre détermination, mais sur sa parole à Lui que nous jetons les filets ! C’est bien Lui qui rend féconde notre action, ce qui suppose une adhésion de foi profonde en sa Personne. D’autant que – comme l’écrivait Paul VI – « il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, ne sont pas annoncés. » (Evangelii Nuntiandi n° 22). Je vous invite à mettre à profit ce temps de Carême pour renouveler notre foi de pasteurs !
La mission est également liée au témoignage d’unité que donnent ceux qui oeuvrent à l’évangélisation. S’ils ne travaillent pas en communion les uns avec les autres, s’ils ne se donnent pas la main, si leur coeur n’est pas ouvert les uns aux autres, leur parole n’est pas crédible. C’était le sens de l’invitation de saint Paul aux chrétiens de Rome : « Recherchons donc ce qui nous associe les uns aux autres en vue de la même construction. » (Ro 14,19).
Travailler à la même construction ne veut pas dire que nous devons tous faire la même chose, et de la même façon, jusque dans les détails. Le mot «uniformité» ne se trouve pas dans l’Évangile, mais seulement celui d’ « unité ». A regarder le groupe des Apôtres, les différences sautent aux yeux. Et pourtant, tous ont évangélisé avec le même attachement à la Personne du Christ. Chez les saints, même constat ! Quelle distance entre un saint Louis et un saint Benoît Labre : l’un qui était roi et l’autre mendiant ! Et pourtant les saints se ressemblent tous ! Cette diversité est une richesse quand elle vient conforter l’unité.
Prêtres, nous sommes appelés à travailler ensemble dans un esprit de véritable fraternité. Si nous nous mobilisons pour la mission, nous devons le faire ensemble pour que nos efforts portent tous leurs fruits. C’est une urgence dont on trouve l’écho dans ces quelques lignes de Christifideles Laïci : « Le problème missionnaire se présente de nos jours à l’Église avec une ampleur et une gravité telle que seule une prise en charge vraiment solidaire des responsabilités de la part de tous les membres de l’Église, individuellement ou en groupe, peut donner l’espoir d’une réponse plus efficace. » (CL n°35)
Comment demander à tous « une prise en charge vraiment solidaire » si déjà, entre prêtres, nous ne vivons pas cette solidarité, faite d’accueil mutuel, d’entraide, de collaboration, de bienveillance fraternelle !
C’est à nous, pasteurs, qu’il revient d’ouvrir nos communautés les unes aux autres, de permettre entre elles les échanges, de les relier à l’ensemble du diocèse qui n’est en lui-même que la cellule d’un corps plus vaste : l’Église. Le cardinal Lustiger voyait juste quand, dans la préparation de la Semaine « Toussaint 2004 », il expliquait : « Tous les points sont solidaires. Aucun n’est inutile, dès le moment où il est relié aux autres. La paroisse la plus petite et la plus pauvre, comme la plus grosse et la plus riche, aucune ne peut suffire. Seul l’ensemble répond à la mission.  » Il n’est parlé ici que des « Paroisses », mais nous devons y ajouter l’action des Mouvements, celle des Aumôneries, celle des Écoles catholiques, des Médias diocésains, etc… Et bien sûr, celle de tous les fidèles de nos communautés qui, eux aussi, auront à jouer un rôle important dans cette mission d’évangélisation. Comme pasteurs, nous sommes appelés à favoriser cette communion d’ensemble, en commençant par construire entre nous une véritable fraternité sacerdotale. La conversion dont nous parle le temps de Carême doit faire grandir la Charité dans nos relations.
Voilà, chers Frères, les deux points sur lesquels je me permets d’attirer votre attention, pour le service de l’évangélisation : – approfondissement de notre foi personnelle ; – approfondissement de notre communion mutuelle.
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Je vous redis toute mon amitié, en vous souhaitant un Carême riche en grâces et en fécondité spirituelle.
A Bourg-en-Bresse, le 1er mars 2006 ? Père Guy Bagnard Évêque de Belley-Ars