Lettre aux prêtres et aux diacres

Cher Père et Frère, Dans deux semaines, nous célébrerons le Premier dimanche de l’Avent . A l’occasion de cette entrée dans une nouvelle année liturgique, je vous envoie ce courrier puisque je n’ai pu le faire à la rentrée de septembre.

Le dimanche 23 octobre, le Synode sur l’Eucharistie s’est achevé à Rome et avec lui a été clôturée solennellement l’année de l’Eucharistie, voulue par Jean-Paul II et continuée par Benoît XVI. Dans leur message final, les évêques synodaux se sont adressés aux prêtres, les premiers serviteurs de l’Eucharistie. Je voudrais reprendre à mon compte leurs propres mots et vous les retransmettre en mon nom personnel : ils m’ont touché par leur justesse de ton et leur à-propos : « Chers prêtres, nous avons beaucoup pensé à vous en ces jours. Nous connaissons votre générosité et vos défis. Vous portez en communion avec nous le poids du service pastoral quotidien auprès du peuple de Dieu. Vous annoncez la Parole de Dieu, en veillant à bien introduire les fidèles dans le mystère eucharistique. Quelle grâce que votre ministère ! Nous prions avec vous et pour vous, afin qu’ensemble nous demeurions fidèles à l’amour du Seigneur ; nous vous demandons d’être, avec nous et à l’exemple du Saint-Père Benoît XVI, ces « humbles ouvriers dans la vigne du Seigneur », avec une vie sacerdotale cohérente. Que la paix du Christ que vous donnez aux pécheurs repentis et aux assemblées eucharistiques, rejaillisse sur vous et sur les communautés qui vivent de votre témoignage.  »

Avec les Pères du Synode – et sans doute avec l’ensemble des évêques du monde -, je mesure l’importance de la tâche que vous accomplissez. Les regroupements des paroisses ont augmenté l’étendue de votre charge et font peser aujourd’hui sur vos épaules des responsabilités plus lourdes. Si le ministère réserve des joies profondes – celle de voir des jeunes s’ouvrir à la Parole de Dieu, des adultes prendre une part du service de la communauté, des jeunes foyers renouer avec la grâce de leur Baptême, des personnes âgées ou malades vivre les épreuves de la solitude et de la maladie dans un esprit d’offrande et d’intercession – ce même ministère comporte aussi des moments d’épreuve. Il nous met en présence de situations qui font souffrir : celles, par exemple, de l’indifférence, de notre impuissance à répondre à toutes les attentes ; de ne pas être reçu dans la juste compréhension de notre vocation de prêtre, de voir nos communautés s’amenuiser, etc.En parlant avec vous lors de mes passages en paroisse, les samedis ou les dimanches, ou à l’occasion d’une fête, je ressens vivement les responsabilités que vous portez. Vous vous en ouvrez volontiers, surtout pour chercher des solutions et des points d’appui. Je ne saurai jamais assez vous dire ma gratitude et ma reconnaissance profonde pour cette tâche accomplie, souvent en silence et dans l’obscurité, avec une préoccupation majeure : que le Christ soit mieux connu et aimé des hommes et des femmes qui habitent les Pays de l’Ain. C’est bien vers eux que nous sommes envoyés ! En octobre de l’année dernière, je vous avais envoyé une lettre pour relayer l’appel de Jean-Paul II à faire de cette année 2004 – 2005 une année de l’Eucharistie. Les quelques suggestions que j’y avais rassemblées portaient, tout naturellement, sur ce sacrement. Elles gardent aujourd’hui leur actualité, alors que l’année est maintenant achevée, car ce sacrement demeure au soeur de notre ministère de prêtre. La manière dont nous le célébrons personnellement, le soin que nous apportons à la préparation des homélies, le sens du recueillement et de la dignité auxquels nous formons nos communautés, tout cela fait partie de notre tâche de pasteur. Jean-Paul II disait : « Il n’est permis à personne de sous-évaluer le mystère remis entre nos mains ».L’attention portée à la formation des servants d’autel, aux équipes liturgiques, à la célébration des premières communions, à la fête du Saint-Sacrement, à la mise en valeur du dimanche sont des données de la pastorale ordinaire. Plutôt que de multiplier les initiatives, il s’agit d’un état d’esprit qui nous fait chercher dans l’Eucharistie la Source de toutes nos activités pastorales quotidiennes ! Je pense à ce qui s’est passé aux JMJ de Cologne. Les jeunes ont été invités à prendre le temps de l’adoration. J’ai été surpris de l’ampleur de leur réponse, ainsi que de leur attention soutenue pendant les catéchèses. Il y a vraiment un tournant qui se dessine en faveur d’une intériorisation et d’une recherche de formation. Ce sont là des signes d’espérance que nous devons inscrire profondément dans nos soeurs de pasteurs. Les quatre évêques français délégués au Synode nous ont expliqué à Lourdes que cette redécouverte de l’adoration eucharistique n’était pas le fait des seules Communautés du Renouveau ; elle est devenue un phénomène mondial.

La béatification du Père de Foucauld, ce dimanche 13 novembre, tombe à point, si je puis dire, pour nous rappeler justement l’importance de l’adoration eucharistique, lui Frère Charles de Jésus, qui passait des heures devant le Saint Sacrement, perdu dans l’immensité silencieuse du Sahara. Le Père Voillaume, un de ses disciples les plus connus, a laissé dans son testament ce dialogue avec le Christ : « Me voilà, Jésus au terme de ma vie. Plus que jamais amoureux de votre Saint Sacrement. Vous le savez, Seigneur, comme vous connaissez la souffrance que j’éprouve lorsque je constate que le Sacrement de votre Humanité sacrée, la présence de votre Corps et de votre Sang, sont traités avec légèreté, sans plus de signes de respect et d’adoration. Il s’agit cependant du plus grand mystère qui soit sur terre parmi toutes les choses créées. » Et il achevait son testament par la demande d’une « ultime grâce » pour les membres des Fraternités : « Qu’ils aient tous une foi d’enfant, celle qui permet d’avoir l’âme envahie par cette joie ineffable, qui est la vôtre, ô Jésus, et qui jaillit de la contemplation des merveilles d’Amour de votre Royaume. Devant votre présence dans l’hostie consacrée, l’enfant s’émerveille et entre dans le mystère, tandis que l’adulte est tenté de chercher à le comprendre par la raison et le réduit ainsi à la mesure de son intelligence naturelle. Aucune intelligence humaine, aucune théologie n’est capable de pénétrer un mystère qui est à la dimension du mystère de l’Incarnation d’un Dieu et de ses prolongements dans notre histoire.  »

C’est encore un disciple du Père de Foucauld qui a été invité à témoigner au Synode des évêques, à la demande du Pape, le Frère Marc Hayet, Responsable général des Petits Frères de Jésus. Il a parlé de l’Eucharistie dans son lien avec les pauvres. Et ce fut l’occasion de mettre à nouveau en relief l’Eucharistie comme engagement social ! La célébration eucharistique ne peut jamais être déconnectée du contexte dans lequel elle est célébrée. Ce n’est pas une célébration abstraite, séparée du reste de la vie. C’est pourquoi l’envoi en mission – dans l’Ite missa est final – est un appel à incarner le don reçu dans la liturgie.Sur ce point, la vie de Mère Térésa est un témoignage lumineux pour notre époque. Elle partageait sa journée entre l’Eucharistie célébrée et adorée et une présence active et aimante auprès des plus délaissés de la société. Dans sa vie, l’impact social de l’Eucharistie était transparent : c’était une parole dite en silence ! Avec ses soeurs, elle montrait ce que pouvait être une charité puisée à l’Eucharistie. C’est à ces grands témoins que nous devons renvoyer nos communautés et leur redire que la foi eucharistique nous conduit sur le chemin de la mission. « On ne peut pas être heureux tout seul » disait Jean-Paul II dans Ecclesia de Eucharistia (n°72). A Lourdes, Mgr Ricard, dans son discours de clôture, a réaffirmé l’importance d’une foi agissante qui sait prendre des engagements : « Ceux qui veulent écarter les religions de l’espace social et les enfermer dans le seul domaine des convictions privées se trompent de siècle. »

A nous, prêtres, revient particulièrement la tâche d’incarner cet appel de l’Évangile. Nous avons entre autres la mission de faire retrouver aux chrétiens la place du dimanche dans la vie chrétienne, comme le rappelait Benoît XVI aux JMJ et comme l’ont rappelé les Pères du Synode en achevant ainsi leur message final : « Au début du quatrième siècle, le culte chrétien était encore interdit par les autorités impériales. Des chrétiens du nord de l’Afrique, attachées à la célébration du Jour du Seigneur, défièrent la prohibition. Ils furent martyrisés en déclarant qu’ils ne pouvaient pas vivre sans la célébration dominicale de l’Eucharistie. »

Voilà ces quelques réflexions ! Vous pouvez utiliser tel ou tel passage de cette lettre dans vos paroisses, avec les membres des Conseils pastoraux, des équipes liturgiques, etc. Je vous redis, cher Père et Frère, une bonne entrée dans l’Avent et une bonne préparation à Noël !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 13 novembre 2005