LETTRE AUX PRÊTRES

Cher Père et Frère,
Cette année pastorale est placée sous le signe de l’Eucharistie. Le Pape a indiqué qu’elle s’ouvrirait officiellement, le 10 octobre 2004, par le Congrès eucharistique international de Guadalajara, au Mexique et qu’elle s’achèverait le 29 octobre 2005 avec la clôture du Synode des évêques réunis à Rome sur le thème : « L’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Église. »
Ces deux événements d’Église encadrent cette année d’une manière significative et montrent la volonté qu’a notre Église demettre en relief ce grand Sacrement, tout au long des mois à venir. Les diocèses sont invités à s’unir à cet élan, avec les moyens dont ils disposent, en prenant les initiatives qu’ils estiment utiles. Après avoir réfléchi avec le Conseil Épiscopal aux formes que pourrait prendre cet appel, voici ce que nous proposons :
Il nous paraît bon de mettre l’accent sur ce qui est à notre portée, à savoir ce qui fait partie de la pastorale ordinaire ; il nous paraît préférable d’approfondir ce qui est au soeur habituel de notre ministère plutôt que de multiplier des activités supplémentaires ou exceptionnelles. J’évoque ici les points principaux qui peuvent donner une marque particulière à cette année :
1°) Souligner d’abord l’importance de l’Assemblée eucharistique dominicale, dans la ligne de « Dies Domini ». Voici quelques points d’attention :
– prendre le temps de sa préparation ; une préparation tournée d’abord vers nous-mêmes prêtres, en nous préparant intérieurement et spirituellement à la célébration ;
– travailler nos homélies au cours de la semaine ;
– nous préoccuper de la beauté de la liturgie, « avec la conscience permanente d’un Mystère ineffable » (Ecclesia de Eucharistia n°50) ;
– veiller à célébrer avec respect : « Il n’est permis à personne de sous-évaluer le Mystère remis entre nos mains » (EE 52) ;
– soutenir les équipes liturgiques en participant, autant que possible, à leur réflexion et à la mise au point des célébrations ;
– d’une manière générale, travailler à ce que l’Eucharistie dominicale soit la source d’unevraie nourriture pour ceux qui y participent ; – développer chez les chrétiens la foi dans le Mystère de l’Eucharistie : « Ici se trouve le Trésor de l’Église, le soeur du monde, le gage du terme auquel aspire tout homme, même inconsciemment. » (EE 59).
– faire naître le désir du Christ Eucharistique. Il s’agit, dit le Pape, « de maintenir vive dans la communauté une véritable « faim » de l’Eucharistie » (EE 33)
2°) Valoriser l’adoration eucharistique dans la ligne de ce que le Pape écrit dans « Ecclesia de Eucharistia » : « Comment ne pas sentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d’amour, devant le Christ présent dans le Saint Sacrement ? Bien des fois, chers Frères et S?urs, j’ai fait cette expérience et j’en ai reçu force, consolation et soutien. » Pourquoi ne pas organiser dans chaque paroisse un moment d’adoration silencieuse dans la semaine en en montrant la portée à la fois spirituelle et pastorale ?
3°) Mettre en valeur le Christ eucharistique au cours de l’année, par exemple, à l’occasion de la Fête du Saint-Sacrement, cette année le 29 mai 2005.
4°) Souligner le lien entre l’Eucharistie et la mission. Voici encore ce que dit le Pape : « L’Eucharistie donne une impulsion à notre marche dans l’histoire… Elle stimule notre sens de la responsabilité envers notre terre… Elle pousse les chrétiens à construire un monde qui soit à la mesure de l’homme et qui réponde au dessein de Dieu. » (EE 20).
– D’abord la mission de faire grandir la communauté dans l’unité pour qu’elle devienne une famille où les membres s’aiment et se soutiennent mutuellement. « En réunissant chaque semaine les chrétiens comme Famille de Dieu autour de la table de la Parole et du Pain de Vie, l’Eucharistie dominicale est aussi l’antidote le plus naturel à la dispersion. Elle est le lieu privilégié où la communion est constamment annoncée et entretenue. » (NMI 36) Le Pape parle d’une « spiritualité de la communion ». Elle « consiste avant tout en un regard du soeur porté sur le Mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés. Une spiritualité de la communion, cela veut dire la capacité d’être attentif, dans l’unité profonde du Corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant comme « l’un des nôtres », pour savoir partager ses peines et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde. » (NMI 43) C’est bien l’Eucharistie qui « nous associe les uns aux autres en vue de la même construction. »(Ro 14, 19)
– Ensuite la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle, d’imprégner le monde de l’esprit de l’Évangile, en privilégiant les pauvres. Dans le prolongement de l’Eucharistie, le lavement des pieds est « le signe par lequel Jésus se fait maître de la communion et du service. » (EE 20). Nos paroles, nos actions ne peuvent transformer le monde que si elles partent du Christ et en définitive de l’Eucharistie célébrée et adorée ! L’Eucharistie nous envoie porter le Christ dans nos familles, sur nos lieux de travail, etc…
5°) Valoriser les vocations sacerdotales nécessaires pour que l’Eucharistie puisse être célébrée pour la vie des communautés chrétiennes. Que les Paroisses, les Mouvements et les Aumôneries unissent leurs efforts à cette intention, en lien avec le Service diocésain des vocations. Déjà, « le soin apporté par les prêtres au ministère eucharistique, associé à la promotion de la participation… des fidèles, constitue pour les jeunes un exemple efficace et un encouragement à répondre avec générosité à l’appel de Dieu. » (EE 31).
6°) Développer la formation des servants d’autel, en cherchant à donner aux garçons et aux filles un rôle spécifique : – pour les garçons, une proximité dans le service de l’autel ; « il faut privilégier, à côté d’autres initiatives, le soin des servants d’autel qui constituent comme un vivier de vocations sacerdotales » (Jean-Paul II, Lettre aux prêtres pour le Jeudi Saint 2004). – pour les filles, une proximité avec le service de l’assemblée : par exemple, dans l’accueil, les chants, la procession des offrandes, etc…
7°) Solenniser les premières communions.
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? Par ailleurs, au cours du Carême, le Service diocésain de la Formation, le SEDIF, constituera des fiches qui aideront à mettre en valeur certains aspects de la liturgie, l’explication des gestes liturgiques, etc…
? La revue diocésaine « Église des Pays de l’Ain » réservera une plage régulière sur la liturgie. Même chose avec les émissions de RCF et le site internet diocésain.
? Le Service diocésain de la Catéchèse va intensifier les catéchèses sur la Messe. Moi-même, j’assurerai plusieurs rencontres diocésaines avec les catéchistes des différentes zones.
? Les deux récollections diocésaines pour les prêtres et les diacres – prévues pendant le temps du Carême : le lundi 28 février à Cuet et le lundi 7 mars à Belley auront l’Eucharistie comme centre de réflexion. Nous restons bien dans la continuité de « Aller au soeur de la foi » qui, depuis deux ans, avec tous les diocèses de France, nous a centrés sur le Mystère pascal.
Enfin, pour nous, prêtres, cette année consacrée à l’Eucharistie devrait nous aider à faire de notre existence tout entière une Eucharistie, une « existence eucharistique », dit le Pape, en nous rappelant que, même très occupés, nous ne devons pas céder à la tentation de « faire pour faire », mais chercher à « être » avant de « faire ».
Le Pape disait dans Novo Millennio Ineunte : « Ce n’est pas une formule qui nous sauvera, mais une Personne, et la certitude qu’Elle nous inspire : « Je suis avec vous » (NMI 29).
Je souhaite que chacun d’entre nous, prêtres, s’associe à cet appel de l’Église pour que l’Eucharistie reste vivante au sein de nos communautés chrétiennes.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 12 décembre 2004