LE CURE D’ARS CHEZ LE PAPE !

C »est le 8 janvier 1905 qu’a été célébrée la Messe de béatification de Jean-Marie Vianney, en la basilique Saint-Pierre de Rome. Au début de la célébration, présidée par Mgr Luçon, évêque de Belley, le Secrétaire de la Congrégation des Rites a lu le décret signé par le Pape Pie X, déclarant bienheureux « l’humble et pauvre curé d’Ars ». Cette année 2005 marque donc le centenaire de cet événement.
A ce titre, une paroisse de Rome, placée sous le patronage de Jean-Marie Vianney, a organisé une semaine de prière avant d’inaugurer une année complète d’évangélisation. Son jeune curé, Don Paolo Pizzuti, a souhaité que les reliques du Curé d’Ars séjournent dans l’église paroissiale, là où Jean-Marie Vianney est particulièrement et honoré et prié par une population fervente. Nous sommes donc partis là-bas, le Recteur du Sanctuaire d’Ars et le Responsable du Foyer Sacerdotal, avec la relique du coeur du Saint Curé.
Aujourd’hui, cette paroisse de la banlieue romaine compte 20 000 habitants. Elle s’était spécialement mobilisée, ce dimanche 22 mai, fête de la Trinité. L’église était trop petite pour accueillir tout le monde ; la Messe s’est donc déroulée sur une esplanade tout proche et, ensuite, une longue procession s’est ébranlée dans les rues des quartiers voisins.
Pendant plus d’une heure, avec des hauts-parleurs discrets, les chants ont alterné avec les lectures de l’Evangile, des citations de saint Jean-Marie Vianney, des témoignages, le chapelet, etc… Les gens, dans les rues, se signaient au passage de la procession ; certains se mettaient à genoux ; d’autres, aux fenêtres ou sur des balcons, faisaient des signes d’amitié ! Une vraie fête populaire ! Un peu comme il en allait au temps de saint Jean-Marie Vianney dans les rues du village d’Ars… Même les pétards étaient au rendez-vous.
A l’issue de la procession, une grande statue en bronze du Saint Curé d’Ars, placée en hauteur, sur la façade principale de l’église, a été dévoilée et bénie devant la foule recueillie. Et ce fut la dispersion !
Après les vêpres, en fin d’après-midi, nous avons transporté le reliquaire chez le Pape. Benoît XVI avait souhaité que la relique du coeur de Jean-Marie Vianney reste toute la nuit dans sa chapelle et ne soit reprise que le lendemain matin.
Nous sommes arrivés comme prévu à 19 heures. Le Pape nous attendait. Il nous a accueillis avec simplicité. Une petite procession s’est organisée en direction de l’oratoire. Nous étions une dizaine : le Pape en tête, puis le reliquaire et nous autres à la suite, avec le secrétaire, et les consacrées qui tiennent la maison du Saint-Père. Après quelques pas, le pape s’est retourné et m’a dit : « Il n’est pas convenable que je sois devant. C’est Jean-Marie Vianney qui doit nous précéder tous ! » Il s’est alors placé derrière le reliquaire et nous avons poursuivi la procession en silence.
J’ai trouvé le geste du pape émouvant : Jean-Marie Vianney, l’humble et pauvre curé d’une paroisse de France ignorée, pénétrant le premier dans la chapelle du Pape, et le Pape se tenant modestement derrière lui. Je me suis souvenu des premières paroles de Benoît XVI, le soir de son élection, le 19 avril 2005, depuis le balcon central de la Basilique Saint-Pierre : « Les cardinaux m’ont élu, moi, simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur ».
Je me suis aussi rappelé cet autre geste de Jean-Paul II, lors de son pèlerinage à Tours en 1996. Le long du parcours, il s’était arrêté près d’une femme qui gardait son enfant gravement handicapé. Il lui avait dit, après les avoir bénis, elle et son enfant : « Vous êtes plus grande que moi dans le Royaume ».
Et comment oublier que, le 12 mars de l’an 2000, alors qu’il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Ratzinger faisait acte de repentance à Saint-Pierre de Rome, aux côtés de Jean-Paul II et des cardinaux des sept Congrégations romaines. Il avait dit, lui, chargé dans l’Eglise de veiller sur la foi : « Prions pour que chacun de nous, reconnaissant que des hommes d’Eglise, au nom de la foi et de la morale, ont parfois eu recours, eux aussi, à des méthodes non évangéliques en accomplissant leur devoir de défendre la vérité, sache imiter le Seigneur Jésus, doux et humble de coeur ».
Et Jean-Paul II avait alors enchaîné avec cette prière : « Seigneur, Dieu de tous les hommes, à certaines époques de l’histoire, les chrétiens se sont parfois livrés à des méthodes d’intolérance et n’ont pas observé le grand commandement de l’amour, souillant ainsi le visage de l’Eglise, ton Epouse. Montre ta miséricorde à tes enfants pécheurs et accueille notre ferme propos de chercher et de promouvoir la vérité dans la douceur et la charité, sachant bien que la vérité ne s’impose qu’en vertu de la vérité elle-même. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen ! »
Quelle communion de pensée entre ces deux hommes !
Au cours de ce moment passé ensemble, tant au début qu’à la fin de la rencontre, Benoît XVI nous a répété, d’une voix presque suppliante : « Priez pour moi ! Priez pour moi ! »
J’ai compris que seul le « couperet » de l’élection qui était tombé sur lui l’avait conduit à dire oui à Dieu, alors que l’âge avancé auquel il était parvenu aurait pu légitimement le libérer d’une telle charge ! Comment percevoir l’ombre d’une ambition humaine dans ce « oui » !
Aujourd’hui, il se trouve sur le siège de Pierre avec le seul désir de servir l’Eglise du Christ ! « SERVIR » ! Et, comme Jean-Paul II, servir jusqu’à la fin !
Mgr Guy-Marie Bagnard