Laïcs en mission pastorale Journée de formation

Le lundi 16 janvier 2006, s’est tenue la rencontre annuelle des « laïcs en mission pastorale » (LMP) (c’est le nouveau nom désignant les « anciens » « animateurs laïcs en pastorale » (ALP) salariés et bénévoles. Dans notre diocèse, ils sont au nombre de 42, soit 36 salariés et 6 bénévoles. Parmi les bénévoles, on compte 3 diacres permanents. Ils et elles oeuvrent dans les Services et Mouvements : Catéchèse, Aumônerie de l’Enseignement Public, Mouvements d’Action Catholique, Aumônerie des Hôpitaux, des Prisons… 38 avaient répondu présent à l’invitation reçue.

La journée était animée par Père Evêque et par le P. Roger Hébert, responsalbe du SEDIF. Le Père Guiffray, Vicaire Général, et M. Henri de Boissieu, Économe diocésain, y participaient également. L’Eucharistie était célébrée ensemble en fin de matinée et suivie du repas où le Père Guiffray était invité à souffler ses 75 printemps sur un gâteau confectionné pour la circonstance.

Voici un résumé des deux interventions.

I. – Intervention du Père Évêque : Evangéliser notre diocèse

Le Père Evêque, après avoir remercié chacun de sa présence et de son engagement au service de la mission, partageait sa grande préoccupation pour l’avenir : « Evangéliser notre Diocèse », en fidélité à la parole du Christ ressuscité adressée aux Apôtres : ?De toutes les nations faites des disciples.? Voici le texte qu’il a lui-même revu:

1°) Qui est concerné par l’appel à évangéliser ?

Le vocabulaire est parfois trompeur. L’appellation « missionnaire » désignait autrefois – et aujourd’hui encore – ceux qui partaient au loin faire connaître le Christ à des peuples qui ignoraient tout de Lui ! Saint Pierre Chanel en est l’exemple-type ! Être missionnaire voulait dire : partir, quitter son pays, car le monde se divisait en deux : d’un côté, les peuples chrétiens et, de l’autre, ceux qui ne l’étaient pas. De ce fait, la mission apparaissait réservéeà des spécialistes. Ils avaient été formés pour cette tâche et ils avaient accepté de lui consacrer toute leur vie.

Il n’échappe à personne aujourd’hui qu’il n’est pas nécessaire d’aller au loin pour rencontrer des gens qui ignorent le Christ. Plus que cela : on voit arriver des « missionnaires étrangers » qui viennent chez nous annoncer le Christ : prêtres africains, vietnamiens, etc… En quelque cinquante ans, la question de la mission a subi une métamorphose complète !

Être missionnaire ne veut pas dire d’abord partir au loin ; la mission a sa place dans notre pays, dans notre propre région ; elle commence sur les lieux de la vie ordinaire. C’est le fait d’avoir reçu les sacrements de l’initiation chrétienne : Baptême – Confirmation – Eucharistie qui fait du chrétien, de tout chrétien, un missionnaire.

On le touche du doigt quand, par exemple, des parents viennent demander le Baptême pour leur enfant : ils s’engagent alors à l’éduquer dans la foi chrétienne et à l’envoyer au catéchisme. Cette exigence ne rencontre pas toujours l’adhésion, mais, au moins, le principe de l’engagement est posé. Ce qui indique que les sacrements sont donnés volontairement – et de plus en plus – dans un contexte de vérité ! Les coutumes, les traditions ne suffisent plus à justifier la demande. Chacun est renvoyé à sa responsabilité personnelle. Ainsi, en recevant le Baptême, le chrétien accueille un message d’une portée universelle ; il ne peut pas le garder pour lui seul, sous peine de le dénaturer ; il est aussi appelé à en imprégner tous les domaines de sa vie personnelle. Le pape Jean-Paul II ne faisait pas dans les demi-mesures quand il écrivait : « Demander à un catéchumène : « Veux-tu recevoir le baptême ? » signifie lui demander en même temps : »Veux-tu devenir un saint ? » . Cela veut dire mettre sur sa route le caractère radical du Discours sur la montagne : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». » Il arrive parfois que cette prise de position fasse repousser la démarche du catéchumène. Mais ce « retard », ici, est positif. Il traduit la volonté d’être vrai. Il souligne en même temps la grandeur du sacrement. On ne sera jamais totalement prêt à le recevoir, mais il apportera les grâces qui permettront d’en vivre. Dans ce contexte, on comprend pourquoi les évêques d’Europe mettent en avant un défi qui peut paraître, à première vue, paradoxal. Ce défi, disent-ils, ne consiste pas tant « à baptiser les nouveaux convertis qu’à conduire les baptisés à se convertir au Christ et à son Évangile. » Autant dire que, pour réveiller le sens missionnaire auprès des autres, il faut commencer à lui donner prise sur soi-même. Le premier qui est à évangéliser, c’est le missionnaire lui-même ! Plus il se laisse évangéliser, mieux il portera l’Évangile autour de lui !

2°) Pourquoi évangéliser ?

La réponse est à chercher dans les paroles testamentaires de Jésus : « Allez dans le monde entier, de toutes les nations faites des disciples ! » C’est un ordre ! Impossible d’être disciple d’un maître auquel on n’obéit pas ! L’Esprit Saint que Jésus envoie à la Pentecôte ouvre les disciples sur l’humanité entière. Dans ses origines, le christianisme prend en compte tous les hommes sans exception.

Aussi n’est-on pas surpris d’entendre saint Paul s’exclamer : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » Encore faut-il bien entendre ces paroles ! Paul ne veut pas dire qu’un malheur risquerait de fondre sur lui s’il se fermait à l’évangélisation, à la manière d’une sanction ou d’une punition qui surgirait de l’extérieur ! Paul veut plutôt dire : « Je serais le plus malheureux des hommes si je refusais d’évangéliser. » Pourquoi ? Parce que, quand le message du Christ n’est pas transmis, il dépérit en moi ! La foi grandit quand elle se donne. En la découvrant à d’autres, elle se développe en soi ! C’est une expérience que fait tout missionnaire ! Les catéchistes, par exemple, en sont les premiers témoins. Faire connaître et aimer le Christ renforce l’attachement qu’on Lui porte et le désir de Le connaître davantage. Le secret de la fidélité du disciple se trouve dans la disponibilité à être apôtre. On ne peut pas demeurer disciple si on ne devient pas apôtre. En somme, garder pour soi le trésor de l’Évangile, c’est le perdre ! Et pour l’Apôtre Paul, perdre le Christ, c’est le pire des malheurs !

3°) Comment évangéliser ?

C’est la question qui vient le plus spontanément à l’esprit : « D’accord pour la mission ! Dites-nous comment faire ! » Répondre rapidement risquerait de transmettre des « recettes » plutôt que d’ouvrir de vrais chemins d’évangélisation. Nous sommes en effet exposés aux dangers que génèrent toutes les sociétés modernes. La dimension économique est devenue prépondérante. C’est le taux de croissance qui indique la vitalité d’un pays et c’est le pouvoir d’achat qui situe la position sociale de l’individu. Dans cette manière de juger, on ne voit que trop l’importance accordée à l’efficacité et à la rentabilité, à la réussite technique, à l’utilitaire !

Cet état d’esprit nous marque tous, bien plus que nous ne le croyons ! Dans ce contexte, l’Évangile tend à devenir un « produit » que l’on cherche à vendre. Comme un agent commercial, on sera conduit à recourir aux techniques publicitaires qu’offre aujourd’hui n’importe quelle agence de marketting : faire jouer l’émotion, par exemple – trouver des mots « choc » ! – attirer l’attention par le spectaculaire, etc… Avec comme conséquence, le danger de séduire passagèrement plutôt que d’attacher durablement ! Alors, quels moyens ?

Les réflexions du Père Jacques L?w sur la mission de l’apôtre, bien qu’écrites en 1964, me paraissent aujourd’hui encore précieuses : »Autrefois, les moyens apostoliques étaient très divers. Le visage maternel de l’Eglise, reflet du visage de Dieu, apparaissait à travers mille sollicitudes : les oeuvres de jeunesse, les hôpitaux, les écoles, les bibliothèques populaires… Un prêtre généreux pouvait regrouper de nombreuses bonnes volontés autour d’elles. Aujourd’hui dans nos villes modernes, c’est l’office d’HLM qui détient la clé des appartements, en tout cas l’espérance d’en obtenir un, et la municipalité financera la maison de jeunes et le stade aux pelouses fleuries. Il serait facile de continuer la liste. Que nous reste-t-il ? Rien… c’est-à-dire rien d’immédiat qui se touche, qui serve et serait un soutien matériel de la foi, rien qu’un petit enfant, pauvre, nu, sans puissance, mais cet enfant de la Crêche, c’est Dieu ! Et cela suffit. Nous sommes, – quelle merveille ! – acculés en quelque sorte à n’avoir plus qu’une religion religieuse. »

L’auteur, prêtre ouvrier à Marseille, ne récuse pas, bien entendu, l’engagement social quand il s’impose, mais plus que jamais, il s’agit d’y faire transparaître le message évangélique dans sa vérité. On ne peut en rester à la seule action humanitaire.

L’action missionnaire doit épouser le mouvement de l’incarnation : « Dieu s’est approché ». C’est le fond de la religion chrétienne. La vérité du christianisme réside en cela que Dieu s’est plu à abolir toute distance. Il a vécu dans la proximité de l’homme. Il nous fait comprendre que, pour parler à quelqu’un, pour le relever, il faut s’approcher de lui. « Je me suis fait juif avec les juifs, écrit saint Paul, païen avec les païens, faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous afin d’en sauver à tout prix quelques uns » (1 Co 9, 20sv). Sans doute, le message qu’il annonçait a été souvent rejeté, mais la volonté d’abolir les distances est au coeur de son action apostolique. Pour évangéliser, selon l’expression militaire, il faut « opérer des sorties », c’est-à-dire quitter les « tranchées » où l’on sera toujours tenté de s’abriter ; alors on peut apprendre à connaître celui dont on partage l’existence!

D’autres indications nous sont fournies par la vie des premières communautés. Ce qui frappait les premiers auditeurs du message évangélique, c’était l’assurance des Apôtres. Ils éprouvaient sur eux-mêmes la force qui rayonnait des Apôtres, tant ces derniers étaient pénétrés du message qu’ils annonçaient. Le missionnaire agit par le rayonnement de sa foi. Aujourd’hui, les chrétiens peuvent-ils dire que le Christ est vraiment pour eux le Chemin, la Vérité et la Vie ? La parole et le témoignage du messager sont en lien direct avec sa foi ! Ce qui saisissait encore les premiers témoins, c’était la fraternité qui unissait les chrétiens. « Voyez comme ils s’aiment ! » Ils étaient impressionnés de les voir vivre entre eux comme à l’intérieur d’une famille ! Comment ne pas en conclure que la communion fraternelle est une des données fondamentales qui rend crédible le message chrétien et attire à lui ! Ainsi, pour évangéliser, un renouvellement intérieur dans la foi et dans la charité est nécessaire. C’est ce que Jean-Paul II écrit dans sa Lettre « Au début du troisième millénaire » : « Les hommes de notre époque, parfois inconsciemment, demandent aux croyants d’aujourd’hui, non seulement de leur parler du Christ, mais en un sens de le leur faire voir ». Comment évangéliser ? En devenant soi-même Message !

4°) Quand évangéliser ?

Cette question peut sembler curieuse, car si la mission est inscrite au coeur du christianisme, elle doit être de tous les instants. Il y a pourtant des moments où elle apparaît plus opportune. On se trouve sans doute aujourd’hui dans un de ces moments favorables. On en voit des indices chez des auteurs contemporains sensibles aux enseignements qu’apporte l’histoire !

? Le XXe siècle a été jalonné de guerres effroyables. Leur ampleur planétaire est venue battre en brèche les thèses de la Philosophie des Lumières, dont l’héritage façonne les esprits depuis deux siècles : l’homme est foncièrement bon, le progrès est inéluctable, etc… L’histoire du XXe siècle nous dit tout autre chose ! « Tous les schémas mentaux hérités du grand siècle optimiste, commencé en 1789 et achevé en 1914, s’effondrent. », écrit Jacques Julliard. « Le mal existe. Il est un principe actif, à l’oeuvre dans le monde et en chacun d’entre nous. Le péché originel n’est pas un mythe, mais une expérience vécue. Il y avait jadis de la candeur à croire au diable. Il y a aujourd’hui de l’aveuglement à ne pas y croire. On s’est débarrassé du Bon Dieu, sans doute. Mais on a gardé le diable. » La vision chrétienne sur l’homme apparaissait périmée. Aujourd’hui, un nouvel avenir lui est ouvert, et sur des points aussi contestés que celui du péché originel. Le missionnaire ne sera donc pas surpris de faire l’expérience du mal et de trouver sur sa route l’Adversaire que Jésus a combattu au désert. L’Apôtre Paul en avait fait l’expérience. Il se demandait pourquoi son message n’était pas reçu : peut-être parce qu’il s’y était mal pris ? Peut-être parce qu’il ne s’était pas assez préparé ? Mais ces raisons – si justes soient-elles – ne suffisaient pas à tout expliquer. Le Cardinal Danneels commente : « Si du Pape au dernier des fidèles nous étions tous saints, si notre témoignage était limpide et notre mission méritoire, il n’est pas dit que tous les gens viendraient pour cela se masser avec impatience aux portes de nos églises pour y entrer. Peut-être nous haïraient-ils davantage. Comme ils L’ont haï, Lui, sans motif. »

Tôt ou tard, le messager de la Bonne Nouvelle croise son chemin avec la puissance du Mal, avec Celui qui s’est opposé au Christ. L’évangélisation fait entrer dans le combat spirituel et enracine dans l’expérience de la croix.

? Un autre indice vient du regard nouveau que l’on porte sur les institutions . Dans les après-mai 68 – et encore longtemps après – elles étaient jugées sclérosées, rigides, impuissantes, malfaisantes, inutiles ; il fallait les supprimer. Aujourd’hui, on voit mieux leur nécessité. Certes, il faut toujours qu’elles se rénovent, mais on ne peut se passer d’elles ! Thomas d’Aquin, écrit Jean-Claude Guillebaud, s’était mis à la lecture d’Aristote, alors qu’elle était prohibée par l’institution ecclésiale ; mais, ajoute-t-il, « sans l’institution romaine, sans ses ministres, ses théologiens officiels, ses ordres et ses traditions, la « voix » de Thomas d’Aquin n’aurait jamais surgi. » Ainsi en va-t-il pour celui qui porte la Bonne Nouvelle du Christ. Il ne peut le faire qu’en relation étroite avec l’Église-Institution. Il est significatif que l’un des critères pour devenir membre d’un groupe ?cuménique est d’ être en paix avec son Église d’appartenance. C’est la condition pour que le dialogue soit mené en vérité. « L’Eglise est ma Mère. Ses faiblesses, je les devine, mais je ne suis pas le procureur de ma mère. C’est moi qui la remercie de m’abriter, moi et mes faiblesses. » C’étaient les propos d’un homme politique interrogé sur sa foi, il y a quelques années. Tout missionnaire doit s’interroger sur la qualité de son lien avec l’Institution.

II. – Intervention du Père Roger Hébert : Unité et diversité dans la mission

L’après-midi, le Père Roger Hébert invitait tous les participants à réfléchir sur cette question : dans la diversité de nos missions et de nos sensibilités, comment mieux travailler dans l’unité ? Voici un condensé de son intervention.

Introduction : de l’angélisme au réalisme !

Dans la vie, il est bon d’être réaliste sinon justement la réalité va nous échapper. Pour nous qui travaillons en Église quelle est cette réalité ? La réalité de la vie en Église pour nous, c’est que nous sommes très différents, par nos âges, notre histoire, les missions qui nous ont été confiées. Ces différences nous donnent des sensibilités très différentes et elles font que l’unité est difficile à vivre. « La différence qui nous rend plus riches et complémentaires », c’est de l’angélisme ! Dans un premier temps, la différence nous sépare toujours un peu. Je voudrais, à partir de cette constatation, réfléchir en trois temps : pourquoi c’est important de chercher l’unité, pourquoi c’est difficile de vivre dans l’unité et comment y parvenir. Sans vouloir épuiser le sujet, je ferai une analyse pastorale éclairée par la théologie.

A. – POURQUOI C’EST IMPORTANT DE CHERCHER L’UNITÉ ?

1/ Une vision à purifier : la psychologie peut nous aider.

Dans le sein de notre mère nous vivions une unité de fusion. Mais la vie nous a obligés à nous séparer peu à peu. Parfois dans le refus d’affronter les conflits, dans le désir constant d’unanimité, il peut y avoir quelques symptômes de régression : nous rêvons de revenir à ce temps béni plutôt que de nous risquer dans la vie.

2/ L’unité est devant nous.

Nous pensons souvent que l’unité est à reconquérir parce qu’elle a été perdue. Oui, c’est vrai que ?l’Église indivise? a existé. Et ce temps est précieux pour l’oecuménisme car il y a des textes auxquels nous pouvons tous nous référer comme le Credo par exemple. Mais ça n’a pas duré très longtemps puisque la première grande séparation va arriver avec le concile de Chalcédoine (451) et l’apparition des Églises monophysites. Et, même du temps de l’Église indivise, l’unité était fragile : n’oublions pas le « concile de Jérusalem » et les divisions entre les judaïsants et les partisans de Paul. Déjà du temps de Jésus, les apôtres se battaient pour savoir qui était le plus grand ! De même, dans un diocèse, on imagine qu’avant tout le monde était uni, mais cette idée de l’unité perdue, ce n’est pas la vérité, je peux en témoigner.

L’unité, il faut plutôt la voir comme étant devant nous, comme étant une promesse. N’est-ce pas d’ailleurs le sens de la prière sacerdotale de Jésus (Jn 17, 11) ? Jésus prie pour l’unité, si elle était acquise il n’y aurait pas besoin de prier pour qu’elle vienne ! Jésus ne dit pas : Père qu’ils restent un, mais qu’ils soient un, c’est à dire : qu’ils le deviennent.

3/ Un désir du Christ pour la fécondité de l’évangélisation

L’?cuménisme peut nous aider dans la recherche d’unité à l’intérieur de notre propre Église. L’?cuménisme s’est comme imposé à l’Église au moment des grands mouvements missionnaires. Des chrétiens sont partis dans des contrées où les gens ne connaissaient pas le Christ. Ils ont apporté l’Évangile, très bien. Mais voilà que six mois après, un autre missionnaire arrivait, parlait du même Christ mais ne donnait pas les mêmes repères pour l’accueillir. Cela a considérablement affaibli l’efficacité de la prédication des missionnaires. La recherche d’unité est une condition sine qua non de l’évangélisation ; elle est consubstantielle au désir d’évangéliser.

B. – D’OÙ VIENNENT NOS DIFFICULTÉS ?

1/ Une mémoire encombrée

Ce que Jean-Paul II disait à propos de l’?cuménisme, nous pouvons l’appliquer à ce que nous vivons. Nous avons des mémoires encombrées par des idées préconçues les uns vis à vis des autres. Quelqu’un se présente en disant : je m’appelle untel et je travaille dans les mouvements d’Action Catholique ou avec les scouts, ou j’appartiens au Renouveau charismatique. Chez tout le monde et souvent de manière inconsciente, il y a alors un petit cinéma qui se met en route. Même si je veux être et si je suis très ouvert, il y a dans ma mémoire des idées qui perturbent la rencontre. Il vaut mieux en être conscient.

2/ La volonté de nous faire un nom

Une autre raison peut expliquer nos difficultés par rapport à l’unité. Quand on parle de division, un texte de la Bible vient immédiatement à notre esprit, c’est Babel. Babel, c’est le début de la division de l’humanité. Le verset 4 dit le projet des constructeurs de cette tour : ?Bâtissons -nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre.? C’est vrai que cette prétention de se mesurer à Dieu est une folie qui ne peut que conduire à la catastrophe. Mais, selon le Père Cantalamessa, c’est la petite notation : « faisons-nous un nom » qui est à l’origine de la division. Les hommes ne travaillent plus pour faire connaître le nom de Dieu, pour glorifier ce nom, ils travaillent pour se faire un nom et voilà ce qui va les conduire à se retrouver divisés.

a) par rapport à Dieu : Nous sommes tellement pris par notre travail apostolique, nous sommes tellement donnés au mouvement, au service d’Église dans lequel nous travaillons que nous risquons d’oublier que c’est pour Dieu que nous travaillons. Nous risquons d’être plus préoccupés par l’expansion de la structure d’Église qui nous embauche, par sa renommée que par le désir de voir le Nom de Dieu reconnu, accueilli et glorifié.

b) par rapport aux autres groupes d’Église. Un autre élément est à souligner. Nous sommes tellement préoccupés par la vie de la structure d’Église qui nous emploie que nous oublions complètement les autres et que parfois même nous allons chasser sur les terres des autres !

C. – COMMENT MIEUX TRAVAILLER POUR L’UNITÉ ?

Après avoir développé les causes de nos divisions, essayons de voir comment mieux travailler pour l’unité.

1/ Purifier notre mémoire

Nous avons une mémoire encombrée ? Purifions la ! Comment ? En nous rencontrant. La rencontre permet de faire sauter les préjugés, les idées toutes faites qui nous perturbent. Cf. expérience à Ambérieu des repas 4×4 : 4 foyers s’invitent à tour de rôle. Dans le diocèse de Laval, des rencontres-jumelages entre paroisses ont été organisées. Pourquoi ne pas imaginer une visite de l’ACE à l’aumônerie scolaire, des Scouts à la JOC, etc. Rencontrez-vous, découvrez-vous !

2/ Travailler pour l’Évangile, pour la gloire de Dieu

Le drame de la division est en partie engendré par ce désir qui nous habite de nous faire un nom. Alors travaillons résolument pour le service de l’Évangile et la Gloire de Dieu. Apprenons à nous réjouir des résultats, des autres structures d’Église, du moment que c’est l’Évangile qui gagne!

3/ Accueillir l’unité et y travailler

L’unité sera toujours et de manière indissociable à recevoir et à promouvoir. À recevoir car elle vient de Dieu et à promouvoir parce qu’elle dépend aussi de nous.

a) L’unité est à recevoir, la prière de Jésus le montre bien : « Père qu’ils soient un comme nous sommes un ». Le mot important c’est « comme ». En grec, il y a deux mots pour dire ?comme? : ôs et kathôs. ôs signifie l’imitation : je veux devenir fort comme lui ; et kathôs signifie une similitude d’origine : j’ai les yeux bleus comme ma mère. Dans le premier cas, il faut que je fasse des efforts pour lui ressembler ; dans le second cas, cela m’est donné. L’Évangile utilise le mot kathôs qui signifie que l’unité de l’Église est à recevoir de celle de la Trinité Sainte.

b) Pourtant l’unité est aussi à construire. Car nous posons des actes qui annulent ce don ou au moins qui le rendent peu efficace. Dieu ne cesse par son Esprit de donner l’unité, mais nous ne cessons par notre péché de la repousser. À chaque fois que nous disons du mal les uns des autres en leur absence, nous repoussons l’unité. La correction fraternelle fait avancer sur le chemin de l’unité, pas la médisance. Quand, des préjugés sur les autres, nous ne prenons pas le temps de les connaître, de les comprendre, nous repoussons l’unité.

4/ Relire l’encyclique « Ut unum Sint » dans cette perspective

Je vous propose de relire l’encyclique de Jean-Paul II : « Ut unum sint », en faisant les transpositions qui s’imposent pour regarder ce qui peut nous aider dans notre propre diocèse à mieux vivre dans l’unité. Jean-Paul II insiste sur trois points :

a/ Vivre dans la vérité : n’accepter sous aucun prétexte d’entendre et de dire des choses qui ne sont pas justes concernant les autres, concernant les Responsables de l’Église. Dans les Écritures, le Diviseur est aussi appelé le Père du mensonge. Le mensonge, c’est son arme favorite et il n’y a pas de mensonges joyeux !

b/ Prier ensemble : Jean-Paul II souligne le bienfait de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens et des autres initiatives qui permettent de se tourner ensemble vers notre Dieu. Vous connaissez la citation célèbre: l’amour ce n’est pas se regarder l’un l’autre, mais regarder ensemble dans la même direction. On ne fera pas l’unité seulement en se regardant les uns les autres, mais en regardant ensemble dans la même direction.

c/ Dialoguer. Il ne faut pas se contenter du dialogue entre Eglises ou entre structures d’Église, car il y a le risque tout focaliser sur nos différences et de se battre pour des détails pendant que le monde meurt de ne pas avoir accès à la Bonne Nouvelle. Il faut donc engager aussi un dialogue avec le monde, pour lui « proposer la foi », selon l’expression des évêques de France. Et plus nous vivrons ce dialogue, plus nous ressentirons l’impérieuse nécessité de marcher vers l’unité entre nous. Il en va de même pour notre diocèse. Plutôt que de nous opposer entre partisans de telle ou telle méthode pastorale, tournons-nous vers le monde à évangéliser. Si la Bonne Nouvelle nous fait vivre, si Jésus nous a brûlé le coeur selon la formule des disciples d’Emmaüs, avons-nous le droit de ne pas crier cette Bonne Nouvelle ? Avons-nous le droit de passer tout notre temps à des querelles internes et stériles ?

Conclusion :

Ce qui nous unit est plus profond que ce qui nous sépare

C’est Jean XXIII qui avait lancé cette célèbre formule à propos de ?cuménisme. Je nous invite à ne jamais la perdre de vue. Nous risquons souvent de transformer en montagnes de simples taupinières ! Et rappelons-nous ce qui nous unit tous profondément, c’est que nous avons tous à nous convertir ! Sur ce terrain-là, nous pouvons nous comprendre assez profondément et nous soutenir.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 16 janvier 2006