L’Eucharistie, source de la transformation des coeurs et du monde

Un synode sur l’Eucharistie vient de s’ouvrir à Rome, en présence du Saint-Père et des Délégués des Épiscopats du monde entier. La collégialité, mise en valeur à Vatican II, est entrée dans les faits. Les évêques sont associés à la réflexion sur les grandes réalités de la foi catholique.

Ce synode, commencé le dimanche 2 octobre, s’achèvera le 23. Sa tenue avait été annoncée par Jean-Paul II, le 12 février 2004. Et, le 7 octobre dernier, dans sa Lettre « Reste avec nous, Seigneur », le Saint-Père faisait du Synode le point culminant et le terme de « l’Année de l’Eucharistie ». Il invitait toutes les communautés catholiques à vivre cette année (octobre 2004 – octobre 2005) sous le signe de l’Eucharistie. « Je ne demande pas que l’on fasse des choses extraordinaires, mais que toutes les initiatives soient empreintes d’une profonde intériorité. »

Le Pape exprimait pourtant un double voeu : « Si le fruit de cette année consistait seulement à raviver la célébration de la messe dominicale dans toutes les communautés chrétiennes et à faire croître l’adoration eucharistique en dehors de la messe, cette année de grâce aurait atteint un résultat significatif. » (n°19)

C’est sur ces deux points que le nouveau pape est revenu lors des JMJ de Cologne. « Il est beau qu’aujourd’hui, dans de nombreuses cultures, le dimanche soit un temps libre… Mais ce temps libre toutefois, demeure vide si Dieu n’y est pas présent. » La veille, il avait invité ces mêmes jeunes, recueillis »devant la Sainte Hostie », à entrer « dans le cheminement intérieur de l’adoration. »

Faut-il en conclure que la démarche chrétienne se limite à la célébration et à l’adoration eucharistique ? Ce serait oublier que la messe se termine toujours par l’Ite Missa est, c’est-à-dire par l’appel à partir et à transmettre l’Amour du Christ reçu dans la célébration. Nous sommes alors invités à prendre notre part dans la transformation du monde… mais toujours en partant de la Source. C’est au contact du Christ que nous-mêmes, nous nous transformons et que, comme le dit Benoît XVI, nous devenons « sensibles aux besoins de l’autre. » L’Eucharistie travaille à rassembler les hommes en une seule famille ! Elle est au service de l’unité du genre humain.

Puisque nous fêtons aujourd’hui saint François d’Assise, je pense à ce texte de Xavier Emmanuelli qui, à la lumière de la vie du Pauvre d’Assise, voyait en Dieu la seule Puissance capable de transformer le monde !

« A mes yeux, ce rêve de fraternité universelle ne peut que renvoyer à la vision mystique de la communion des saints. (…) La fraternité implique une filiation : quelles que soient nos croyances affirmées, nous ne nous déclarons frères que parce que nous pressentons, plus ou moins confusément, que nous procédons tous d’une paternité commune. J’aime que François vienne bousculer nos prétentions modernes en nous rappelant que la fraternité, cette relation horizontale qui se vit sur la terre, n’a pas de sens sans la relation verticale qui nous relie au Père.

Il nous dit aussi qu’à côté de la Justice, fondée sur l’égalité de tous en dignité, nous ne pouvons nous passer de la Charité, cet autre nom de l’amour qui indique son origine surnaturelle. Nous avons peut-être cru pouvoir nous en passer, de cette Charité si galvaudée et souvent défigurée par le moralisme, mais nous ne pourrons longtemps faire l’impasse sur la nature fondamentalement mystique de tout amour vrai, que toutes les solidarités humaines ne parviendront jamais à remplacer. »

L’Eucharistie est là pour nous rappeler la nécessaire dimension verticale pour changer le monde, en même temps qu’elle nous établit avec elle dans une étroite proximité.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 7 octobre 2005