L’Esprit de Vérité, « que le Père enverra en mon nom »

L’ouverture d’un procès devant la Justice est inévitablement confronté à cette question : comment découvrir la vérité ? Il s’agit toujours de rendre justice à la vérité. Cette recherche de la vérité prend parfois un tour dramatique ; c’est le cas aujourd’hui à Saint-Omer, dans le procès d’Outreau. Qui dit vrai ? Est-ce que ce sont les enfants ? les parents ? les accusés ? ceux qui sont déjà en prison ? les avocats ? les juges ? On se perd en conjectures devant les rebondissements successifs des déclarations. Comment atteindre le vrai dans le brouillage de voix si discordantes ?
Ce qui est vrai au niveau d’un procès local l’est tout autant à l’échelon mondial. Lors du déclenchement de la Guerre d’Irak, la raison du conflit était l’existence assurée d’armes de destruction massive, d’origine chimique, cachée sur le territoire irakien. La planète tout entière était en grand danger !
La guerre eut donc lieu… mais aucun des contrôles, effectués par des centaines d’experts, pendant des mois et sur tous les points du territoire, n’ont abouti. Aucun stockage, aucune usine, rien ! Que valait alors la raison qui avait déclenché la guerre ?
Quelle que soit la nature du procès, toujours est posée la question de la vérité. Celle-ci existe. Personne ne doute de son existence, mais on s’nterroge sur le chemin qui y conduit ? Comment savoir que celui qui parle dit vrai ? La fonction sociale, l’autorité morale ne suffisent plus à garantir l’authenticité des propos. Les plus hauts personnages, dans les domaines politique, économique ou social, peuvent mentir. Les exemples ne manquent pas, que l’on soit Président des États-Unis, Gouverneur de la Banque Mondiale, Secrétaire Général des Nations Unies ou, plus modestement, l’un des accusés au Procès d’Outreau. La parole ne suffit plus ; il faut qu’elle soit accompagnée d’une preuve… Et même, parfois, la preuve elle-même peut être falsifiée ! Les relations humaines s’en trouvent profondément affectées. La vie en société diffuse une sorte de soupçon que l’on retrouve même parfois au sein de la famille.
Le chemin qui mène à la vérité est devenu un véritable « parcours du combattant ». Faut-il en attribuer la faute à la vérité qui s’enfermerait aujourd’hui dans une plus grande obscurité qu’autrefois ? Non ! Mais bien plutôt à la conduite humaine. Si la quête de la vérité est, en effet, si laborieuse, c’est parce que l’homme dispose toutes sortes d’obstacles sur la route qui mène vers elle.
Le cas de Pilate, dans l’Évangile, est exemplaire. Jésus est innocent ; c’est évident pour Pilate. Il le dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation ». Mais pour ce haut fonctionnaire de l’Administration romaine, ce qui est en jeu, c’est sa carrière. Pilate le sait ; il tremble à l’idée d’être limogé de son poste, faute d’avoir réussi à maintenir l’ordre de l’empire dans cette région sensible. Mieux vaut donc se soumettre à la pression de la rue, quitte à mettre en cause la vérité elle-même : « Qu’est-ce que la vérité ? « , dit-il à Jésus. C’est-à-dire : « Qui peut la trouver et qui peut parler en son nom ?  » Et ainsi Pilate se décharge de sa responsabilité tout en gardant une bonne conscience, grâce à la disqualification de la seule lumière qui pouvait éclairer sa conscience : précisément celle de la vérité. Les temps n’ont guère changé. Pilate vit encore parmi nous.
L’ingéniosité de l’homme, en ce domaine, est proprement redoutable ! Car personne ne peut vivre sans vérité ; c’est pourquoi l’homme s’en forge une à sa mesure. Elle devient le reflet de sa subjectivité et fruit de ses propres constructions. Lorsqu’il l’a mise au point, il la défend avec l’acharnement d’un prosélyte qui cherche à gagner le monde entier à sa cause !
Voyez, par exemple, les raisonnements étranges dans lesquels se débat l’homme dit « moderne » pour éviter de reconnaître dans l’enfant à naître la présence d’un être humain. Voyez les « démissions » législatives pour attribuer un statut clair à l’embryon et au f?tus humain.
Ces dernières semaines, c’est la reconnaissance légale du « mariage » homosexuel qui se trouve sous les feux de la rampe. On assiste à toutes de sortes de déclarations dont le contenu confine au pathétique. Le « mariage » entre personnes de même sexe serait de même nature que le mariage entre un homme et une femme. Un enfant « né » dans un couple homosexuel – on n’a pas encore donné le mode d’emploi ! – aurait un avenir aussi équilibré sur le plan psychologique et affectif que l’enfant né et entouré d’un père et d’une mère. Il n’y aurait pas de différence ! La nature humaine comme telle aurait disparu. Seuls demeureraient les désirs arbitraires des uns et des autres, sans aucune structure de base.
C’est ainsi que les dérives s’amplifient et que les voix qui s’élèvent pour prévenir des désastres humains prévisibles sont étouffées. Une pensée unique tend à s’imposer à l’opinion. Il est significatif de constater le tri que font les lecteurs des textes de l’Église. Tout ce qui touche à la justice, à la paix, à la solidarité internationale, au combat contre la misère, au respect de l’environnement est reçu « cinq sur cinq ». On souhaiterait même davantage de déclarations, un vocabulaire plus incisif, des interventions plus rapides et mieux ciblées. Par contre, tout ce qui se rapporte au respect de la vie humaine, à la famille, à l’éthique sexuelle, à la morale personnelle est d’emblée récusé comme une pensée rétrograde. L’Église reste aujourd’hui la seule voix qui fait entendre une différence.
En ces temps de Pentecôte, nous appelons à nouveau l’Esprit de vérité sur l’humanité et l’adhésion du coeur humain à sa venue.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 28 mai 2004