HOMÉLIE POUR LA JOURNÉE DES VOCATIONS 2005

La liturgie de ce dimanche consacré à la prière pour les vocations, propose de soutenir notre méditation en nous offrant ce passage de l’Évangile. Jésus se livre à un jeu de comparaison tout à fait inédite. Il dit : « Je suis la Porte. »
C’est une façon pour lui de donner un éclairage sur sa Personne, une façon de dévoiler quelque chose de lui-même qui échappait jusqu’alors à ses disciples. Bien qu’il vive dans une grande proximité avec eux, Jésus leur reste largement inconnu. Alors il se présente, en livrant une nouvelle facette de son être : « Je suis la Porte ».
Se présenter ! C’est une démarche qui nous est coutumière dans notre société. Dès que nous sommes en relation avec quelqu’un, nous sommes appelés à nous faire connaître. C’est particulièrement le cas quand nous arrivons dans un groupe, quand nous devenons membre d’une de ces nombreuses associations : sociales, culturelles, sportives, qui font le tissu de notre société. Le nouveau membre, pour se présenter, énumère habituellement ses activités. Il parle de sa profession, de ses projets et des raisons qui l’amènent à entrer dans l’Association. La plupart du temps, il reste à la périphérie de lui-même, car c’est difficile de se découvrir soi-même. Sans doute parce qu’on éprouve une crainte à exprimer l’intimité de sa personne devant les autres ; mais aussi parce que nous ignorons bien souvent la véritable identité de notre être profond. Qui peut prétendre exprimer le mystère de sa personne ! Comment alors livrer aux autres ce qui échappe à notre propre regard !
Ce qui est frappant pour Jésus, c’est qu’il emploie d’emblée le verbe « Je suis » : « Je suis la Porte !  » Il s’agit donc bien de son être ; Il veut dévoiler quelque chose qui le touche en profondeur. Mais il recourt à une image qui, à première vue, semble bien éloignée de sa Personne. Qu’y a-t-il de commun entre une porte et un être humain ; entre un objet matériel et une personne vivante ? En fait, il s’agit d’un lien qui renvoie à une fonction. Une porte, en effet, sert à faire entrer et sortir. Elle livre un passage ; elle permet une circulation ! Et plus la porte est importante, plus on pressent qu’elle livre le passage vers quelque chose de précieux. La porte d’un coffre-fort, par exemple, mais aussi, autre exemple, la porte d’un haut personnage. La fonction d’une porte, c’est de donner accès. Mais il faut bien remarquer que le passage se fait dans les deux sens : soit pour empêcher de sortir : on pense à la porte d’une prison qui se referme sur un grand criminel ; soit pour inviter à entrer : la porte d’un musée qui s’ouvre pour montrer au public de belles oeuvres d’art. Une porte, ou bien permet le passage, ou bien le refuse.
A n’en pas douter, quand Jésus se désigne comme la Porte, c’est à la fois pour donner accès et, en même temps, pour protéger celui qui entre ! Car il s’agit ici de la porte d’une bergerie. Ce sont des moutons qui entrent. Et une fois qu’ils sont entrés, on ferme la porte pour qu’ils soient en sécurité. Car ils entrent dans la bergerie quand tombe la nuit, c’est-à-dire à un moment où le danger s’abat sur le troupeau. Dans l’obscurité, chaque mouton devient une proie facile ; il est à la merci de tous les dangers.
En se désignant comme la Porte, Jésus fait comprendre qu’en Lui, en sa Personne, se trouve le passage qui permet d’aller vers son Père ! « Nul ne va vers le Père sans passer par Moi ». Cette porte est unique ! Il faut donc s’employer à la chercher et, quand on l’a découverte, de la franchir sans hésiter !  »
En même temps, la porte est le moyen de se tenir à l’abri des dangers. Quand on a déjà fait l’expérience de la sécurité qu’offre la bergerie, quand on a éprouvé la bonté du Berger « qui connaît chaque brebis par son nom », on est heureux d’entrer. Dans la nuit noire, quand on voit une porte ouverte et bien éclairée, on a envie d’entrer ! C’est cela que Jésus veut faire comprendre à ceux qui l’écoutent ; il veut faire saisir la mission pour laquelle il est venu dans le monde. « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » Il s’agit pour lui de communiquer la vie – comme le berger donne et entretient la vie de ses brebis. La bergerie est le lieu où le Berger assure leur protection !
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Avec cet Évangile, la journée de prière pour les vocations nous tourne vers Jésus comme la porte qui donne accès à la vie et qui protège en nous cette vie en offrant la Bergerie qu’est l’Église. Comment chacun peut-il trouver à vivre sa vocation de chrétien ?
? Chaque famille est comme une bergerie, c’est-à-dire un lieu où Jésus est découvert comme la Porte par laquelle on reçoit la vie de Dieu. La famille est cet espace où la Personne du Christ est montrée avec la fonction qu’il assume dans toute existence humaine. Les parents ont comme vocation d’enseigner l’Évangile à leurs enfants et particulièrement le message où le Christ se présente à eux comme la Porte par laquelle on accède à la connaissance et à la vie de Dieu. Cette vocation, les parents ont à l’assumer par l’exemple ; il leur revient de montrer dans leur vie que cette porte fonctionne aussi pour eux. Ils la rendent attirante dans la façon qu’ils ont de recourir à elle personnellement. Témoignage silencieux, aussi fort que tous les enseignements.
? Cette porte, d’autres dans l’Église ont comme vocation d’en manifester la beauté en s’attachant à elle d’une manière exclusive : ce sont les moines et les moniales, les religieux et les religieuses. Ils montrent surtout dans quel climat toute vie chrétienne se déroule. Car cette Porte, si elle donne accès dès maintenant à la vie avec Dieu, elle ouvre aussi sur l’éternité, la vie pour toujours dans la maison du Père. Notre vie humaine débouche sur la certitude que le Père nous attend. L’espérance est au coeur du message chrétien. Les religieux témoignent de cette espérance.
? Il en est d’autres, dans l’Église, qui ont une vocation différente : les prêtres. La Porte qu’est le Christ fonctionne non seulement comme un passage, mais elle est aussi le moyen de rassemblement. Quand les brebis franchissent la porte de la bergerie, elles découvrent un lieu de fraternité. Cette fraternité ne provient pas de l’espace géographique où l’on se trouve côte à côte. Elle est le fruit d’une même vie reçue du Christ dans les sacrements, et spécialement dans celui de l’Eucharistie ; c’est elle, l’Eucharistie, qui élève l’expérience de fraternité humaine « à un niveau bien supérieur à celui d’une simple expérience de convivialité humaine. » La vocation du prêtre n’est pas de se mettre à la place de la Porte, mais de permettre qu’elle fonctionne et qu’elle assume sa mission d’unité. Le Pape disait un jour : « Nul n’ignore qu’un pape a beaucoup à faire. Je vois venir une nouvelle question : « puisque le pape ne peut tout faire, que doit-il faire en premier lieu ?  » J’estime que sa première tâche est de rassembler le peuple de Dieu dans l’unité. » Cette mission du Pape est aussi celles des évêques et des prêtres. Les germes de division sont si nombreux ! La vocation du prêtre est d’accomplir l’unité entre toutes les brebis du Christ et d’ouvrir à d’autres l’espace de la Bergerie ! Cette vocation, nous le savons, connaît un très sérieux affaiblissement dans notre pays ; beaucoup de chrétiens en souffrent ; Il nous revient à tous de travailler pour qu’elle connaisse un regain de vigueur, un nouveau développement et donc un engagement généreux des jeunes. C’est bien cette intention qui occupe, aujourd’hui, l’essentiel de notre prière !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 17 avril 2005