Frère Gabriel Taborin, à l’école de la Sainte Famille

Gabriel Taborin Photo 2

 

 

Frère Gabriel Taborin, à l’école de la Sainte Famille, par Françoise Bouchard
Préface de Mgr Bagnard

Editions Salvator, 2004, 224 p.

Le fondateur des Frères de la Sainte Famille de Belley est bien connu dans le diocèse qui l’a vu naître et fonder son Institut, avec les encouragements de Saint Jean-Marie Vianney, qui fit venir des Frères à Ars pour s’occuper de l’école des garçons. L’auteur est une spécialiste des vies de saints : c’est son 22e ouvrage. Elle a notamment publié des biographies de saint François de Sales (Résiac 2002 – nominé pour le prix des écrivains catholiques) et de sainte Jeanne de Chantal (Salvator 2004). Pour écrire celle du Vénérable Frère Gabriel, elle s’est appuyée notamment sur la « Positio » de la cause de béatification. Nous donnons ci-dessous des extraits de la préface de Mgr Bagnard :

 

Une si belle page d’histoire du christianisme

« Faire revivre la figure d’un aîné dans la foi – comme celle du Frère Gabriel Taborin – est une entreprise à laquelle j’ai tout de suite donné mon adhésion. Madame Françoise Bouchard m’en avait transmis l’information, il y a quelques mois ; j’avais compris qu’elle s’était engagée dans cette aventure avec l’audace de ceux qui sont passionnés par ce que leur découvre l’histoire ! (…) Elle a eu le mérite de mener à bien ce projet, avec une compétence dont les lecteurs pourront mesurer l’étendue. Merci de faire remonter à nos mémoires – souvent défaillantes – une si belle page d’histoire du christianisme en notre pays de France, mais aussi en d’autres pays d’Europe et jusqu’en Amérique Latine, en Afrique et en Inde. Frère Gabriel a été reconnu par l’Église comme un de ses fils exemplaires puisqu’Elle l’a déclaré vénérable et qu’un jour – nous l’espérons tous, avec ses Frères de la Sainte-Famille – il sera béatifié.

 

Mettre la sainteté dans la proximité du commun des hommes

Qui connaîtrait aujourd’hui le nom de ce petit village d’à peine 300 habitants, Belleydoux, si Gabriel n’y était né et n’y avait passé sa jeunesse ! Qui connaîtrait le village d’Ars si Jean-Marie Vianney n’en avait été le curé ! Et Châtillon-sur-Chalaronne – dans ce même diocèse – ne doit-il pas sa notoriété à la présence de Saint Vincent de Paul qui y a exercé son ministère pendant quelques mois seulement. Et que dire de Cuet, ce village de la Bresse qui serait sans doute demeuré ignoré de tous si Pierre Chanel n’y était né et n’était devenu le premier martyr d’Océanie et le patron des missions de ce continent immense. Désormais, wallisiens et futuniens (…) sont unanimes pour affirmer : « Nous sommes nés à Cuet. » Ceux qui nous sont ainsi donnés en modèle sont nés dans une famille semblable à beaucoup d’autres. Ils ont habité un village, entourés de voisins et d’amis. Ils ont été des enfants comme tous les autres. En prendre une conscience vive, grâce à l’histoire, a un effet bienfaisant : celui de mettre la sainteté dans la proximité du commun des hommes. Elle n’apparaît plus comme un chemin réservé à quelques rares élus !

 

« On ne naît pas saint ; on le devient ! « 

Mieux encore, la volonté de faire revivre le passé, de replacer ces grandes figures dans leur véritable contexte historique, sans hésiter à les insérer dans les événements qui ont jalonné le plus ordinaire de leur vie, nous offre une leçon que nous ne devrions jamais oublier : « on ne naît pas saint ; on le devient !  » C’est à travers les aléas d’un cheminement souvent accidenté et douloureux, semé d’obstacles surmontés plus que de réussites faciles, que se forge l’âme d’un saint. Il est du reste très significatif que le Frère Gabriel ait voulu placer sous le vocable de la Sainte Famille la fondation de cette nouvelle famille religieuse qui lui tenait si profondément à coeur et qui aujourd’hui est présente sur plusieurs continents.

 

La spiritualité de Nazareth

La spiritualité de Nazareth, c’est d’abord un mystère d’obscurité, une obscurité qui se prolonge sur trente années. Les trois ans de vie publique apparaissent bien courtes en comparaison de ce long temps d’ensevelissement et de total silence.

Nazareth, c’est aussi un mystère de communion intime entre des personnes qui s’aiment. Il est difficile de se représenter ce qu’a pu être cette vie familiale, dont l’Évangile ne dit rien. Le Frère Gabriel y a pourtant vu l’espace spirituel capable d’être donné en exemple à ses frères. Les composantes en sont simples : un vie marquée par l’affection mutuelle, consacrée au travail bien fait, dans l’effacement de soi et la joie de servir.

Ce qui domine l’esprit de Nazareth, c’est la glorification de tout ce qui compose le plus ordinaire de l’existence humaine. Rien n’est indifférent. Rien n’est banal. L’occupation la plus humble se trouve imprégnée de grandeur. « De Nazareth, a écrit Jean Guitton, surgira une transformation en gloire de tous les éléments de la vie humaine. Avant Nazareth, marcher, boire, respirer, gémir, contempler un oiseau qui traverse le ciel, cela avait un sens prosaïque. (…) Ces choses ont été transfigurées et comme « divinisées » par l’usage qu’en a fait Dieu. »

Une action de grâce Je bénis Dieu d’avoir fait naître et oeuvrer le Frère Taborin dans notre diocèse de Belley-Ars. Je le bénis encore d’avoir permis que les Frères de la Sainte Famille puissent toujours y poursuivre une oeuvre d’évangélisation féconde. Je le bénis enfin pour l’auteur de ce livre, Madame Françoise Bouchard, qui a déployé toute son érudition pour faire revivre la belle figure de Frère Gabriel. »

 

Mgr Guy-Marie Bagnard

3 décembre 2004