EVANGELISER : ALLER AU LARGE !

Une précision d’abord !

Le mot « évangélisation » n’a pas toujours eu bonne presse. On soupçonnait le mot de couvrir des entreprises peu recommandables, comme le prosélytisme, l’endoctrinement, etc… et d’abuser la liberté des personnes, surtout les plus fragiles !

La Lettre des Evêques de France, de 1996, a voulu prévenir cette utilisation détourner en adoptant un titre qui levait toute ambiguïté : « Proposer la foi dans la société actuelle ». C’est bien dans le sens de « la proposition » et non de « l’imposition » que doit être entendue l’authentique action d’évangéliser.

Mais, quels que soient les usages négatifs qu’on pourrait en faire, le mot ne peut être évacué du vocabulaire chrétien, puisqu’il provient tout droit de l’Evangile.

Jésus envoie ses apôtres « dans le monde entier » : « De toutes les nations, faites des disciples » (Mt 28, 19). Donc, ce qu’il a fait et ce qu’il a dit est destiné à tous. Toute l’humanité était présente à sa pensée et à son coeur. Le soir du Jeudi Saint, il a précisé que c’est pour « la multitude » qu’il livre son Corps et verse son Sang.

Evangéliser, c’est donc, pour les disciples, faire parvenir la Bonne Nouvelle du Christ à tous les hommes sans exception. Chacun est alors libre de l’accueillir ou de la refuser. Mais l’Evangile doit être proclamé partout. Il est universel par nature.

C’est ce que les Apôtres ont compris et mis en oeuvre dans la force de l’Esprit Saint. C’est ce qu’ont compris aussi tous ceux qui sont venus après eux. Les contemplatifs eux-mêmes – dans leurs cloîtres – n’ont pas fait exception à cette compréhension de la volonté du Christ. Témoins, par exemple, ces paroles de Thérèse de Lisieux : « Malgré ma patitesse, je voudrais éclairer les âmes, comme les prophètes, les docteurs, j’ai la vocation d’être Apôtre… Je voudrais parcourir la terre, prêcher ton Nom, mais, ô mon Bien-Aimé, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l’Evangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées… Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et l’être jusqu’à la consommation des siècles ».

Eux, les moines et les moniales – qui n’ont pas quitté l’espace étroit de leur monastère – aident à comprendre que l’élan missionnaire prend sa source dans l’intériorité de la foi : on ne diffuse que ce par quoi on a été saisi soi-même. Il ne viendrait à l’idée de personne de se dépenser pour ce qui laisse totalement indifférent. Nous entendons le même apôtre saint Paul dire : « Pour moi, vivre, c’est le Christ » et, en même temps : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! » L’évangélisation est comme le trop plein de l’amour que le disciple porte à son Maître et qu’il cherche à répandre autour de lui. Autour de lui… et parfois même très loin de lui, aux Antipodes, comme Saint Pierre Chanel !

L’élan dans la mission suppose la conviction que le Christ est « la Voie, la Vérité et la Vie » ; Il suppose l’expérience de la dimension divine de sa Personne et de la portée universelle de son Message !

Car pour « avancer en eau profonde », au devant de ceux qui, parfois, « n’attendent plus rien de nous », il faut un courage qui se rend victorieux de toutes les peurs, il faut une humble assurance sui surmonte tous les doutes. C’est pourquoi le missionnaire n’avance jamais sans l’équipement de la prière, sans la méditation de la Parole, sans les Sacrements donneurs de vie, et sans le soutien des frères ! C’est dire que la mission nous renvoie au renouveau de notre vie chrétienne. Elle nous réapprend, tout simplement, le sens de notre Baptême.

Le Pape Jean-Paul II y avait fait allusion lors de son premier passage en France en 19Il avait interpellé les chrétiens de notre pays : « France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton Baptême? Es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ». Et dans sa Lettre pour le troisième millénaire, il avait rappelé l’amplitude du Baptême : « Demander à un catéchumène : ‘Veux-tu recevoir le Baptême ?’ signifie lui demander en même temps : ‘Veux-tu devenir saint ?’ Cela veut dire mettre sur sa route le caractère radical du discours sur la Montagne : ‘Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48).

Donc, la prise au sérieux de notre Baptême nous met nécessairement face à face avec l’appel missionnaire.

A la Vigile Pascale, quand nous renouvelons les promesses de notre Baptême, nous nous engageons à vivre personnellement la Bonne Nouvelle, à la propager, « c’est-à-dire à prendre le risque de la rencontre des hommes et des femmes qui nous entourent ».

Cet arrière-plan une fois rappelé, je laisse au Père Roger Hébert le soin de présenter lui-même les conditions concrètes de la mise en oeuvre de ce projet missionnaire pour notre diocèse.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 22 septembre 2006