Emission : A propos du travail le dimanche – 19 octobre 2009

Emission avec Mgr Guy-Marie Bagnard
RCF 01 – Enregistrement du Lundi 19 octobre 2009

C’est un événement d’actualité qui m’amène à parler aujourd’hui du dimanche, ce jour de repos si important pour la vie familiale et particulièrement favorable pour les chrétiens, puisque les communautés chrétiennes se rassemblent ce jour-là pour la prière.
Jusqu’alors, le dimanche se différenciait des jours de la semaine par son
rythme, par son caractère de gratuité. Or, de plus en plus, il tend à se
confondre avec les autres jours. Le travail du dimanche se généralise.
C’est ainsi qu’à Oyonnax, ville de 35.000 habitants, très industrialisée,
située au Nord-Est du Département de l’Ain, trois salariées d’une grande
Surface ont été purement et simplement licenciées parce qu’elles avaient
refusé de travailler le dimanche matin. Leur motif était simple : « Nous
avons le droit à une vie familiale normale. »
Autrement dit : notre vie ne se réduit pas à notre travail salarié. Nos
avons besoin, certes, de gagner notre vie, mais nous refusons d’être
transformées en robots. Nous avons une autre vie : un couple, des enfants, des voisins, des amis ! L’équilibre humain réclame que soit respectée l’alternance du travail et du repos.
Le rappel de la dimension humaine de chaque existence rejoint le combat qui a été mené pendant des années par les organisations syndicales pour obtenir le repos dominical et en faire un droit dont dispose tout travailleur ! Ce qui a été acquis commence à s’effriter lentement. Dans un contexte où l’économique l’emporte sur toute autre considération, la personne n’est plus regardée que sous l’angle de son aptitude au travail et de sa capacité à consommer !
Le refus de se laisser emprisonner dans cet engrenage est particulièrement partagé par les chrétiens. Car le dimanche est d’abord pour eux le jour où il donne du temps tout spécialement à Dieu. Donner de son temps à quelqu’un, c’est lui accorder de la considération, c’est lui témoigner qu’il a du prix. C’est tout simplement donner de soi-même, de sa personne.
Dans le diocèse de Belley-Ars a vécu au dix-neuvième siècle un prêtre,
Jean-Marie Vianney, qui a beaucoup ?uvré dans son ministère pour que le dimanche soit un jour de repos et que chacun puisse y donner un temps à Dieu. Il disait : « Je n’ai jamais rencontré un paysan qui se soit enrichi en travaillant le dimanche. »
Aussi était-il intervenu dans sa paroisse pour que les ouvriers agricoles
obtiennent des propriétaires l’autorisation d’être mis en repos le dimanche.
Le village d’Ars était envié par tous les ouvriers de la région. La volonté
du pasteur de faire du dimanche un jour de repos donné à Dieu avait pris une dimension sociale imprévue qui changeait l’existence de tous, y compris celle des mères de famille qui pouvaient, elles aussi, ce jour-là, se reposer et donner à Dieu sa place.
Les gens d’Ars en étaient venus à trouver toute naturelle la disparition
généralisée des travaux dans les champs, le dimanche. Il faut dire que leur pasteur n’avait pas épargné ses efforts. Combien de fois n’avait-il pas dit dans ses prédications : « Le dimanche, c’est le bien du Bon Dieu : c’est son jour à lui, le jour du Seigneur. Il a fait tous les jours de la semaine ; il aurait pu les garder tous. Il vous en a donné six, il ne s’est réservé que le septième. De quel droit touchez-vous à ce qui ne vous appartient pas ? Vous savez que le bien volé ne profite jamais. Le jour que vous volez au Seigneur ne vous profitera pas non plus. Je connais deux moyens de devenir pauvre, c’est de travailler le dimanche et de prendre le bien d’autrui. » (Monnin, l’Esprit du Curé d’Ars, p. 72)
Aujourd’hui, les chrétiens sont appelés à relever ce défi du dimanche.
L’exigence d’un choix de vie se fait plus radical qu’autrefois, car le
contexte social n’apporte plus aucun soutien. Aussi l’Evangile est-il à
relire avec plus d’attention : « Nul ne peut servir deux maîtres… Vous ne
pouvez servir à la foi Dieu et l’Argent. » (Mt 6,24)
? Père Guy-Marie Bagnard Évêque de Belley-Ars