Edito : Une citoyenneté responsable – 20 avril 2007

En cette période électorale, lequel d’entre nous choisirait ce candidat-là s’il était persuadé qu’il ne pourra pas satisfaire son attente ? Autant voter pour un autre ? C’est dire qu’un bulletin de vote représente, de la part du citoyen, une démarche de confiance en même temps qu’un acte d’espérance. L’électeur attend un « plus » ! Ce « plus », où le situer ? Comment faire face à l’explosion des demandes ? Au bout de ces semaines où la liberté démocratique a permis à chacun de s’exprimer, on se trouve devant une montagne digne de l’Everest ! On passe des muselières des chiens à la vitesse sur les autoroutes, des cantines scolaires aux consultations médicales, du travail au noir à l’insécurité des banlieues. Cette avalanche transforme le présidentiable en magicien, qui manie les promesses comme une baguette magique !

C’est donc le moment de prendre un peu de hauteur et de se demander ce qui est le plus important, ce qui doit passer en premier. Cela impose de se dégager de ses désirs immédiats, de ses besoins particuliers, même légitimes, pour prendre en compte le Bien Commun. Au lieu de se concentrer sur soi-même de s’ouvrir aux autres. En ce sens, le vote est un renoncement à ses intérêts propres pour voir plus loin que soi-même. Il s’agit de se demander ce qui est vraiment à changer dans notre société !

L’actualité nous fournit des pistes de réflexion. Ainsi, par exemple, les médias nous ont appris qu’un PDG partait à la retraite avec une somme fabuleuse. Il y a de quoi alerter sur le dysfonctionnement de notre société et nous y opposer : c’est inacceptable ! Impossible de poursuivre sur cette voie ! Nous devons refuser cet état de choses ! L’écart entre riches et pauvres n’est plus seulement un fossé, il devient un abîme ! Une société qui ne se préoccupe pas d’abord des faibles et des petits se déconsidère.

L’actualité nous indique aussi que le taux de chômage, même en diminution, reste encore élevé dans notre pays. Comment accepter qu’on ne puisse pas trouver d’emploi quand on sait le pouvoir socialisant du travail et sa capacité à rendre à l’homme sa dignité.

L’actualité nous apprend que le « mariage » entre homosexuels est entré dans les faits. Comment accepter une telle aberration, une telle méconnaissance de l’identité humaine, une telle déchéance de la famille ?

L’actualité nous apprend encore que la dette de notre pays atteint des proportions gigantesques… et les emprunts se poursuivent pour couvrir tous les besoins et répondre aux requêtes. Et nous vivons dans une bienheureuse insouciance, chloroformés par « la grandeur de la France », « son rayonnement dans le monde » et « l’intelligence supérieure des Français » !

***

Une anecdote que rapporte Amitaï Etzioni, professeur à l’Université Georges Washington, en dit long sur nos sociétés dites « avancées » ! L’Agence américaine pour le développement international (Usaid), chargée de la révision des manuels scolaires en Irak et en Afghanistan, en a expurgé les chapitres à la gloire des talibans, « tout en se toruvant bien en peine de leur substituer d’autres valeurs ». Il poursuit : « Elle s’est rabattue sur l’enseignement des mathématiques, des sciences et de l’anglais. Ces matières séculières ne traitent cependant pas des questions essentielles… : qu’est-ce qu’une vie bonne ? Quelles sont nos obligations envers notre famille, nos amis… ? La mort est-elle la fin que nous devons tous redouter, ou bien un point de départ vers un monde meilleur ? »

Silence sur tout cela ! Comment s’étonner du retour en force du religieux, partout dans le monde ! L’homme, dans sa nature profonde, n’appelle-t-il pas une transcendance un au-delà de lui-même pour être lui-même ?

Benoît XVI fait cette remarque dans son nouveau livre sur Jésus. Il y parle de la situation mondiale et des peuples de l’Afrique en particulier : « Notre mode de vie, écrit-il, notre histoire les ont pillés et les pillent encore… Et surtout, au lieu d’accepter et d’accomplir tout ce que leurs propres traditions ont de précieux et de grand, nous avons porté chez eux le cynisme d’un monde sans Dieu, où ne comptent que le pouvoir et le profit. Nous avons détruit les repères moraux, en sorte que la corruption et la volonté de puissance dépourvue de scrupules deviennent des évidences ».

Aujourd’hui, dans notre pays, quand on parle « morale », « sens de la vie », « vision de l’homme »… il semble que l’on vous regarde comme un extra-terrestre. Où trouver dans les programmes des candidats cette dimension qui redonne à l’homme sa véritable grandeur ?

Mgr Guy-Marie Bagnard, 20 avril 2007