Edito : Quel avenir pour la paternité ? 20 mars 2009

Mardi dernier, était lu, à la messe du jour, ce passage de l’Evangile
selon saint Matthieu où Jésus déclare, avec une clarté qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père ». Le seul qui puisse mériter ce titre, c’est son propre Père.
La raison semble se dégager d’elle-même : le paternité est d’une telle
grandeur que seul Dieu peut l’assumer. Il suffit de regarder Jésus se
tourner vers son Père : il le fait avec une affection et une confiance si
totales que le mot de « Père » prend une dimension et une profondeur jusque-là inconnues. Le Père en plénitude, c’est lui, son Père ! Aussi faut-il comprendre que tous ceux qui, sur terre, sont appelés « père » ne peuvent l’être qu’en référence à ce Père unique ! Tous portent un nom d’emprunt comme un vêtement trop grand pour eux ! Aussi, en étant appelés « pères », ils deviennent les serviteurs de la Paternité du Père unique. Ils en sont les ministres. Loin d’être dévaluée, la paternité humaine s’en trouve grandie ! Jésus n’abolit pas la paternité, il l’exhausse !
C’est pourquoi, selon l’Evangile, la paternité humaine s’exerce comme un
chemin qui conduit vers le seul qui est Père en plénitude. Elle est en
quelque sorte une diaconie de la Paternité divine. Jésus l’élève à une
hauteur qui l’ennoblit. Avec Dieu comme référence, elle est soulevée
au-dessus d’elle-même !
De l’Evangile, on peut passer sans transition à l’actualité et plus
précisément à l’actualité législative. Un projet de loi va bientôt venir en
débat à l’Assemblée. On y traite justement de paternité puisqu’il est
question de donner un statut juridique au « beau-parent » dans les « familles recomposées ». Ce nouveau statut serait accordé au « beau-parent » par le biais de l’autorité parentale sur les enfants du conjoint. Ce serait une facilité toute pratique pour régler les problèmes de santé, d’éducation, d’orientation des enfants, etc.
Dans le même temps, les termes « père » et « mère » ne figurent pas dans le texte de cet avant-projet. On leur a substitué ceux de « parent », de
« beau-parent ». Le changement de vocabulaire est loin d’être anodin. Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait promis ce statut, valable aussi bien, avait-il dit, pour les « familles recomposées » que pour les « familles homoparentales ». Et de fait, le texte précise que cette nouvelle législation s’appliquera aux « foyers composés de deux adultes de même sexe. »
Les conséquences sont lourdes :
? Et d’abord au simple niveau du bon sens : plus on élargit le cercle de
ceux qui exercent l’autorité, plus grandit le risque de conflits. Au lieu de
faciliter la décision, on risque de la retarder ou de la laisser en suspens.
L’enfant ne manquera pas d’être un peu plus désorienté devant ces
différentes autorités qui s’exercent sur lui.
? Quel sens aura désormais la paternité ? On pourra se dire « père » de
l’enfant simplement parce que l’on vit dans sa proximité, parce qu’on
s’intéresse à lui, parce qu’on est « compagnon » de sa mère, etc. La paternité sera vidée de sa substance. C’est pourquoi le texte retient le mot de « parents », moins dérangeant, plus neutre, mais aussi plus dissimulateur !
? Mais surtout, sur la lancée du texte, des Associations réclament
maintenant que ces modifications de vocabulaire soient introduites dans le Code civil lui-même. Dans tous les articles où sont mentionnés le « père » et la « mère », il est demandé qu’on remplace ces termes par celui de « parents ».
Ainsi, toute référence à l’altérité sexuelle – qui est au fondement de la famille et de la société – semble bientôt devoir être effacée du Code civil. On s’interroge alors : y a-t-il eu, depuis des siècles, pareille révolution sur la nature de la famille ? On peut même parler, sans forcer le trait, d’une « révolution anthropologique » !
Une fois sur ce chemin, il devient clair que l’on sera prêt à reconnaître
l’adoption légale d’enfants par des couples homosexuels. La famille, telle
qu’on la connaît depuis des millénaires, aura vécu !
Les chrétiens auront alors la mission de montrer leur différence : ce qu’est la famille dans le plan de Dieu ! Un avenir certain leur est assuré, à moins qu’on les tienne pour dangereux, à l’image des croyants d’URSS que l’on internait dans des centres psychiatriques, en raison de leur foi, considérée comme une grave maladie psychique.

? Père Guy Bagnard Évêque de Belley-Ars – 20 mars 2009