Edito : Noël : Souffler sur les braises de l’espérance ! 21 décembre 2007

Aujourd’hui, la dimension économique tend à envahir tous les secteurs de notre société, et donc aussi l’espace de la vie personnelle ! Les questions posées au sujet du travail du dimanche en offrent un exemple particulièrement éloquent. Le point de vue qui l’emporte est celui de l’efficacité commerciale, c’est-à-dire de la prise en compte de la seule consommation. C’est le jour, disent les Responsables des Grandes Surfaces, où nous réalions notre plus gros chiffre d’affaires ! C’est le jour où le Personnel est le mieux rémunéré ! C’est le jour où l’on a le temps de regarder, d’acheter. Bref, tout semble se concentrer sur les facilités commerciales.

Face à cette poussée générale, l’Archevêque de Paris essaie d’élever la voix. Aux Parlementaires réunis le 9 octobre dernier, à la Messe de rentrée des Responsables politiques, il a déclaré : « Dans les études sur le travail dominical, prend-on suffisamment en compte les retombées de la volatilisation du temps de travail sur l’équilibre des familles ? Quelles possibilités resteront pour que tous, parents et enfants, puissent se retrouver ensemble un jour complet et nourrir des relations plus riches que sous la contrainte des jours ouvrables, plus riches et plus variées que produire et consommer ? Les nécessités de la vie devraient pouvoir être satisfaites le samedi sans qu’il soit nécessaire que tous les centres commerciaux soient ouverts le dimanche ».

Au-delà du problème singulier et immédiat du dimanche, on assiste à une lente et subtile mainmise de l’économique sur les fêtes religieuses, une sorte d’OPA discrète mais bien réelle. Noël, Pâques, Pentecôte, la Toussaint, l’Immaculée Conception, etc… Toutes ces fêtes ont leur origine dans la célébration des mystères chrétiens et sont empreintes d’une joie profonde !

Comme toute joie humaine, la joie chrétienne se traduit par des évchanges, des cadeaux, des voeux, etc… où l’économique a forcément sa part. Mais aujourd’hui l’économique tend à l’emporter sur tout le reste. Il trouve là des occasions uniques d’inciter à la consommation. Il y réussit d’autant plus qu’il se glisse dans le lit de traditions fortement ancrées dans une culture et qu’il peut légitimer les dépenses sous le couvert de raisons… religieuses. On comprend que les fêtes crhétiennes deviennent littéralement des « proies » dont il faut s’emparer pour élargir le marché, augementer les ventes et amplifier les profits. On vous pousse même à dépenser quand votre porte-monnaie est vide : on est si tenté d’acheter à crédit.

La pente ainsi amorcée risque, si on n’y prend garde, de transformer les fêtes chrétiennes en fêtes païennes. Même leur dénomination pourrait être modifiée : Noël deviendrait une fête de fin d’année ; Pâques, la fête du Printemps ; la Pentecôte, l’ouverture de l’été, etc… Ainsi, les cadeaux ont perdu jusqu’au souvenir de leur origine première.

Dans mon enfance, l’orange, la barre de chocolat et le livre de la Comtesse de Ségur qui nous arrivaient en cadeau ne faisaient pas écran à la fête de la venue du Sauveur ; bien au contraire, le cadeau ne faisait que prolonger, dans l’ordinaire de la vie, le mystère que l’on célébrait. Nous comprenions sans peine que le beau livre – à vrai dire bien modeste – que nous trouvions dans nos souliers, était le faible écho du cadeau que DIeu faisait à l’humanité en lui donnant son Fils bien-aimé ! La barre de chocolat nous renvoyait au mystère de la visite de Dieu. Nous apprenions à regarder les choses les plus humbles sur l’arrière-plan de l’invisible ! Elles se détachaient du quotidien avec un relief inusité. Le mystère de Noël reflétait sa lumière sur ce qui, sans lui, serait resté insignifiant.

N’est-ce pas le lieu de rappeler la puissance de vie que les fêtes chrétiennes infusent à notre vie en société, à la vie familiale et jusque dans l’intimité des consciences ! Et en particulier de s’interroger sur celle de Noël que nous allons célébrer dans quelques jours !

Noël, c’est bien entendu d’abord un anniversaire : toute l’Eglise fait mémoire de la naissance de Jésus venu en un moment donné de l’histoire humaine : « En ce temps-là parut un édit de l’empereur Auguste, Quirinus étant Gouverneur de Syrie… »

Mais Noël, c’est beaucoup plus que l’anniversaire d’un événement passé et définitivement révolu. C’est l’attente d’une seconde venue du Christ, ainsi que la foi nous le fait proclamer dans le Credo : « Il reviendra dans la gloire… ». Noël est donc avant tout imprégné d’une espérance, bien plus encore que d’un souvenir. C’est en cela que consiste son originalité proprement chrétienne. Le Christ revient. Nous sommes dans l’espérance de son retour. A Noël, c’est donc l’avenir qui est premier. Et c’est pourquoi l’espérance en occupe le centre.

Le propre de l’espérance est de déplacer le futur, souvent lointain, pour le mettre à proximité du présent. Mieux, l’espérance met l’événement à venir que nous attendons en état d’agir sur le présent. Il est clair que, si nous attendons réellement un événement, tout notre présent s’en trouve changé. On ne vit plus de la même façon, selon que l’on attend un événement ou selon que l’on n’attend rien ! Même la manière de penser est modifiée. Le présent se transforme au contact du futur.

On le voit bien dans le comportement des premiers chrétiens. Convaincus que le retour du Christ était imminent, ils annonçaient sans peur la Bonne Nouvelle de l’Evangile ; les persécutions, au lieu de les abattre, les rendaient plus forts. C’est en raison de ce dynamisme de l’espérance que l’Evangile s’est transmis avec une telle vigueur et a connu une telle expansion en si peu de temps.

Aujourd’hui, c’est bien cette vertu d’espérance que nous devons ranimer en nous ; elle est la condition profonde de notre élan missionnaire ! Nous devons nous en convaincre au moment où le diocèse est entré dans une démarche d’évangélisation ! Célébrer Noël, c’est souffler sur les braises de l’Espérance !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 21 décembre 2007