Edito : Noël ou l’humilité de Dieu – 19 décembre 2008

Au­cun être hu­main n’échappe à ce mou­ve­ment in­té­rieur qui le porte, en cer­tai­nes cir­cons­tan­ces, à se con­si­dé­rer su­pé­rieur aux au­tres. Thier­ry Bi­zot, en même temps ro­man­cier bien con­nu et en­tre­pre­neur, en a fait l’ex­pé­rience. C’est par ce che­min de l’hu­mi­li­té qu’il est en­tré dans une aven­ture spi­ri­tuelle, qui l’a con­duit jus­qu’à la foi. « J’ai réa­li­sé – moi qui avais l’im­pres­sion d’être plus in­tel­li­gent, plus mo­derne, plus drôle que mes com­pa­gnons de route – que j’étais un des leurs, exac­te­ment comme eux. »

La prise de con­science de sa pe­ti­tesse a été la brè­che par la­quelle Dieu est en­tré dans sa vie. « J’ai eu le sen­ti­ment que Dieu m’avait at­tra­pé par la peau du cou, comme un la­pin dans son cla­pier, qu’il m’avait sou­le­vé de terre, m’ar­ra­chant à ma vie pai­si­ble et m’avait de­man­dé : « Alors, c’est qui le pa­tron ici ? » Je lui ai ré­pon­du : « C’est Toi. » Il m’a re­po­sé, me lais­sant pour­sui­vre ma vie. »

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Le mys­tère de Noël est in­ti­me­ment lié à l’hu­mi­li­té. Nous au­rons tou­jours quel­que peine à voir dans l’En­fant qui naît à Bethlé­em – au ha­sard d’un dé­pla­ce­ment et dans un dé­nue­ment com­plet – la lu­mière des­ti­née à éclai­rer tout être hu­main. Cet en­fant nous ap­pa­raît trop pe­tit, trop pau­vre, trop fai­ble, com­pa­ré à nos dé­sirs de gran­deur, à no­tre soif de puis­sance, à no­tre ap­pé­tit de gloire, à no­tre es­prit de pos­ses­sion.

L’ac­tua­li­té est une source in­épui­sa­ble d’en­sei­gne­ment ! Nous avons ap­pris der­niè­re­ment qu’une es­cro­que­rie de 50 mil­liards de dol­lars avait été com­mise au coeur même du sanc­tuaire de la fi­nance mon­diale. Com­ment un dé­tour­ne­ment aus­si co­los­sal a-t-il été pos­si­ble ? Nous pen­sons à l’ha­bi­le­té de l’homme de mé­tier, à son man­que de con­science pro­fes­sion­nelle, à la con­fiance dont il jouis­sait, etc… Mais, en fait, ce qui a per­mis une telle opé­ra­tion c’est l’avi­di­té de ceux qui – aux qua­tre coins de la pla­nète – cher­chent les pla­ce­ments les plus ren­ta­bles pour leur for­tune. C’est la dé­me­sure dans la course au pro­fit, l’ivresse dans la pas­sion « d’agran­dir ses gre­niers », se­lon l’image de la pa­ra­bole de l’Evan­gile.

Noël nous in­di­que une tout au­tre route. Dieu nous la dé­si­gne comme la voie royale qui dé­bou­che sur la joie. La joie est le si­gne le plus élo­quent de la réus­site ! C’est en­core Thier­ry Bi­zot qui écrit : « Ma vie est la même et elle a com­plè­te­ment chan­gé en même temps. Je vis un prin­temps dont bé­né­fi­cient mes pro­ches. C’est comme un ar­bre qui fleu­rit… Par­fois, je suis as­sis à tra­vailler, ou à ne rien faire, je pense à Jé­sus et j’ai les lar­mes aux yeux. C’est in­croya­ble… C’est comme si j’avais été pa­ra­ly­ti­que et que je ve­nais de res­sen­tir les pre­miè­res four­mis dans les jam­bes, que j’en re­trou­vais peu à peu l’usage. »

Si Dieu vient ha­bi­ter no­tre terre, c’est pour pren­dre place dans no­tre vie. Il s’agit de lui li­vrer la clef de no­tre exis­tence. Beau­coup de frè­res aî­nés nous ont pré­cé­dés sur ce che­min de la ren­con­tre avec Dieu. L’un d’en­tre eux, par­mi les plus émi­nents, saint Au­gus­tin, a rap­por­té son ex­pé­rience dans le très beau li­vre de ses « Con­fes­sions ». Sa prière – re­pro­duite ci-des­sous – est d’une grande mo­der­ni­té, bien qu’elle ait été écrite il y a quinze siè­cles. Nous pou­vons la faire nô­tre au­jourd’hui en­core !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 19 décembre 2008








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Ou­vre-moi – Saint Augustin
Sei­gneur, donne-moi de m’ac­cueillir, comme tu m’ac­cueilles,
de m’ai­mer comme tu m’ai­mes.
Dé­li­vre-moi de la per­fec­tion que je veux me don­ner,
ou­vre-moi à la sain­te­té que tu veux m’ac­cor­der.
Epar­gne-moi les re­mords de Ju­das,
ren­trant en lui-même pour n’en plus sor­tir,
épou­van­té, dés­es­pé­ré de­vant son pé­ché.
Ac­corde-moi le re­pen­tir de Pierre,
ren­con­trant le si­lence de ton re­gard plein de ten­dresse et de pi­tié.
Et si je dois pleu­rer, que ce ne soit pas sur moi-même
mais sur ton amour of­fen­sé.
Sei­gneur, tu con­nais le dés­es­poir qui ronge mon coeur.
Le dé­goût de moi-même, je le pro­jette sur les au­tres !
Que ta ten­dresse me fasse exis­ter à mes pro­pres yeux !
Je vou­drais tel­le­ment dé­ver­rouiller la porte
de ma pri­son dont je serre moi-même la clef !
Donne-moi le cou­rage de sor­tir de moi-même.
Dis-moi que tout est pos­si­ble à ce­lui qui croit.
Dis-moi que je peux en­core gué­rir,
dans la lu­mière de ton re­gard et de ta pa­role.