Edito : Le Synode pour le Moyen-Orient devrait tous nous faire réfléchir… 16 octobre 2010

Depuis quelques jours, s’est ouvert à Rome, le Synode des chrétiens catholiques du Moyen Orient. Neuf Eglises sont concernées : la Turquie, le Liban, Israël et la Palestine, l’Egypte, la Jordanie, la Syrie, l’Irak, l’Iran et Chypre. Ce sont des communautés peu nombreuses, mais vivantes et ferventes. Ce synode sera de courte durée : seulement quinze jours. Mais les chrétiens en attendent beaucoup du fait d’un contexte.

Au fil des années, ils sont confrontés à un islam qui s’est beaucoup durci, sous la pression islamiste. De plus en plus de chrétiens du Moyen Orient quittent leur pays pour rejoindre l’Europe ou les Amériques. Ils ne se sentent plus en sécurité dans leur propre pays. Certains sont directement menacés dans leur vie.

Ce synode est donc un grand moment de la vie en Eglise. D’abord parce qu’il ouvre les catholiques de chez nous à la dimension universelle des chrétiens dispersés dans le monde entier et tout spécialement au Moyen Orient. La diversité des situations apparaît en pleine lumière. La foi est bien la même, mais les contextes politiques et culturels sont tellement différents !

Pour nous autres, ce synode est également très important en raison de nos contacts devenus fréquents avec les musulmans. Nous les côtoyons tous les jours. Ils sont nombreux en France et les signes par lesquels ils rendent visible leur foi sont beaucoup plus perceptibles qu’autrefois :
– la construction de nombreuses mosquées ;
– le port du voile qui se généralise ;
– l’ampleur accrue du Ramadan et une pratique religieuse mieux suivie avec une présence croissante des imams.

D’où la question posée aux chrétiens : comment vivre au sein de ce pluralisme religieux ? On pourrait ne regarder que ce qui se passe chez nous, mais nous ne pouvons pas nous désolidariser de la situation douloureuse qui est faite à nos frères catholiques du Moyen Orient ! Vivre dans un pays soumis à l’Islam, entraîne, pour les chrétiens, l’état de « dhimmitude ». Ils ne sont pas des citoyens à part entière. Ce statut social les place dans un état d’infériorité : l’espace de leur liberté religieuse est très réduit. Acheter un terrain, par exemple, construire une église, devient très problématique. Certaines professions leur sont fermées ; à égalité de compétence, il est difficile de parvenir aux mêmes postes de responsabilité. Nous devons donc interroger l’Islam, puisqu’il s’agit d’une atteinte aux droits élémentaires de la personne.
Seulement, dans le même temps, les musulmans de chez nous constatent que la place de Dieu a perdu beaucoup de terrain en Occident. Ils enregistrent un sérieux relâchement dans les m?urs ; le « libertarisme » inspire beaucoup de comportements. Ils voient des femmes dénudées sur tous les murs des villes d’Europe. Les familles n’ont plus beaucoup d’enfants. Ils se disent que cette civilisation est en train de se suicider ; elle n’a plus beaucoup d’avenir. Il faut donc la remplacer. Le Colonel Khadafi le disait naguère à Rome : »l’Islam doit devenir la religion de toute l’Europe. »

Et quand ils regardent autour d’eux, ils ont le sentiment que la foi déserte le coeur des baptisés. Les églises ne sont guère fréquentées. Le dimanche tombe en désuétude. L’Europe récuse ses racines chrétiennes. Or le musulman est sensible à la dimension religieuse de l’existence humaine, il refuse un univers qui se construit sans Dieu. Comment le convaincre des bienfaits d’une société libérale quand il voit les conséquences auxquelles elle semble invariablement conduire les hommes qui en sont les bénéficiaires ?

Le Synode qui se tient à Rome devrait tous nous faire réfléchir. Si les Eglises d’Orient éprouvent leur fragilité, du fait d’un islamisme envahissant, elles doivent le dire et faire reconnaître leurs droits légitimes. Mais les Eglises d’Occident ne peuvent se dissimuler la cause de leur propre fragilité, celle de la tiédeur de leur foi ! D’un côté, c’est une impuissance face à une force religieuse qui s’impose par la violence ; de l’autre, c’est le reniement d’un héritage qui laisse place à un vide que cette même force religieuse s’apprête à remplir ! Au total, une impressionnante avancée de l’Islam !

? Père Guy Bagnard, Evêque de Belley-Ars