Edito : Le regard de la foi – 22 février 2008

Bon nombre d’analyses sur l’état du monde font prévoir que, si les possédants d’aujourd’hui s’enferment dans leur bien-être, sans se soucier de ceux qui n’ont rien, ils risquent, demain, de le payer très cher. Ledéséquilibre, né du fossé qui se creuse, débouchera sur un chaos mondial dont ils seront eux aussi les victimes. Personne n’échappera aux conséquences ruineuses de ce séisme.
Car le monde est devenu un grand village. Non seulement les distances se sont évanouies, établissant tous les peuples dans une même proximité, mais aussi les politiques et les économies nationales sont entrées dans une telle inter-activité que l’on ne peut plus penser le bonheur des uns sans le bonheur de tous. Beaucoup d’ONG – à travers leurs multiples champs d’action – s’emploient à élargir le regard, à voir plus loin que le coin de terre où l’on habite. Il y a urgence ! le temps presse ! Le titre d’un des derniers livres de Xavier Emmanuelli, l’initiateur du Samu social, en dit long : « Dernier avis avant la fin du monde ! »
Pourtant, il ne serait pas conforme à la vocation du chrétien d’être généreux à cause de la peur. L’intention qui inspire le don ne peut se fonder sur ce qui serait, en définitive, un égoïsme déguisé : donner pour se protéger soi-même ; partager un peu de notre bien aujourd’hui de peur qu’il nous soit totalement arraché demain. Le pauvre serait une menace qui pèserait sur le riche.
L’Évangile nous offre une autre vision : « Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait ! » Le regard auquel nous appelle Jésus, c’est de Le reconnaître Lui-même dans celui qui a faim, celui qui est injustement condamné, celui que personne ne visite. C’est à ce regard que nous invite le CCFD, au moment où il nous sollicite en ce temps de Carême. L’appel au partage se fonde sur le regard de Foi qui perçoit dans le faible la présence de Jésus.
Il s’agit de refuser de séparer Dieu du prochain dans la conduite ordinaire de notre vie. C’est ainsi que le monde est réordonné, harmonisé selon les vues de Dieu. C’est pourquoi, le geste du partage ne peut se couper de la fréquentation de la Parole de Dieu et des sacrements. Car c’est dans ce contact avec le Christ que notre regard sur le monde et sur les hommes en détresse peut discerner la présence de Dieu et puiser la force d’agir.
En ce temps de Carême, j’invite tous les diocésains à répondre généreusement à l’appel qui leur est adressé dans les pages qui suivent.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 22 février 2008