Edito : La remise d’un livre : une démarche diocésaine – 2 novembre 2007

En débarquant sur les côtes des Iles du Pacifique, saint Pierre Chanel savait qu’il était le premier missionnaire à fouler le sol de ces contrées lointaines. L’Évangile y était inconnu ! Mais il savait – d’une égale certitude – que l’aventure missionnaire avait commencé bien avant lui.
Elle était née avec le don de l’Esprit Saint, promis par Jésus à ses Apôtres, le jour de la Pentecôte. Libérés de leurs peurs, affermis dans leur foi, les Apôtres, jusque-là balbutiant, commencèrent à parler ouvertement « avec assurance » et à proclamer le nom du Christ : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions êtres sauvés » (Ac 4,12). Depuis, la voix de l’Evangile n’a plus cessé de retentir dans le monde.
Ainsi, au moment où le diocèse, dans un élan commun, se lance dans cette même aventure, il est bon de nous rappeler que nous montons dans un train qui roule depuis deux mille ans. La remise des Actes des Apôtres, au cours de la messe dominicale de la fête du Christ Roi, le 25 novembre, veut être le signe symbolique de cette mémoire des origines. Nous rejoignons en cela ce que le Christ a dit de l’Esprit Saint : « Il vous rappellera tout ce que je vous ai dit ». L’action de cet hôte invisible est de tenir en éveil la
mémoire du Maître dans celle du disciple. En lisant le Livre des Actes, nous ne faisons pas autre chose que de recueillir la mémoire des oeuvres de l’Esprit, accomplies dans le soeur des premiers chrétiens. En Le regardant agir dans nos frères aînés, nous nous disposons, à notre tour, à Le laisser envahir notre propre vie. C’est le même Souffle qui nous relie les uns aux autres à travers les siècles. Aujourd’hui, nous pouvons nous appuyer sur ces innombrables frères et soeurs.
Cette communion avec eux nous conduit à rendre grâce pour le témoignage qu’ils ont rendu à l’Évangile. Faut-il préciser qu’il ne s’agit pas seulement de ces frères éloignés des premiers siècles. Cette communion dans la mission englobe nos frères et soeurs, plus proches de nous, qui ont travaillé à l’évangélisation dans notre propre diocèse. Ce que nous sommes devenus, n’est-ce pas le fruit de leur initiative ? L’héritage chrétien, de qui d’autre l’avons-nous reçu, sinon d’eux ? Ne nous ont-ils pas confortés dans la foi, par l’exemple de leur vie donnée ? C’est ainsi que pour rendre justice à la vérité de l’histoire, nous avons à faire un important travail de mémoire : faire émerger la grandeur de leur vie, aujourd’hui le plus souvent ensevelie dans le silence de l’oubli.
Nous devons aussi joindre à l’action de grâce ce que Jean-Paul II a appelé la « purification de la mémoire ». « Comment oublier, a-t-il écrit, l’émouvante liturgie du 12 mars 2000 où, dans la Basilique Saint Pierre, fixant mon regard sur le Crucifié, je me suis fait moi-même l’interprète de l’Église, demandant pardon pour les péchés de tous ses fils ? Cette « purification de la mémoire » a raffermi nos pas sur le chemin de l’avenir, nous rendant en même temps plus humbles et plus vigilants dans notre adhésion à l’Evangile. » (Novo millennio ineunte, n. 6)
Cet esprit d’humilité et de vigilance nous est particulièrement nécessaire quand nous nous engageons dans la mission. La parabole du grain de sénevé demeure à jamais la référence obligée de tout missionnaire. Elle indique que les commencements sont toujours imperceptibles, empreints d’une petitesse quasi affligeante selon des critères purement humains, en contradiction avec notre recherche de la grandeur et de la notoriété. Certes, depuis vingt siècles, le grain de sénevé est devenu le grand arbre de l’Église universelle ; dans ses branches sont venus s’abriter des hommes et des femmes de toute Nation. Nous qui venons longtemps après les Commencements, nous pouvons penser que la parabole du grain de sénevé ne nous concerne plus.
Or le missionnaire, quel qu’il soit, ne peut échapper à cette loi de la petitesse. Nous devons nous « soumettre au mystère du grain de sénevé et ne pas prétendre produire tout de suite un grand arbre », comme le rappelait le Cardinal Ratzinger dans son discours aux Catéchistes pour le Jubilé de l’an
2000. Il ajoutait : « Nous vivons tantôt dans la trop grande sécurité du grand arbre existant, tantôt dans l’impatience d’avoir un arbre plus grand, plus vigoureux. Nous devons au contraire accepter le mystère que l’Église est à la fois le grand arbre et le grain minuscule. Dans l’histoire du salut, c’est toujours en même temps Vendredi Saint et Dimanche de Pâques. Un vieux proverbe dit : « Le succès n’est pas un nom de Dieu. » »
C’est dans cette disposition intérieure que nous recevrons, tous ensemble, le Livre des Actes des Apôtres, auquel l’Esprit Saint ajoute de nouvelles pages à chaque génération, et aujourd’hui veut le compléter avec la nôtre !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 2 novembre 2007