Edito : L’Eglise en France, une nouvelle fois visitée – 26 septembre 2008

Nous ne devons pas oublier – quand ont parle de la récente visite de Benoît XVI dans notre pays – que l’invitation est venue de la France, de Lourdes plus précisément. Aujourd’hui, c’est du monde entier que le Pape reçoit des invitations, car Jean-Paul II a habitué la communauté catholique mondiale à regarder le Pape comme un itinérant. Il n’est pas seulement celui qui gouverne l’Église universelle depuis Rome, le siège historique de l’Apôtre Pierre, mais aussi celui qui visite ses frères, vient partager leurs joies et leurs peines, porte avec eux leurs soucis et leurs espérances.

C’est en même temps, pour le Pape, l’occasion de livrer sa pensée, de faire part de ses propres réflexions sur un certain nombre de points. Aussi, sa rencontre avec les Évêques de France – dans les lieux mêmes où ils tiennent leur assemblée annuelle – était-elle attendue avec intérêt et curiosité. C’est un peu comme si le Pape intervenait dans nos débats !

La catéchèse a été son premier su­jet. C’est significatif ! On se rappelle que, vingt-cinq ans auparavant, le Cardinal Ratzinger était déjà venu parler de cette question à Paris et à Lyon. A Lourdes, il a réaffirmé clairement l’une de ses convictions : « La catéchèse n’est pas d’abord affaire de méthode, mais de contenu. » C’est dans l’ordre normal des choses. Il faut d’abord savoir « quoi » dire pour savoir « comment » le dire ! Ce qui entraîne une sérieuse exigence de formation sur le contenu de la foi. Toute catéchèse comporte cette dimension d’enseignement car elle s’adresse à l’intelligence tout autant qu’au soeur ! La conférence de 1983 du Cardinal Ratzinger a gardé toute son actualité. Il n’hésitait pas à exprimer, en toute clarté, son jugement sur la situation : « Ce fut une première et grave faute de supprimer le catéchisme et de déclarer « dépassé » le genre même de catéchisme. » A Lourdes, il a recom­mandé chaudement de se référer au Catéchisme de l’Église catholique et à celui des Évêques de France.

Ce qui m’a frappé, en second lieu, c’est l’insistance faite aux Évêques d’être proches des prêtres : « Ils ont besoin de votre affection, de votre enouragement et de votre sollicitude… Sachez les recevoir comme des frères et des amis… » Le Pape lui-même ne manque pas une occasion d’entrer en contact avec eux et toujours sur le mode de la simplicité, sur le ton de la conversation amicale et familière. Pour nous qui sommes dans le diocèse de Saint Jean-Marie Vianney, j’ai été heureux qu’il nous invite à nous mettre « à l’école du Curé d’Ars, fils de votre terre, patron de tous les curés du monde. » Et c’est même en évoquant quelques unes de ses paroles qu’il nous encourage à appeler des jeunes à devenir prêtres : « Ne cessez pas de redire qu’un homme ne peut rien faire de plus grand que de donner aux fidèles le Corps et le Sang du Christ et de pardonner les péchés. »

On attendait beaucoup le Pape sur la question liturgique. Tout le monde se souvient de l’autorisation qu’il avait accordée l’année dernière d’utiliser aus­si bien le Missel du Bienheureux Jean XXIII que le Missel de Paul VI pour les célébrations eucharistiques. Il n’a en fait consacré à cette question qu’un petit paragraphe d’une quinzaine de lignes. Il s’est surtout montré préoccupé de l’unité de l’Eglise : « Que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage. » Si l’on en juge par ce qui se passe dans notre diocèse, cette libéralité du pape n’a guère susci­té de tensions. Le climat est demeuré paisible ! Et, tout compte fait, il n’y a pas eu beaucoup de demandes, de la part des fidèles.

Le Pape s’est beaucoup plus arrêté sur la situation de la famille, n’hésitant pas à la comparer à une barque battue par la tempête, prête à chavirer. La famille est en grave péril. Les lois qui se sont succédées dans beaucoup de pays – avant tout les pays nantis – non seulement ont accéléré le rythme des divorces en les facilitant et en les rendant banals, mais même l’identité de l’homme et de la femme, la nature du mariage, sont entrés dans un grand brouillard. « Les lois, dit le Pape, cherchent plus à s’adapter aux m?urs et aux revendications de personnes ou de groupes particuliers, qu’à promouvoir le bien commun de la société. » Autrement dit, c’est dans la rue que se font les lois ! Les jeunes ont ainsi devant eux de nombreux modèles familiaux qu’ils peuvent choisir indifféremment ou même passer de l’un à l’autre sans aucun obstacle.

Le Pape a également évoqué « la question particulièrement douloureuse des divorcés-remariés ». Il a redit qu’on ne pouvait pas mettre entre parenthèses les paroles du Christ, puisque l’Eglise a reçu mission de les annoncer : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » Par contre, la communauté chrétienne doit entourer « de la plus grande affection » les personnes divorcées remariées, les accueillant comme des frères et soeurs !

Il n’est pas possible, enfin, de passer sous silence la prise de parole du Pape sur « les racines chrétiennes » de la France… et de l’Europe. Dans presque toutes ses interventions, il est revenu sur le sujet. Le Président Sarkozy a nettement marqué sa consonance avec les propos du Pape. C’est dire que notre Eglise – avec tous les historiens compétents, qu’ils soient chrétiens ou non ! – n’accepte pas qu’on puisse parler de l’Europe sans nommer le creuset où elle a puisé ce qui la constitue dans sa nature profonde. Du reste, la leçon donnée aux Bernardins n’a fait que rappeler l’ori­ine qui a fait l’Europe.

Ainsi, le Pape a été invité. Il est venu. Il a parlé. A nous de nous laisser éclai­rer par sa pensée claire, simple et toujours fraternelle.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 26 septembre 2008