Edito : Justice, jugement et miséricorde – 21 mai 2007

Il est aujourd’hui facile de suivre ce qui se passe à l’autre bout du monde La technique a fait de la terre un gros village. C’est ainsi que nous avons pu, jour après jour, suivre le déroulement du voyage du Pape au Brésil.
Il a visité, le samedi 12 mai, un centre de réhabilitation pour jeunes toxicomanes dans la région de Sao Paulo. Face à la dégradation profonde qu’opère la drogue sur les personnes, il a eu ces propos : « Je demande par conséquent aux trafiquants de réfléchir au mal qu¹ils sont en train de faire à une multitude de jeunes et d¹adultes de toutes les couches sociales : Dieu leur demandera des comptes pour ce qu’ils ont fait ! »

Dieu demandera des comptes ! La réalité du Jugement – qui est pourtant bien présente dans l’Évangile – a disparu du discours chrétien. Nous avons fini par céder aux critiques, si souvent entendues ces dernières décennies : « Il ne faut pas terroriser les gens avec toutes ces histoires de Jugement dernier. L’Évangile parle d’Amour. Dieu est infiniment miséricordieux. L’Église n’a-t-elle pas régné trop souvent sur les esprits en invoquant la peur ! Ainsi, en voulant bannir la peur, on n’a gardé que la Miséricorde. L’idée de jugement a disparu ! Finis les comptes à rendre !
Or, au temps où le Pape Benoît XVI était encore Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, il avait parlé un jour du Jugement. Il avait dit, le 10 décembre 2000 : « Les pauvres sont protégés par la certitude du Jugement, par la certitude qu’il y a une Justice. Les injustices du monde ne sont pas le dernier mot de l’histoire. Ce n’est qu’en croyant au juste jugement de Dieu, en ayant faim et soif de la justice, que nous ouvrons notre c¦ur et notre vie à la miséricorde divine. »
La cohérence de ces dernières paroles est remarquable ! Si, en effet, il n’y a pas de justice, il n’est plus nécessaire de recourir à la miséricorde. C’est quand nos injustices sont mises à nu, c’est-à-dire dans la mise en présence de ce que nous avons réellement fait, que nous implorons alors la Miséricorde ! La miséricorde est, en Dieu, la conséquence bienheureuse de l’exercice de Sa justice. Tout homme aura des comptes à rendre ! Comme cela est si clairement dit dans la parabole des talents : « Rends-moi les comptes de ta gestion ! » Tout homme sera un jour confronté à ses propres actes ! Il devra en répondre. A aucun ne sera épargné ce moment de vérité sur lui-même !
La justice est ce qui confère à notre existence sa grandeur. S’il n’y avait pas de justice, nous ne pourrions pas parler de responsabilité personnelle. Tout serait englouti dans une bonté réduite « à une mièvrerie édulcorée et privée de vérité ».
Notre vie a du prix parce qu’il y a une Justice qui s’exercera ultimement dans la rencontre du serviteur face à son Seigneur !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 21 mai 2007