Edito : « Il faut que le monde sache… » Conversion et Mission – 23 février 2007

« Il faut que le monde sache… » (Jn 14, 31) Conversion et Mission

Lancée depuis plusieurs mois dans le diocèse, la dynamique d’évangélisation en est encore à sa phase de sensibilisation. Elle voudrait inspirer progressivement toutes les activités pastorales du diocèse. Des rencontres ont déjà eu lieu un peu partout dans les Paroisses, au sein des Services et des Mouvements. D’autres sont programmées. Les chrétiens commencent à se familiariser à cette perspective.

La mission est donc aujourd’hui le terrain tout trouvé où s’exerce l’effort de conversion auquel nous appelle le temps du Carême. Mais y a-t-il matière à conversion ? Avons-nous besoin de changer de regard sur la mission ? La réponse est « oui », sans détour !

D’abord parce que la diffusion des paroles et des actes du Christ est au coeur du message chrétien. La mission est liée au Baptême ! Elle est donc permanente puisque notre Baptême ne disparaît pas !

En second lieu, parce que le contexte missionnaire évolue avec les époques et l’évangélisation prend des formes nouvelles. Aujourd’hui, si l’on en croit des observateurs sérieux, nous sommes comme revenus aux premiers temps de l’Eglise. On sait comment s’est diffusé l’Evangile en ses débuts. Alors que les Apôtres étaient enfermés au Cénacle, dans la peur de subir le même sort que Jésus, ils ont ouvert portes et fenêtres et, dans la force de l’Esprit Saint, ils sont devenus des témoins inébranlables. Impossible de les faire taire, même en les menaçant des pires châtiments. « Nous préférons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ! »

Cette audace, nous avons à l’enraciner au quotidien dans notre agir chrétien. Cela demande une véritable conversion, car nous respirons un air ambiant qui anesthésie en nous l’élan missionnaire. A la suite du Cardinal Danneels, trois aspects de ce contexte général sont à souligner :

– D’abord, la mentalité générale qui pense que toutes les religions se valent. Le Christ serait un génie religieux de plus parmi les autres figures notoires de l’histoire.

– Vient ensuite « le respect de la sacro-sainte liberté » (c’est l’expression du Cardinal Danneels). La peur d’être taxé de prosélytisme, d’empiéter sur la vie privée, d’être considéré comme un démarcheur religieux, toutes ces peurs paralysent et ensevelissent dans le silence la parole sur la foi.

– S’y ajoute une allergie à ce qui vient d’en -haut, à ce qui surgit d’un « ailleurs ». Ce qui ne procède pas de notre propre « fonds » est suspecté d’ingérence. Une verticalité qui s’implante sur notre territoire semble contester notre droit de propriétaire. Elle est regardée comme une violation de domicile.

Ces traits de la mentalité ambiante obligent à renouveler notre regard sur la mission et donc aussi sur la façon de la vivre.

– La première conversion est la prise en compte du caractère unique du Christ. Certains passages de l’Ecriture doivent être médités longuement, en ce temps de Carême : « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père nous l’a dévoilé ». On peut y ajouter ces commentaires de Jean-Paul II : « Dans cette parole définitive de sa révélation, Dieu s’est fait connaître en plénitude ; Il a dit à l’humanité qui Il est. Le Christ a fait entrer dans notre histoire une vérité universelle et ultime qui incite l’esprit de l’homme à ne jamais s’arrêter ».

Seule la foi dans le caractère incomparable de la Personne de Jésus, avec l’attachement profond qu’elle inspire, donne la force à l’action missionnaire. En plein régime nazi, une religieuse autrichienne, Restituta Kafka, avait écrit dans un poème : « Mon Fürher à moi, c’est le Christ ». Le poème découvert, elle fut exécutée dans les jours qui ont suivi.

Le missionnaire est d’abord quelqu’un pour qui le CHrist est la Vérité suprême. C’est la raison de son engagement missionnaire et de sa force à surmonter toutes les peurs ! Une force propre à engendrer toutes les audaces, une force qui se transforme en joie devant la beauté et la grandeur de la foi intérieure. Les recommençants témoignent de cette flamme pour le Christ.

– Le regard sur les autres est aussi à convertir. Si, comme l’écrit Jean-Paul II, « le Christ s’est d’une certaine façon uni à tout homme », alors tout être humain est invisiblement touché par Lui. Le missionnaire regarde l’autre comme un champ où le grain de l’Evangile, quelque part, en lui, a déjà été semé par l’Esprit Saint. Il y a une part de lui-même qui vit secrètement sous son rayonnement, même chez celui qui n’a jamais entendu parler du Christ.

Si l’Evangile vient d’en-haut, s’il est une « Révélation », et non pas une simple découverte, il n’en a pas moins la qualité surprenante de répondre aux attentes les plus profondes de l’homme. Car le Christ connaît mieux que quiconque l’âme humaine. Le missionnaire arrive toujours en second. Quelqu’un est passé avant lui ! Et c’est Lui, le Christ, qui donne la croissance.

– La conversion cherche enfin à transformer le regard sur nous-mêmes. L’Esprit-Saint nous dit : « J’ai besoin de toi ; je compte sur toi. L’engrais, l’eau, la terre indispensables à la plante, il te revient de les apporter toi-même. ême si tu viens en second, tu es nécessaire ! »

*Il peut t’arriver de douter : « A quoi bon ? Je ne vois pas le résultat : » Le témoin apprend à travailler dans l’obscurité, dans la confiance, sans appui humain.

*Il peut t’arriver de vouloir déserter, comme le prophète Jérémie : « A cause de la Parole du Seigneur, je suis en butte à longueur de journée aux sarcasmes… Je ne dirai plus la Parole en son Nom… » (Jr 2). L’évangélisateur tient ferme dans la contradiction.

*Il peut t’arriver d’appréhender, de trembler ! Comment m’y prendre ? Que dirai-je ? Jésus te répond : « Ne crains pas ! » « L’Esprit Saint vous donnera dans l’instant ce que vous aurez à dire ! »

Mais la règle d’or du missionnaire restera toujours la même jusqu’à la fin. Toute parole est rendue crédible par le témoignage de vie. Sans les actes qui l’accompagnent, la parole devient inconsistante. Elle s’enracine dans l’épaisseur humaine du témoin. Par sa vie, l’évangélisateur rend la foi digne de foi.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 23 février 2007