Edito : Double « fil de vie » – Un aspect de la liturgie du Carême – 9 mars 2007

Faire une traversée de l’Atlantique sur une embarcation plutôt légère, comme l’a fait notre Économe diocésain, Monsieur Henri de Boissieu, pendant le mois de décembre dernier, impose – ce que j’ignorais – que ceux qui sont à bord soient tous attachés au bateau par un filin d’acier. Une tempête peut survenir ! Pour l’homme qui tombe à la mer, c’est la mort assurée. C’est pourquoi ce fil sauveur est appelé « fil de vie ».
L’existence chrétienne – comparable à une traversée – rencontre elle aussi des tempêtes. C’est ce que nous indique la liturgie au début du Carême, à travers l’Évangile de la Tentation. C’est bien, en effet, au moment de la tentation que le risque est grand de tomber à la mer et de ne plus retrouver l’embarcation.
Jésus se dégage de la pression mortelle de l’Adversaire en se rattachant systématiquement à la Parole de Dieu. En connaisseur incomparable de la Bible, il cite les passages qui sont comme autant de points lumineux dans la nuit de la tentation : « Il est écrit » ! Jésus ne s’appuie pas sur lui-même. L’Ecriture est son « fil de vie » !
Mais la troisième tentation est plus subtile et donc encore plus dangereuse ; car le Malin se met à citer lui-même l’Ecriture. Il se montre lui aussi fin connaisseur de la Parole de Dieu. Il cite les psaumes : « Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder » ; et encore : « Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Son machiavélisme le pousse à utiliser la Parole en la changeant de sens sans en changer un mot. Alors qu’elle est au service de la mission, le Malin incite Jésus à s’en servir pour lui-même, à la plier à ses besoins personnels : son plaisir, sa gloire, sa puissance !
Le fil de vie qui rattache à la Parole de Dieu n’est donc pas suffisant, puisque celle-ci peut être détournée si facilement de sa véritable visée. Comment garder le lien avec la Parole et, en même temps, être assuré de sa juste interprétation ? Comment éviter qu’elle ne soit déviée au profit de celui qui l’interprète ? Comment percevoir le dévoiement de celui qui s’avance habillé en ange de lumière ? Il est nécessaire de trouver un
second guide, capable de dissiper les apparences trompeuses. Ce guide, c’est l’Eglise. C’est elle qui, dans son expérience bi-millénaire, à travers la vie de ses Pasteurs, de ses martyrs, de ses docteurs, de tous les saints, connus et inconnus, garde la Parole dans son intégrité. L’attachement à la Sainte Ecriture se complète avec l’attachement à la voix de l’Eglise. Pour le chrétien – qui affronte la traversée – ce sont les deux « fils de vie » qui le sauvent au moment de la tempête !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 9 mars 2007