Edito : Discerner – 19 octobre 2007

Comment discerner, dans le torrent des informations qui nous emporte chaque jour, celles qui sont bruyantes mais insignifiantes, de celles qui sont « silencieuses », mais d’une grande portée ? Tout nous est donné en vrac, sans ordre, pour ne pas influencer le jugement, chacun devant penser par soi-même ! C’est, dit-on, la sauvegarde de l’objectivité !

C’est ainsi que nous sommes enveloppés d’une sorte de brume où tout se fond dans l’indistinction, où les événements s’entassent pêle-mêle, nous laissant impuissants devant une montagne qui prend chaque jour un peu plus de hauteur… comme le Mont Blanc ! Car à la lecture classique du journal, à l’écoute des informations radiodiffusées et télévisées, s’ajoutent désormais le dépouillement quotidien des fax et des mél de toute sorte qui surgissent de jour comme de nuit ! Comment, dans ces conditions, éviter que certaines nouvelles, pourtant d’un grand poids, ne passent inaperçues ?

Au début du mois de septembre, la Commission de l’Union Européenne a proposé le « projet d’une journée européenne contre la peine de mort ». Pour que la proposition soit adoptée, il fallait l’accord unanime des 27 pays de l’Union. La Pologne, seule, s’est opposée, en faisant remarquer que la peine de mort n’existait plus dans aucun pays de l’Union. Dès lors, si ce projet devait être validé, il paraissait souhaitable que soit instaurée une « journée de défense de la vie », en y incluant le refus de l’euthanasie et celui de l’avortement. La Commission a préféré retirer son projet plutôt que d’instituer « une journée européenne pour la vie ». Voilà qui permet de mesurer un peu le climat dans lequel baignent ceux qui animent l’Union européenne ! Un événement certes mineur parmi tous les autres, mais qui est à longue portée !

Autre nouvelle, cette fois concernant la France. Le Ministre de l’Education Nationale a annoncé, ce même mois de septembre, que 1?6 millions d’euros seraient débloqués pour que chaque lycée n’ait pas « un », mais « deux » distributeurs de préservatifs, en précisant : l’un dans les toilettes des garçons, et un autre dans les toilettes des filles. Ainsi, pense-t-on, les jeunes étant super-équipés, pourront-ils se laisser aller, sans risque, au vagabondage sexuel. Voilà encore une information quasi anodine, anecdotique, mais de quelle portée par la conception de l’éduction qu’elle suppose, par la vision del ‘être humain qu’elle engage ? En somme, quelle société préparons-nous aujourd’hui pour demain ?

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Mais il reste vrai que notre monde ne peut être regardé uniquement sous l’angle négatif. Alors pourquoi ne pas évoquer le long cortège des moines bouddhistes, bien visibles dans leur tunique safran, défilant sous les fenêtres de la junte militaire à Rangoon. Ils marchent silencieusement, sans armes, sans bannière, sans slogan, sans cri, les mains nues. C’est la faiblesse voulue face à la puissance subie.

Quand la vulnérabilité se lève ainsi, sans peur de se montrer telle qu’elle est, elle fait entrer dans le monde un souffle nouveau. Elle introduit une autre échelle des valeurs, une autre manière de juger. Car ce qu’elle met en mouvement, ce sont des forces spirituelles. Elle donne au monde une autre boussole que celle de la force guerrière et de la violence.

Ce sont ces forces-là que nous devons réveiller en Europe et dans notre propre pays pour que la culture de la vie l’emporte sur la culture de mort, pour que le matérialisme et l’hédonisme ambiants ne viennent pas orienter et guider les choix de vie des générations à venir.

Alors que l’on rappelle, en ce moment, dans les écoles, quelques grandes figures de la Résistance, on ne devrait pas oublier celle de d’Estienne d’Orves, fusillé en 1941 au Mont Valérien. Il avait eu l’audace d’aller embrasser l’officier allemand qui commandait son exécution ; la veille il avait écrit dans la cellule de sa prison à Fresnes : « Que personne ne songe à me venger… Je prie Dieu de donner à la France et à l’Allemagne une paix dans la justice… et aussi que nos gouvernants fassent à Dieu la place qui lui revient »

Les mots, dans un testament, prennent un relief incomparable. Nous les vivants d’aujourd’hui, nous ne devrions pas les oublier !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 19 octobre 2007