Edito : Des temps nouveaux pour l’Evangile « Passons aux Actes ! » – 5 octobre 2007

Le dimanche 25 novembre, fête du Christ Roi, s’achèvera l’année liturgique. C’est ce dimanche qui a été choisi pour la remise du Livre des Actes des Apôtres à tous les chrétiens du diocèse, juste une semaine avant d’entrer dans le temps de l’Avent.

Ce geste aura une portée liturgique, puisqu’il aura lieu au cours de la messe dominicale. Il aura donc le sérieux et la profondeur d’un geste ac­om­pli devant Dieu, en présence de la communauté. Ce sera à la fois un acte personnel et un acte communautaire.

Un acte personnel parce que chacun prendra l’engagement de faire une lecture at­tentive du livre qui lui sera remis. Rien donc de comparable avec ces publicités déposées dans les boîtes aux lettres, que l’on s’empresse de jeter après y avoir jeté un regard distrait.

Chacun s’engagera à prendre le temps de lire ces pages pour s’imprégner de la vie des premières communautés chrétiennes. Car celles-ci ont beaucoup à nous apprendre sur l’évangélisation. Notre époque, par son ignorance du Christ, ressemble beaucoup à cette période du christianisme naissant où le Christ était un parfait inconnu !

Ce sera un acte person­nel encore parce que les baptisés que nous sommes ne peuvent en rester à une connaissance culturelle, extérieure du Christ ! « On ne connaît pas une personne si on ne la connaît que par ouï-dire », disait le Cardinal Ratzinger lors du Jubilé de l’an 2000. Connaître vraiment veut dire « entrer en relation personnelle », se laisser façonner par Celui que l’on rencontre, entrer dans Sa pensée, Ses sentiments ; Lui parler, Le prier, Lui soumettre sa vie !

L’Apôtre Paul, si présent dans « les Actes », disait : « Pour moi, vivre, c’est le Christ ! » Le lien personnel avec le Seigneur est la première démarche d’évangélisation. Tout missionnaire commence par devenir son Ami. Il se laisse habiter par Celui que, plus tard, il annoncera. L’audace de la parole ne se puise que dans la profondeur du lien qui unit au Christ. Là est le se­cret de la mission.

C’est ce que nous apprennent les Actes des Apôtres. Quand, par exemple, au tout début, vient le moment de compléter le Collège des Douze, après le départ de Judas, le critère déterminant, c’est que le futur élu ait accompagné le Christ « tout le temps où Lui, le Seigneur Jésus, a vécu pa­mi nous. » (Ac 1, 21). C’est le partage de la même vie avec le Christ qui habilite à être apôtre. Passer aux Actes a donc pour premier contenu le renouvellement de notre attachement au Christ !

La remise des Actes sera aussi un acte communautaire. Ce jour-là toutes les paroisses accompliront la même démarche. L’évêque, les prêtres, les diacres, tous, nous recevrons le livre avec le même appel : « Prenez le temps de fortifier votre foi, affermissez votre espérance, faites grandir votre charité ! »

Le contact avec les premiers chrétiens nous découvre la ferveur qui les animait, alors que commençaient de s’amonceler au-dessus de leurs têtes les nuages des premières persécutions. La charité fraternelle qui les unissait entre eux nous append la puissance du rayonnement qu’elle exerçait sur les païens : « Voyez comme ils s’aiment ! » Les Actes des Apôtres magnifient ce bonheur d’être ensemble. Jean-Paul II parlait d’une « spiritualité de la communion. » Les Paroles de Jésus prennent, dans les Actes, tout leur caractère réaliste : « Là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d’eux. »

Revenir à ces premiers moments de l’Eglise permet de comprendre que c’est la communauté tout entière qui est envoyée évangéliser et pas seulement quelques individualités isolées.

En somme, la mission est la grâce d’une surabondance : la surabondance de la joie de vivre avec le Christ. Le fait d’être heureux porte en lui le dsir de se communiquer ! Les chrétiens malheureux ne sont pas missionnaires, comme les saints tristes sont de tristes saints !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 5 octobre 2007