Edito : Anne-Lorraine – Sa résistance lui a coûté la vie ! 7 décembre 2007

Elle devait, en cette matinée dominicale du 25 novembre, rejoindre sa famille pour participer à la messe paroissiale avec ses frères et soeurs. Une famille catholique pratiquante ! Anne-Lorraine était elle-même très impliquée, comme guide, dans le Mouvement des Scouts d’Europe.

On l’a attendue en vain. Elle fut retrouvée, agonisante, dans une rame du RER D en gare de Creil. Sur son corps, les traces de 34 coups de couteau dont l’un, au coeur, lui a été fatal. La jeune fille avait été agressée et elle s’était défendue… jusqu’à mourir !

On apprenait le lendemain que son agresseur était un délinquant récidiviste, déjà condamné en 1996 à 5 années de prison – dont deux effectives – pour un viol commis sous la menace d’une arme, sur la même ligne du RER. A quelques années de distance, le mêmes scénario s’était reproduit, mais avec une issue toute différente : la jeune fille, sans craindre les coups, avait vaillamment résisté à son agresseur. Le procureur, au vu des faits, avait déclaré : « Cette jeune fille a été très courageuse ». D’où venait ce courage ? Etait-ce de sa foi ?

La réponse se trouve dans sa vie. A n’en pas douter, son existence a été illuminée par sa foi chrétienne ! Tous ceux qui la connaissaient sont unanimes : elle était profondément croyante et exigeante pour elle-même. Son rayonnement était lumineux. Elle est morte comme elle a vécu. C’est sa vie qui a inspiré sa mort. Alors, pourquoi supposer que sa foi n’ait rien eu à voir avec la façon dont elle est morte ?

On pense à la jeune Maria Goretti, canonisée par le Pape Pie XII. Plus récemment, il y a eu l’exemple de cette autre jeune fille, brésilienne, Lindalva Justo de Oliveira, assassinée par l’un des pensionnaires de l’Abri dont elle s’occupait pour avoir défendu sa virginité ; elle était béatifiée à Salvador de Bahia, le jour même de l’agression contre Anne-Lorraine, le dimanche 25 novembre 2007.

Pour l’Eglise catholique, le martyre de la pureté existe, car le corps n’est pas une chose « quelconque » ! Il appartient à notre être profond ; lui aussi est promis à la résurrection. Sa grandeur est d’abriter en lui l’Esprit Saint, comme un temple abrite la présence de Dieu.

Le père d’Anne-Lorraine a dit quelques mots au cours de la célébration des funérailles : « Après un tel événement, on ne peut plus être médiocre ». Il rajoutait : « Mais elle a mis la barre très haut ! »

Anne-Lorraine a été brusquement tirée de l’anonymat de la foule ! Chez les gens que nous croisons dans nos allées et venues – ceux qu’on appelle les gens ordinaires – il y a parfois, cachée, une graine de sainteté. Il faut alors des circonstances exceptionnelles pour que se révèle ce qui était caché dans le coeur ! C’est le cas d’Anne-Lorraine.

Elle nous laisse un message : « Vivez comme vous aimeriez mourir ! Que votre mort soit le couronnement, c’est-à-dire le point le plus élevé de votre vie ! Vous laisserez sans doute vos proches dans la peine, mais ils garderont pour toujours la trace lumineuse de votre passage sur terre. Vous les aiderez à ne pas sombrer dans la médiocrité ! La grandeur d’une mort se mesure à la force qu’elle communique aux vivants ! »

Merci, Anne-Lorraine, d’avoir rappelé l’insigne beauté de la pureté au milieu d’un monde où la sexualité est non seulement banalisée, mais bien souvent « dévoyée » !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 7 décembre 2007