Edito : A propos du Téléthon 2007

A la suite des débats pu­blics qui ont eu lieu l’année dernière au moment de la campagne nationale en faveur du Téléthon, l’Assemblée des Évêques, réunie à Lourdes du 3 au 8 novembre 2007, a voulu réfléchir à nouveau sur cette question.

On ne peut pas, en effet, passer sous silence le grave problème éthique que soulève à la conscience humaine – et donc aussi à la conscience chrétienne – l’utilisation d’embryons humains pour la recherche médicale. Environ 2% des fonds recueillis par l’Association Française contre les Myopathies (AFM) servent à ces recherches. Jusqu’alors ces informations étaient restées dans un cercle relativement restreint. Depuis l’année dernière, elles sont entrées dans le domaine public et elles ont été confirmées par les Responsables eux-mêmes de l’AFM, qui organise le Téléthon.

Comment ne pas s’interroger sur la portée et la gravité des questions humaines que met en jeu ce type de recherche. Voici en quels termes s’est expri­mé Mgr André Vingt-Trois, nouveau Président de la Conférence des Évêques de France, dans son discours de clôture, le 8 novem­bre : « Des chrétiens nombreux se joignent à ce grand mouvement de solidarité comme à d’autres initiatives qui ne sont pour autant ni confessionnelles ni implantées dans des organisations ecclésiales. Mais la générosité ne légitime pas tout. Nous sou­haitons donc que chacun réfléchisse et que soient entendues les graves questions que nous avons soulevées : tri embryon­naire, utilisation des cellules embryonnaires et médiatisation de jeunes malades. Ces questions ne sont pas seulement les nôtres, mais nous devons les formuler. »

Au centre des réflexions auxquelles invite l’archevêque de Paris, se trouve la fameuse question sur le statut de l’embryon humain. Comment identifier les premières cellules embryonnaires ? Ne sont-elles qu’un amas indifférencié, dont il est impossible de dire ce qu’il est : une excroissance inconnue, une tumeur maligne, le début d’un végétal ou d’un animal ? Etc…

La Congrégation pour la doctrine de la foi a donné une réponse sans ambiguïté dans son Instruction Donum vitæ du 22 février 1987. Voici un des passages les plus décisifs : « Dès que l’ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n’est ni celle du père, ni celle de la mère, mais d’un nouvel être humain qui se développe par lui-même. Il ne sera ja­mais rendu hu­main s’il ne l’est pas dès lors. A cette évidence de toujours, la science génétique moderne apporte de précieuses confirmations. Elle a montré que, dès le premier instant, se trouve fixé le programme de ce que sera ce vivant : un homme, cet homme individuel avec ses notes caractéristiques bien déterminées… Dès la fécondation est commencée l’aventure d’une vie humaine dont chacune des grandes capacités demande du temps pour se mettre en place et se trouve prête à agir. »

Ce qui est remarquable dans cette réponse, c’est qu’elle ne provient pas de la foi ! Ses affirmations ne prennent en comp­te que la réalité qu’observent les scientifiques. Elle ne nécessite donc pas de faire appel à des convictions confessionnelles. Quand, par exemple, Lucien Sève, ancien responsable du Comité national consultatif d’éthique, dit qu’un embryon congelé n’a pas perdu sa potentialité humaine, il exprime un fait objectif que chaque observateur peut constater, aussi bien celui qui est athée que celui qui croit. Nous ne sommes pas dans le domaine de la religion, mais dans le domaine des sciences de l’homme. C’est sur cette base uniquement anthropologique qu’est affirmé le caractère humain des cellules embryonnaires. Ces cellules appartiennent bien à l’espèce humaine. On peut ajouter que si, de fait, dans leur origine, leur identité humaine est récusée, en vertu de quoi pourra-t-on la leur reconnaître par la suite ? A quel niveau de leur développement ? Dans une formule ramassée le document romain le dit : « L’embryon ne sera jamais rendu humain s’il ne l’est pas dès lors ».

Dans cette perspective, peut-on « utiliser » comme un moyen un embryon humain, à la manière d’un matériau, fût-ce pour la recherche la plus généreuse qui soit ? A-t-on le droit, en conscience, de transformer un embryon humain en un objet, une chose, une matière première autorisant sur elle toutes les manipulations ? Le respect du plus faible – de celui qui est absolument sans défense – n’appelle-t-il pas l’homme conscient et respon­sable à trouver d’autres chemins pour faire progresser la science et faire reculer les maladies d’ordre génétique ? Même le désir de venir en aide à ceux qui sont atteints de telle maladie n’autorise pas à faire n’importe quoi sur un embryon hu­main.

Que peuvent faire alors les donateurs ? Il faut qu’ils puissent être assurés que leur don ira à des recherches qui respectent l’embryon. Ils ont le droit de savoir à quoi servi­ra leur don. Ils peuvent aussi donner à d’autres Associations dont les objectifs sont sans ambiguïté. Sans aucunement nier tout le bienfait apporté depuis des années par l’AFM dans son souci de venir en aide aux malades atteints de myopathie, et de chercher les moyens de les guérir, on ne peut néanmoins accepter n’importe quelle manipulation sur l’embryon humain. On ne peut se mettre en contradiction avec l’éthique humaine, même dans le désir de sou­lager l’être humain. « La fin ne justifie pas les moyens ».

Face aux questions posées, Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à Paris, écrit au sujet des Responsables du Téléthon : « Il leur faut assumer l’indispensable débat que suscitent les enjeux éthiques et l’impact moral des recherches qu’ils permettent… Le Téléthon a favorisé, dans ses vingt années de combats, la reconnaissance sociale de la personne handicapée ou malade dans sa dignité et ses droits. Il lui faut surmonter un nouveau défi : être à la hauteur d’une exigence morale, d’une promesse dont il est directement comptable bien qu’elle nous concerne tous. »

Mgr Guy-Marie Bagnard