Dire merci !

La fête des mères est désormais entrée dans la tradition familiale. Elle souligne ce qui fait l’une des grandeurs de l’être humain : l’aptitude à exprimer sa reconnaissance. Ce jour-là, l’enfant peut dire  » Merci  » à celle qui lui a donné la vie. Et c’est l’occasion pour tous, du plus petit au plus grand, de se rappeler qu’il a contracté une dette !
Car pour naître, pour grandir, pour être ce que nous sommes devenus aujourd’hui, nous avons eu besoin des autres, à commencer par notre mère. Robinson Crusoë, perdu sur son île, garde inscrit en sa personne son lien avec les autres : ce qu’il est, il l’a reçu !
Ainsi chacun est situé à l’intérieur d’une immense chaîne de solidarité qui commence dans la famille pour s’élargir à la dimension de toute la société.
N’est-il pas nécessaire de nous le rappeler en ce moment où, dans toute la France, on perle de  » retraite  » et de la nécessaire refonte du système sur lequel elle s’appuie ? Il n’est pas sûr que nous connaissions exactement la signification de ce que nous appelons communément les  » cotisations pour retraites « . Jacques Bichot, professeur à l’Université Lyon III et spécialiste des questions familiales, explique :  » Chaque fois que nous élevons des enfants, nous investissons dans ce que les économistes appellent le ‘capital humain’. Les enfants contractent alors une dette de reconnaissance, dont ils s’acquittaient autrefois à l’intérieur de la famille en prenant en charge leurs parents âgés. Aujourd’hui, cette prise en charge a été socialisée, mais ce sont toujours les enfants qui reçoivent d’abord de leurs parents et de leurs contemporains, et qui plus tard leur redonnent. Les cotisations de retraite que nous versons aux retraités ne sont donc pas à l’origine de nos propres droits à la retraite, mais elles constituent le remboursement de la dette due à nos aînés. Autrement dit, la base naturelle des vrais droits à la retraite est constitué par l’investissement consacré à l’éducation des enfants et des jeunes, qu’elle soit prodiguée à l’intérieur de la famille, première responsable, ou déléguée à l’Etat qui prend en charge divers services « .
Ce que chaque enfant a reçu gratuitement des adultes et d’abord de ses parents, il est appelé à le redonner à ceux-là qui l’ont aidé à grandir quand ils seront entrés dans le troisième ou le quatrième âge et que lui-même sera devenu adulte.
Solidarité entre les générations, signe de reconnaissance pour tout ce qui a été reçu ! Ce que l’être humain reçoit, il comprend qu’il doit le redonner : c’est là une marque de sa grandeur !
Et l’admirable, c’est que, dès tout petit, l’enfant le comprend. Avec joie, il tend à sa mère le bouquet de primevères cueillies le long du chemin en lui disant :  » Bonne fête maman

Mgr Guy-Marie Bagnard, 16 mai 2003