Dialogue interreligieux

Le dernier numéro d’Eglise des Pays de l’Ain avait annoncé une journée de rencontre à Miribel entre chrétiens et musulmans, avec parmi eux des imams et des prêtres. Elle était organisée à l’initiative de l’Association « Fontaines de Miséricorde », née aux Abrets, dans l’Isère, en puisant son inspiration dans un appel du P. Christian de Chergé, ancien Prieur des moines de Tibhirine, en Algérie : « Le monde serait moins désert, si nous pouvions nous reconnaître une vocation commune avec l’Islam, celle de multiplier au passage les Fontaines de Miséricorde ». Au terme de cette journée passée dans un climat d’accueil, d’échanges et d’amitié, voici le message que le Père Evêque a adressé à la centaine de participants.

L’initiative de cette journée était audacieuse. Car réunir des imams et des prêtres, avec des croyants des deux religions, était un pari ! Je ne parle pas des problèmes liés à l’organisation matérielle, bien qu’au passage, il est bon de saluer avec gratitude celles et ceux qui ont préparé le couscous de midi et les prêtres, qui sur place – le curé de Miribel, le P. Frédéric Pelletier, et le P. Patrice Chocholski – ont organisé les lieux de rencontre. Je veux parler du risque, lié à tout échange, celui de verser dans la polémique, ou au contraire, celui de sombrer dans un consensus de façade.

Dialoguer est, en effet, une démarche périlleuse ! Tout dialogue est habité par une intention. Et une intention reste invisible au regard de l’interlocuteur. Comment, en effet, vérifier ce que l’autre a dans l’esprit quand il sollicite le dialogue ? Comment savoir ce qui le pousse à cette démarche ? Ne va-t-il pas ‘endormir » son interlocuteur par son discours ? Ne va-t-il pas le gagner à sa Cause ? Sous couvert de dialogue, n’y a-t-il pas un prosélytisme caché ? etc… Comment le savoir puisque l’intention qui sous-tend le dialogue échappe à tout regard. Seule la connaît celui qui l’abrite en lui.

La confiance est donc l’unique porte par laquelle peut s’ouvrir le dialogue. Et la confiance est un dépassement de soi – un saut dans l’inconnu – avec l’espoir que l’autre fera ce même saut et nous accordera ce même crédit de confiance.

Ce n’est donc que dans un climat spirituel que le dialogue devient possible. Chacun accorde foi à la parole de l’autre. Tous deux s’accueillent avec une bienveillance a priori, dans une transparence où toute arrière-pensée est volontairement bannie. Cela suppose une attitude proprement religieuse : se tenir chacun sous le regard de Dieu et se laisser pénétrer par son mystère. Alors seulement peuvent s’exprimer les différences sans que, pour autant, soient brisées l’amitié et la proximité. Ainsi le contact amical et vrai peut être maintenu entre croyants qui professent une religion différente.

C’est un contact qui ne se réduit pas à un côtoiement, une juxtaposition, mais qui comporte la proximité fraternelle, la recherche du bien de l’autre, dans le respect sacré de sa conscience et de sa liberté. Alors, le jugement que l’on porte sur les Religions se modifie. Elles ne peuvent plus être perçues comme les pourvoyeurs de la violence, les agents du fanatisme, les constructeurs de murs infranchissables entre les hommes, les fauteurs de guerres !

Ainsi se dégage ce que l’on pourrait appeler la mission commune des croyants. Dans le monde qui les regarde, les croyants sont responsables du visage de Dieu ! C’est à eux qu’il revient d’en montrer la grandeur et la beauté à travers la manière dont ils se rencontrent, se parlent, s’accueillent et acceptent de collaborer ; en ce sens, les croyants détiennent les clefs de l’avenir du monde.

C’est pourquoi, au terme d’une journée comme celle-ci, qui a montré que le dialogue est possible, puisque nous avons conjugué l’amitié et la vérité, nous devons diffuser dans nos communautés respectives l’appel à oeuvrer dans le même esprit !

C’est une urgence, car nous sommes à une croisée de chemins : ou bien offrir à ceux qui ne peuvent pas croire en DIeu « un témoignage crédible sur la foi en Dieu ». Ou bien entretenir et développer nos conflits avec, comme conséquence, le renforcement de l’athéisme. Comme croyants, nous savons que nous aurons des comptes à rendre au Tout-Puissant !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 7 avril 2006