Continuez votre oeuvre précieuse et irremplaçable

La fin d’une année pastorale est habituellement marquée par deux événements importants dans la vie diocésaine : d’abord celui des nominations. Le dernier bulletin diocésain a fourni une première liste de ces changements. Vient également la célébration des ordinations. Elle a eu lieu à Ars, le 29 juin, avec 7 ordinands. A ces deux événements, j’en ajouterai un troisième qui touche, celui-là, à la vie de l’Église universelle. Il s’agit de la publication par le Saint-Père d’un document intitulé : « l’Église en Europe » ! (1)
Ces trois événements ont un point commun : ils concernent tout spécialement les prêtres ! En dressant le bilan de la situation de l’Église en Europe, le Pape n’a pas manqué de se tourner vers eux : « Avec confiance et gratitude, je veux moi aussi leur exprimer mes encouragements, en reprenant les propos des Pères du Synode : « Ne perdez pas coeur et ne vous laissez pas accabler par la fatigue ; en pleine communion avec nous, évêques, en fraternité joyeuse avec les autres prêtres, en cordiale responsabilité avec les consacrés et tous les fidèles laïcs, continuez votre oeuvre précieuse et irremplaçable » !
Je reprends à mon compte ces paroles du Pape pour vous les redire à vous, frères prêtres de ce diocèse ! Je mesure un peu mieux chaque jour le travail que vous assumez au quotidien ! Je voudrais vous exprimer du fond du coeur le sentiment de gratitude que j’éprouve face au don de vous-même dans une tâche qui comporte, certes, bien des joies, mais aussi bien des peines ! Je cite encore le Pape : Nous ne pouvons ignorer que l’exercice du ministère sacré est confronté de nos jours à bien des difficultés liées tant à l’ambiance culturelle qu’à la diminution du nombre de prêtres, avec l’accroissement des charges pastorales et la fatigue qui en découlent. En conséquence, les prêtres qui se consacrent avec un dévouement et une fidélité admirables au ministère qui leur est confié sont encore plus dignes d’estime, de gratitude et d’affection. « Estime », « gratitude », « affection » : ces trois mots résument le message que je voudrais transmettre à chacun d’entre vous, frères dans la responsabilité pastorale. Au cours de l’année, la tâche quotidienne absorbe nos forces et nos esprits. Le temps manque souvent pour parler gratuitement. En cette fin d’année, je vous exprime un « merci » qui voudrait concentrer en ce simple mot ma profonde et fidèle reconnaissance. * * *

Plus que jamais, ces liens d’amitié et de collaboration fraternelle sont ressentis comme un besoin fondamental pour mener à bien notre mission de pasteurs. Car les obstacles ne manquent pas ! Ce texte sur « l’Église en Europe » montre que les difficultés auxquelles notre ministère nous confronte dans nos diocèses, se retrouvent à l’échelon de l’Europe tout entière ! Le réalisme avec lequel le bilan y est dressé est frappant ! Autant, parfois, certains Rapports habillent de rose la réalité dont ils parlent, autant, ici, le constat est établi sans complaisance ! Ce qui ressort avec le plus de netteté, c’est que les sociétés dans lesquelles nous vivons sont malades de « vivre à un niveau horizontal ». Elles semblent s’organiser sans Dieu, comme fermées à la Transcendance. « Dans de nombreux milieux de vie, il est plus facile de se dire athée que croyant ; on a l’impression que la non-croyance va de soi tandis que la croyance a besoin d’une légitimation sociale qui n’est ni évidente ni escomptée. » Qu’est devenu l’héritage chrétien d’où est née la civilisation européenne ? Le document parle d’une « perte de la mémoire ». « Les prestigieux symboles de la présence chrétienne ne manquent pas dans le continent européen, mais avec l’expansion lente et progressive de la sécularisation, ils risquent de devenir un pur vestige du passé. Beaucoup de nos contemporains n’arrivent plus à intégrer le message évangélique dans l’expérience quotidienne. (…) La culture européenne donne l’impression d’une « apostasie silencieuse » de la part de l’homme comblé qui vit comme si Dieu n’existait pas. » Cet oubli de Dieu conduit à la recherche de toutes sortes de messianismes. On croit les découvrir dans des paradis artificiels tels que la course à la consommation, le recours aux stupéfiants ou la recherche du confort matériel. Tout montre que l’homme de nos sociétés, qui semble se passer de Dieu, est en fait à la recherche d’un « ailleurs », d’un « au-delà » qui prend parfois la forme d’une « angoisse existentielle », témoin l’attrait pour les philosophies orientales ou les spiritualités ésotériques ! La peur d’affronter l’avenir est l’une des expressions les plus manifestes de ce vide intérieur, avec la « difficulté – sinon le refus – de faire des choix définitifs, même dans le mariage. » N’est-ce pas ce qui explique aussi la diminution de la natalité et la baisse des vocations ?
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À lire ce constat, on se demande si le document n’en viendrait pas à nous enfermer dans des lamentations stériles ! Il n’en est rien. Si le regard ne désire pas « embellir » la réalité, il ne veut pas davantage la « noircir ». Il cherche à susciter un Réveil dans la conscience des chrétiens et de tous les hommes de bonne volonté, à partir d’une situation que l’on regarde en face, sans se bercer d’illusions ! Nous sommes invités à ne pas nous laisser troubler, mais à être prêts à rendre compte de l’espérance qui est en nous.
Dans cet esprit, il serait très insuffisant de se contenter d’en appeler à l’héritage chrétien des siècles passés. Il s’agit d’entrer courageusement dans l’esprit de la nouvelle évangélisation. Une question nous est adressée. Elle est aussi vieille que l’Église puisqu’on la trouve déjà dans l’Évangile : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?  » (Luc 18, 8). Et le Pape répond : « La trouvera-t-il sur cette terre de notre Europe de vieille tradition chrétienne ? C’est une question ouverte qui indique avec lucidité la profondeur et le caractère dramatique de l’un des défis les plus graves que nos Églises sont appelées à affronter. On peut dire qu’un tel défi consiste souvent non pas tant à baptiser les nouveaux convertis qu’à conduire les baptisés à se convertir au Christ et à son Évangile : dans nos communautés, il faut se préoccuper sérieusement d’apporter l’Évangile de l’espérance à ceux qui sont loin de la foi ou qui se sont éloignés de la pratique chrétienne. »
À nous prêtres, plus spécialement, le Pape nous dit : « Vous êtes appelés, dans la situation culturelle et spirituelle présente du continent européen, à être signes de contradiction et d’espérance pour une société qui est malade de vivre à un niveau horizontal et qui a besoin de s’ouvrir au Transcendant. »
Ce signe de contradiction et d’espérance, nous pouvons l’être aussi pendant ces moments de vacances ! Je souhaite qu’elles soient reposantes pour vous, les prêtres, qui en avez bien besoin !
(1) Cet important document : « L’Église en Europe » est le fruit des travaux des évêques d’Europe, réunis à Rome en Synode du 1er au 23 octobre 1999. À l’issue de leur rencontre, les évêques avaient remis au Pape leurs conclusions, en lui demandant de rédiger, sous sa propre autorité, le texte qui ferait la synthèse de leurs propositions. Ce document a été rendu public à Rome, le 28 juin 2003, à la veille de la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, jour traditionnel où se célèbrent, un peu partout dans les diocèses, les ordinations !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 11 juillet 2003