Baptême et mariage – Dans une pastorale d’évangélisation harmoniser nos pratiques pour mieux proposer la foi

La visée de ce document
Il s’agit d’aider les prêtres dans certaines situations délicates dont la fréquence va, aujourd’hui, en augmentant. Quand on y est confronté, comment procéder ? Que dire, que faire ? Il ne s’agit donc pas ici d’une réflexion théologique sur les sacrements. L’intention première est d’ordre pratique. – Le texte fournit des repères simples et concrets ; – il veut unifier nos pratiques, d’une paroisse à une autre, pour éviter à ceux qui viennent nous trouver d’éprouver un sentiment d’anarchie.
La manière de répondre aux personnes vivant dans ces situations est dominée : – d’une part, par le souci de l’évangélisation, la volonté de faire grandir dans la foi, autant qu’il est possible, en sauve-gardant le sentiment d’une Église accueillante ; – mais d’autre part, par la préoccupation de sauvegarder la vérité de la démarche sacramentelle et l’intention propre de l’Église quand elle répond à ceux qui demandent un sacrement.
Ce travail cherche en définitive à faire de la pastorale sacramentelle un lieu de proposition de la foi. Il vise aussi à unifier nos pratiques et à permettre un meilleur suivi pastoral des familles, notamment en favorisant les contacts de paroisse à paroisse.
Un travail en Église
Ce document a été élaboré en lien avec l’Église, tant à l’échelon du diocèse qu’à celui de la Région et de la Conférence des Évêques de France.
– Il cherche d’abord à reprendre les réflexions de plusieurs sessions du Conseil Presbytéral et du Conseil Diocésain de Pastorale de ces deux demières années. – Il s’inspire également d’autres textes, dont, en particulier, celui rédigé par le diocèse de Saint-Étienne, avec l’accord de son Évêque.
Toutefois, on ne peut pas encore adopter officiellement pour notre diocèse un document qui n’intègrerait pas tout un ensemble de recherches actuellement en cours. En effet, l’Assemblee régionale du « Centre-Est » continue de réfléchir à ces questions. De plus, l’Assemblée des Évêques à Lourdes poursuit son travail sur le baptême et le mariage avec le désir d’établir un texte à l’échelon national. Le présent document n’est donc pas « définitif’, mais utilisable dès maintenant. Il devra ultérieurement intégrer d’autres éléments.
Des documents complémentaires à prévoir
Ce texte cherche seulement à répondre à la question : comment procéder concrètement dans certains cas particuliers ?
Un autre texte, plus théologique, sur la Pastorale des sacrements du Mariage et du Baptême, pourrait être envisagé par la suite. Il traiterait de l’accueil, de la préparation et de la célébration du sacrement de Baptême, ainsi que de « l’après-baptême ». Seront alors impliqués dans l’élaboration de ce texte les Centres de Préparation au Mariage et les équipes de préparation au Baptême.
Un document distinct pourrait être également envisagé concemant la pastorale des personnes divorcées-remariées : comment les aider dans leur nouvelle situation ?
Les destinataires
Ce texte concerne tous les prêtres et diacres dans le ministère, mais aussi les laïcs qui, d’une façon ou d’une autre, ont une responsabilité dans ce domaine de l’accueil ou qui interviennent dans l’une ou l’autre des étapes de la préparation aux sacrements.
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I. – LE BAPTÊME

I – Le lieu du Baptême différent de la paroisse du domicile des parents
A) Des convictions
C’est en règle générale au curé du domicile des parents qu’il revient de célébrer le baptême (cf. can. 530, 1°). Dans le cas où le prêtre est responsable de plusieurs paroisses, c’est à lui qu’il revient de décider du lieu, en accord avec la famille. Cependant, il est des cas où, légitimement, les parents peuvent demander que leur enfant soit baptisé dans une paroisse qui ne dépend pas de leur curé.
Dans cette situation, il importe que chacun assume ses responsabilités, le curé comme les parents. D’où l’importance de la démarche d’accueil, de la préparation au lieu du domicile et de la rencontre des parents avec le ministre qui célébrera le baptême. Il s’agit de respecter la charge pastorale, d’éviter une célébration à la sauvette, de réserver une possibilité de catéchèse pour l’avenir et une vie relationnelle entre la famille et l’Église. (Directoire canonique et pastoral pour les actes administratifs des sacrements, C.N.P.L., Editions Paroi-Services, Paris, 1994, p. 87).
B) La mise en oeuvre
o Favoriser le choix de la célébration du baptême sur le lieu de vie. o Quand ce n’est pas possible, établir un lien avec la paroisse du domicile des parents.
1° – demander aux parents de participer à la préparation sur leur lieu de vie (il y a, en général, une rencontre d’échange et de réflexion distincte de la rencontre de préparation de la célébration).
La paroisse du lieu de vie fournira, outre l’autorisation de demande de baptême dans une autre paroisse ( cf. Directoire p. 89, formulaire B 15), une attestation de participation des parents à la ou aux rencontre(s) de préparation au baptême.
La transmission de ces documents se fait de paroisse à paroisse.
2° – Préparer la célébration dans la paroisse où sera célébré le baptême.
L’inscription du baptême se fait évidemment sur les registres de la paroisse du lieu du baptême, qui veillera à notifier le baptême au curé du domicile des parents

II – Parents éloignés de la vie chrétienne
A) Des convictions
– Accueillir ne veut pas dire en rester purement et simplement à ce que disent ceux qui demandent le baptême pour leur enfant. Il faut saisir l’occasion de cette demande pour les faire avancer dans la foi, si peu que ce soit. De la distance, qui nous apparaît souvent importante entre ce que les parents demandent et ce que l’Église propose en baptisant, il faut s’efforcer de faire, non une cause de rupture, mais un chemin d’évangélisation, pour nous et pour les parents. Il importe que père et mère participent aux préparations.
– Nous avons à aider les parents à entendre l’appel à réaliser ce que le Code de droit canonique (c. 868, § 1, 2°) nomme « l’espoir fondé que l’enfant sera éduqué dans la religion catholique ».
– Si les parents ne sont pas mariés religieusement et si cela est possible, il peut être bon d’envisager de leur proposer la célébration du sacrement de mariage et donc d’entreprendre un dialogue sur ce point.
(Points de repères en pastorale sacramentelle, Document de la Commission épiscopale de liturgie et de pastorale sacramentelle de la Conférence des évêques de France, juin 1994, publiés dans Pastorale sacramentelle, Cerf, Paris, 1996, pp. 41-43).
B) La mise en oeuvre
o On rappellera aux parents leur mission de premiers éducateurs de la foi. Pour cette mission capitale qui est la leur, il faudrait leur proposer les institutions susceptibles de les aider, telles que l’éveil à la foi, en leur montrant les documents utilisés, ce qui s’avère généralement stimulant.
o Pour les parents qui n’ont pas reçu les trois sacrements de l’initiation chrétienne, on présentera la proposition de la confirmation et de l’eucharistie à l’âge adulte. Il est bon de demander le livret de famille catholique pour obtenir aussi naturellement que possible les informations que les parents oublieraient, volontairement ou non, de donner.
Trois situations méritent une attention pastorale particulière :
1° – Lorsque les parents ne sont pas mariés :
Dans le cadre de la préparation, qui regroupe souvent parents mariés et parents non-mariés, on veillera à mettre en lumière comment le fait de demander le baptême d’un enfant appelle les parents à découvrir ou à redécouvrir la force et la beauté de l’engagement réciproque des époux dans le sacrement de mariage.
2° – En cas de divorce des parents, on demandera l’accord écrit et signé des deux parents, cet accord étant remis au prêtre.
3° – Lorsque l’un des deux parents n’est pas baptisé, on sera attentif à leur faire prendre conscience des engagements qu’ils prennent l’un et l’autre pour l’éducation chrétienne de leurs enfants. Il est bon de savoir aussi proposer le baptême pour le parent non baptisé : on peut être baptisé à tout âge. On peut également insister sur le fait qu’aujourd’hui, c’est une demande qui est devenue courante.

III – Parrain et marraine ne remplissant pas les conditions requises
A) Des convictions
. Il faut rappeler que l’Église demande que le parrain et la marraine aient 16 ans accomplis, sauf exception admise au jugement du curé, soient baptisés catholiques, qu’ils aient été confirmés, qu’ils aient reçu l’Eucharistie, qu’ils mènent une vie cohérente avec la foi et la fonction qu’ils vont assumer, qu’ils ne soient pas sous le coup d’une peine canonique, qu’ils ne soient ni le père ni la mère du futur baptisé (canon 874).
La difficulté en ce domaine est que souvent le parrain et la marraine sont déjà choisis avant la demande du baptême, et que le choix a été fait pour des motifs d’amitié ou de convention sociale. Dans la mesure du possible, on fera en sorte que l’un des deux au moins corresponde à ces critères.
B) La mise en oeuvre
1° – On veillera à ce que le parrain ou la marraine corresponde, dans la mesure du possible, aux critères définis par l’Église et rappelés ci-dessus. Il faut noter que l’emploi du formulaire de renseignements en vue du baptême prévu dans le Directoire (formulaire B 13, p.83) permet de recueillir les éléments concernant les sacrements reçus par le parrain ou la marraine, sans trop laisser croire que le prêtre mène une enquête soupçonneuse ou indiscrète. En utilisant le formulaire, le prêtre est ainsi plus à l’aise.
2°- Lorsque les critères définis par l’Eglise ne sont pas remplis, dans une perspective catéchuménale, on présentera la possibilité de préparer l’eucharistie ou la confirmation à l’âge adulte. Certains adultes choisis comme parrains ou marraines manifestent un intérêt pour la foi ; ils ont même eu parfois un parcours chrétien sur plusieurs années, mais ils n’ont pas reçu le sacrement de confirmation. C’est l’occasion de leur faire la proposition de la préparation de la confirmation à l’âge adulte (préparation vécue localement avec, de temps en temps, une rencontre diocésaine ).
3° – Lorsque cela paraîtra opportun, un membre de la communauté chrétienne (un voisin ou un membre d’une équipe de préparation au baptême ou d’éveil à la foi) sera alors proposé à la famille pour accompagner l’enfant dans son cheminement chrétien.
4 ° – Dans les registres, la mention « témoin » concerne un baptisé d’une autre confession chrétienne (cf. canon 874 § 2) et non un croyant d’une autre religion (dans les prochains tirages de registres, un pavé spécifique sera prévu à cet effet).
IV – Si un aîné n’est pas catéchisé
A) Des convictions
Pour qu’un enfant soit baptisé licitement, il faut qu’il y ait un espoir fondé que l’enfant sera éduqué dans la religion catholique ; si cet espoir fait totalement défaut, le baptême sera différé (Code de droit canonique, Can. 868, § 1, 2°).
B) La mise en oeuvre
1° – On vérifiera les raisons pour lesquelles un aîné n’est pas catéchisé : difficultés pratiques ou désintérêt de la part des parents ? Il faut prendre le temps d’écouter pour mieux comprendre et mieux ajuster la réponse.
2° – On travaillera à fonder l’espoir et donc à ce que les parents soient d’accord pour faire catéchiser leurs enfants baptisés. Pour ne pas différer le baptême, on doit exiger au minimum que les parents s’engagent à ce que l’enfant pour lequel ils demandent le baptême soit catéchisé et à ce que l’aîné non catéchisé s’inscrive à la catéchèse (ou, au moins, reçoive les bases d’une éducation chrétienne grâce aux grands-parents, parrain ou marraine, autres membres de la communauté chrétienne (cf. Points de repères, p. 43).

V – Demande simultanée de mariage des parents et de baptême de l’enfant
A) Une conviction
Il arrive que des parents demandent de célébrer le baptême de leur enfant au cours de la célébration de leur propre mariage. Célébrer ensemble les deux sacrements ne peut qu’amener à dévaluer l’un et l’autre. La règle doit donc être de célébrer les deux sacrements à des dates différentes, et de faire une préparation propre à chacun d’eux.De toute façon, il faut maintenir l’exigence de préparations séparées et célébrer les sacrements l’un après l’autre.
B) La mise en oeuvre
On veillera à conserver le caractère absolument exceptionnel du mariage des parents suivi du baptême de leur enfant au cours de la même célébration.

VI – Baptême d’enfants de 3 à 7 ans
A) Des convictions
o Baptiser des enfants de plus de 3 ans requiert une attitude pastorale vigilante et une préparation appropriée de l’enfant et des parents (Directoire p. 87).
o Si la demande des parents concerne le baptême d’un enfant dans l’année de ses 7 ans, il est opportun de prévoir une préparation spécifique, en vue de la célébration du baptême en âge de scolarité.
B) La mise en oeuvre
1° – Si le report à l’âge de scolarité est une orientation générale, il ne peut pas devenir une règle absolue. Le temps de l’écoute et du dialogue est impératif pour étudier les raisons pour lesquelles les parents ont différé le baptême. On redira aux parents les difficultés réelles que l’on rencontre à cet âge pour un baptême. On se demandera toujours quel est le plus grand bienfait pour les enfants eux-mêmes, pour l’ensemble de la famille et pour la communauté chrétienne tout entière.
2° – Des exceptions sont envisageables en fonction des réalités concrètes (personnes et circonstances). Si les parents ne voient absolument pas les raisons d’attendre pour préparer et célébrer le baptême de leur enfant en âge de scolarité, on peut envisager la préparation et la célébration du baptême entre 2 et 7 ans.
Il faut pourtant se montrer prudent. Nous avons tenu un autre langage pendant toute une période : pas de baptême entre 3 et 7 ans ! La tendance actuelle est à une plus grande souplesse, au vu de l’expérience de ces dernières années. Il faut donc expliquer pour ne pas trop laisser le sentiment d’arbitraire.
3 ° – Il convient de constituer une équipe de préparation au baptême en lien avec l’éveil à la foi pour permettre à l’enfant, à la mesure de son âge, d’être acteur dans la préparation et dans la célébration de son baptême. On tiendra compte de la capacité de la communauté à prendre en charge cette préparation.
4 ° – Le temps de la préparation au baptême sera court ( de 2 à 6 mois maximum selon l’âge de l’enfant). L’ensemble des rites du sacrement sera vécu le jour du baptême. Jusqu’à 7 ans, on est dans le cadre du rituel du baptême des petits enfants et non dans le cadre du rituel du baptême en âge de scolarité qui prévoit des étapes déployées dans le temps.
5° – Pour que ce type de situation reste exceptionnel, on veillera, notamment par la diffusion de tracts grand public, à valoriser le baptême des petits enfants dans leur première année.

VII – Baptême de fratries
A) Situation
o Lorsqu’on baptise l’aîné de plusieurs enfants, il peut se faire que les parents demandent aussi le baptême des plus jeunes. Plus fréquemment, c’est lors de la demande de baptême d’un petit enfant que des parents demandent le baptême des autres enfants plus âgés.
B) La mise en oeuvre
1° – Étudier les raisons pour lesquelles les parents ont différé le baptême. Si on rejoint le cas précédent, on peut envisager le baptême dans un délai assez court de préparation.
2° – Si parmi les enfants à baptiser, un ou plusieurs sont en âge de scolarité, et si les parents comprennent le sens de la démarche, on peut alors proposer – le jour du baptême du ou des enfants plus jeunes – l’accueil des autres enfants plus âgés selon le rituel du baptême des enfants en âge de scolarité. Dans ce cas, il faut veiller à ce que ceux-ci soient en lien avec un groupe de catéchèse ou d’éveil à la foi et éviter, dans la célébration, ce qui ferait croire que tous les enfants ont été baptisés ce jour-là !

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II. – LE MARIAGE

I – Lieu de préparation et de célébration du mariage
A) Des convictions
o Les mariages seront célébrés de préférence dans la paroisse où l’un ou l’autre des contractants a domicile ou quasi-domicile ou résidence d’un mois, rappelle le Code de droit canonique (can. 1115).
o De nombreux jeunes couples mènent déjà la vie commune. Il convient alors de préparer et – lorsque c’est possible- de célébrer le mariage sur leur lieu de vie. Cette invitation a vraiment du sens et présente un intérêt pastoral certain.
B) La mise en oeuvre
1° – En ce qui concerne la préparation.
o Dans la mesure du possible, on favorisera une préparation dans
la paroisse du domicile des futurs mariés.
o Si le lieu de vie et le lieu de célébration ne sont pas les mêmes, on veillera à soigner le contact de paroisse à paroisse pour bien articuler la préparation au mariage, effectuée sur le lieu de vie, et la célébration qui se déroulera dans un autre lieu (surtout lorsque ce n’est pas le même ministre ordonné qui assure les deux).
o La constitution ou la ratification du dossier de mariage est faite par le ministre ordonné qui assure la préparation du mariage ( cf. Directoire, p. 150).
o Le certificat de baptême en vue du mariage doit être transmis de paroisse à paroisse et non par l’intermédiaire des fiancés.
o Si la célébration du mariage a lieu dans un autre diocèse, le dossier doit être envoyé à l’évêché de Belley-Ars qui le transmettra à l’évêché du lieu de célébration. De même, si un mariage est préparé hors du diocèse, nous sommes en droit de demander que celui qui a préparé transmette le dossier à l’évêché de son diocèse. En effet, comme le rappelle le Directoire (p.166), ce passage par l’évêché permettra de vérifier et d’authentifier la qualité de prêtre ou de diacre de celui qui est responsable du dossier.
2° – En ce qui concerne le lieu de la célébration
o On s’efforcera de privilégier la paroisse du domicile de l’un ou l’autre (ou des deux) futurs mariés ; à défaut, on choisira en priorité la paroisse du domicile ou de la résidence secondaire des parents de la fiancée ou du fiancé, dans la mesure où ils l’ont quittée depuis peu.
o Le curé du lieu de vie des fiancés doit se sentir responsable quand il donne aux futurs « l’autorisation » de célébrer ailleurs (éviter les remarques telles que : « ce n’est pas mon affaire » ou « allez où vous voulez ! « ).

Il – Mariage et Eucharistie
A) Une conviction
Un nombre important de personnes qui ne partagent pas la foi chrétienne se rassemblent à l’occasion des mariages. Il convient d’en tenir compte et d’avancer à leur pas dans une perspective catéchuménale. Pour les mariages célébrés dans ces conditions, on prévoira habituellement une célébration sans l’Eucharistie.
B) La mise en oeuvre
Si ce n’est pas le même ministre ordonné qui assure la préparation et la célébration, il faut prévoir un échange entre les deux ministres ordonnés qui assument respectivement ces deux tâches. Après discernement avec les fiancés, il revient alors au prêtre qui présidera la célébration de déterminer s’il convient ou non de célébrer le mariage à l’intérieur d’une eucharistie.

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III. – À PROPOS DES PERSONNES DIVORCÉES REMARIÉES

A) Des convictions
Un nombre important de personnes, baptisées et mariées religieusement, ont eu recours au divorce et ont contracté une nouvelle union civile ou l’envisagent dans un avenir proche.
1°) Les pasteurs, par amour de l’Évangile et des personnes, ont l’obligation de bien discerner les diverses situations (Familiaris consortio 84) : – les personnes qui ont commis elles-mêmes une faute grave détruisant, plus ou moins sciemment, le mariage qu’elles ont contracté devant Dieu ; – les personnes injustement abandonnées par le conjoint, malgré tous les efforts pour sauver le premier mariage ; – les personnes qui ont contracté une nouvelle union en vue de l’éducation de leurs enfants ; – les personnes qui, en conscience, ont la certitude subjective que le mariage précédent, irrémédiablement détruit, n’a jamais été valide.
2°) Les prêtres et l’ensemble des chrétiens ont le devoir d’aider les personnes divorcées remariées avec une grande charité afin qu’elles ne se sentent pas séparées de l’Église et qu’elles participent à sa vie : écoute de la Parole de Dieu, participation à l’eucharistie dominicale, aux actions de la communauté chrétienne et, en particulier, dans le domaine de la justice et de la solidarité, aux groupes de prière… (cf. CEC 1650-1651).
3°) Toutefois, en raison des paroles du Christ, l’Église catholique ne se sent pas autorisée à admettre à la communion eucharistique les personnes divorcées remariées. Leur état de vie n’est pas conforme avec le Sacrement qui exprime l’union indissoluble du Christ et de son unique Épouse (FC 84).
Il arrive que les deux conjoints prennent conscience du tort causé à l’Église et à eux-mêmes par leur nouvelle union, et sont cependant dans l’impossibilité de se séparer, notamment en raison de l’éducation de leurs enfants. Dans ce cas, la communion eucharistique est envisageable s’ils prennent l’engagement de vivre comme frère et soeur et veillent à éviter le scandale (cf FC 84).
4°) Le respect dû au sacrement de mariage empêche également que les prêtres célèbrent, en faveur de personnes divorcées qui se remarient, « des cérémonies d’aucune sorte » à l’église (FC 84).
5°) Les pasteurs doivent aussi se poser la question de la possible nullité du premier mariage et envisager cette hypothèse auprès des personnes divorcées remariées et, le cas échéant, les encourager dans cette démarche.
B) La mise en oeuvre
1°) Tenir à l’accueil vrai des personnes. Il est important de leur manifester quelque chose de la tendresse et de la miséricorde de Dieu, surtout si la demande de temps de prière de la part des intéressés apparaît vraie et sincère. Il faut éviter que ceux qui s’adressent à nous se sentent rejetés par l’Église et enfermés définitivement, à cause de cet échec, dans leur propre passé. On sait bien, en particulier, que l’un des conjoints a pu être victime du divorce. L’expérience montre que, parfois, l’accueil offert à ces couples leur a permis de refaire un certain chemin dans la foi. Grâce à cet accueil, ils peuvent se situer autrement par rapport au baptême de leurs enfants et par rapport à leur vie personnelle en Église. Mais la vérité de cet accueil demande d’éviter les confusions possibles.
2°) On peut proposer un temps de prière, mais il ne s’agit en aucun cas d’un sacrement ou d’une bénédiction. Il faut donc rappeler ce qui n’est pas possible. En particulier, on ne peut pas y prévoir : – un échange des consentements, – une remise d’alliances, – une signature dans les registres, – une sonnerie de cloche ou une quête. Evidemment, il faut aussi éviter toute bénédiction ! Il s’agit bien d’un temps de prière. Pour lever toute équivoque, on n’enverra pas de faire-part, car le faire-part ferait penser à un mariage religieux. En tout cas, si un faire-part est envoyé, il faut que le curé l’ait vérifié avant son envoi.
3°) Le jour, le lieu et les participants.
Si on prévoit, malgré tout, une assemblée, on risque de choisir presque automatiquement le jour même du mariage civil. L’argument est souvent le même : on ne peut pas réunir facilement les membres de la famille. Ils sont là, profitons-en !
Mais cette concomitance risque d’introduire une très grande confusion dans les esprits : on croira que c’est un mariage à l’église ; on en montrera par la suite les photos ! C’est pourquoi, afin d’éviter toute confusion, ce temps de prière ne doit pas avoir lieu le jour même du mariage civil.
Normalement, ce temps de prière se limite à quelques participants, et n’est pas organisé dans un lieu de culte, mais plutôt au domicile des « remariés ». Faut-il envisager un oratoire de la cure ou une salle paroissiale ? En tout cas, le prêtre ne sera pas revêtu de l’aube ni de l’étole, afin que soit sauvegardé le caractère privé d’un temps de prière vécu dans la discrétion et l’intimité.
4°) Le déroulement de ce temps de prière peut adopter le schéma suivant :
– le prêtre et les « remariés » donnent au tout début le sens de cette rencontre ; on dira d’emblée : ce n’est pas un mariage religieux !
– on accueille des textes de la Parole de Dieu ;
– on fait place à la prière de chacun : prière des « remariés », prière des membres de la famille, prière du prêtre ;
– on peut terminer par des souhaits pour l’avenir du nouveau couple.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 11 octobre 2002