Aux portes du bonheur !

Il n’y a pas de fête sans joie. La fête de Noël n’échappe pas à cette constante. Même si le cadre du tout premier Noël a été vécu dans un grand dénuement, même s’il a été entouré d’une profonde obscurité et qu’il s’est déroulé dans les incommodités d’un voyage imprévu, la joie et l’allégresse étaient au rendez-vous. Car le fruit d’une longue attente était arrivé à son terme. Un nouveau-né voyait le jour ! Et quel Enfant ! Dieu en Personne poussait la porte de la maison des hommes. Il arrivait dans l’humilité et la douceur. Son effacement, sa faiblesse le rapprochaient des hommes de toute condition. Il était le Frère de tous ! Les plus humbles pouvaient s’approcher sans complexe. C’est la grâce du Mystère de Noël. N’est-ce pas difficile, en effet, pour un homme de modeste condition, d’aller frapper à la porte d’une personnalité de haut rang ! Et c’est bien pourquoi, de toutes les fêtes chrétiennes, Noël est celle qui met spontanément dans la joie ; elle nous ouvre au bonheur en nous introduisant dans l’intimité de Dieu. Une telle proximité efface toute frontière.
Le bonheur ! Voilà un mot quasi magique qui agit sur nous comme l’aimant sur la limaille. Le mouvement qui nous porte à le rechercher est si profondément ancré en nous que, sans risque de nous tromper, nous pensons que tout être humain le désire avec la même ardeur qu’un chercheur d’or ! Les chemins qui y mènent sont multiples et donc aussi les possibilités d’erreurs !
Aujourd’hui, l’habitude d’acheter une foule de produits pour notre bien-être, pour « faire la fête » comme nous disons, nous porte à croire que le bonheur est à l’image d’un produit de consommation. Les médecins sont souvent les témoins de cette méprise : « Docteur, donnez-moi quelque chose qui m’apporterait la joie de vivre. J’ai des angoisses ! Je suis stressé !  » Les tranquillisants et les drogues de tout genre font peut-être le « bonheur » des laboratoires, mais bien peu celui des consommateurs. Car l’effet produit est artificiel, c’est-à-dire passager, et on devient vite « accroc ». La pilule du bonheur n’existe pas ! Même si le monde publicitaire veut nous convaincre du contraire.
Car le bonheur n’est pas le résultat d’un produit qu’on absorbe, un comprimé qui, de l’extérieur, vous transformerait passivement, en vous faisant assister comme un étranger à votre propre transformation. Le chemin du bonheur procède de l’intériorité. Il naît dans le coeur pour se diffuser ensuite à l’extérieur par le regard, les paroles, les gestes et habiller de lumière toute chose autour de soi. Il ne faut donc pas prendre l’autoroute à contresens. Cette inversion du chemin ne peut pas se faire sans qu’au moins deux composantes soient requises.
La première, c’est notre liberté. Si l’on est engagé sur un chemin qui mène à des impasses, il faut se garder de mettre en cause le monde entier… sauf soi-même. Il s’agit plutôt de changer de cap et de prendre une autre direction. Cela suppose un acte de volonté qui se traduit dans un choix et une décision. Tout cela se déroule dans l’intériorité, là où la personne seule peut agir. C’est ce que nous appelons la responsabilité personnelle.
Il y faut aussi la force de Dieu qui soutient la marche. La fête de Noël rappelle justement que Dieu est avec chacun d’entre nous, dans une proximité sans égale. À Noël, il est devenu le compagnon de route de tout homme, un compagnon qui encourage avec douceur, qui porte le faible, en certains moments d’épreuve comme le berger la brebis ; qui fortifie la marche par le crédit de confiance qu’il accorde à chacun. À Noël il s’agit donc pour tout homme de bonne volonté d’offrir son propre coeur comme berceau au Nouveau-Né, là où justement le bonheur prend naissance et diffuse sa Lumière.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 7 janvier 2005