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Cette année, je ne pourrai pas participer à la marche pour les vocations. Les évêques de la Province de Lyon seront en visite « ad limina » à Rome, pendant toute la première semaine de février. Je serai donc absent ce samedi 7 février.
Cette marche se déroulera pour la 16e année consécutive ! Commencée avec à peine une huitaine de personnes, elle n’a cessé de voir grossir ses rangs, jusqu’à l’année dernière où l’on a dénombré 300 participants au moins !
Cette journée est ouverte à tous. On y vient seul ou avec des amis, en couple ou en famille ; on y rencontre des collégiens et des lycéens, mais aussi des étudiants, des personnes du troisième âge, des séminaristes, des prêtres, des religieux et des religieuses. Tous les âges et les états de vie sont représentés. L’Église diocésaine se mobilise !
L’activité principale est la prière ; elle s’étale avec souplesse sur toute la journée, tout au long des 25 km du parcours qui va, en gros, de Villars-les-Dombes à Ars.
C’est un signe fort que se donne le diocèse. On ne veut pas se résigner au constat de la baisse prolongée des vocations ! La prière est là pour renverser la situation, avec la certitude que « rien n’est impossible à Dieu » !
Aux Apôtres qui revenaient déconcertés de n’avoir pu chasser certains esprits mauvais et qui s’en plaignaient auprès de Jésus, celui-ci leur dit : « pour cette espèce, seuls le jeûne et la prière sont efficaces » (cf. Mc 9, 29).
Depuis une vingtaine d’années, la situation est devenue préoccupante. On ne peut plus se boucher les yeux. Les chiffres parlent plus haut que tous les commentaires : en 1950, pour la France, on enregistrait : 1033 ordinations ; en 1975 : 161 ; en 2003 : 105. Les rentrées au Séminaire : en 1975 : 202 et en 2003 : 121.
En 2003, 44 diocèses n’ont eu aucune ordination ; 33 diocèses en ont eu une ; I1 diocèses en ont eu 2 ; 4 diocèses en ont eu 4 ; 2 diocèses en ont eu 5 et un diocèse (Paris) en a eu 15.
Jeanine Paloulian, du journal « Le Progrès », signalait que, dans le diocèse de Lyon, un bon nombre de prêtres âgés avaient été « requis », avec leur accord, bien sûr, pour célébrer une Messe de Noël dans des communautés chrétiennes qui n’avaient pas de célébrant ! Le peuple allait être là, mais sans prêtre.
Au passage, elle donnait des statistiques. Elle rappelait qu’en 1970, on comptait 1002 prêtres pour le diocèse de Lyon. En 2003, ils n’étaient plus que 465, dont 266 avaient plus de 70 ans. Sur cette période qui va de 1975 à 2003, on est donc passé de 850 à 200 prêtres de moins de 70 ans. C’est, en miniature, ce qui est arrivé dans l’ensemble de la France. Elle ajoutait : « Sensible depuis plusieurs années, la crise des vocations a pris un tournant définitif dans les années 90, dans une indifférence quasi générale de l’opinion française. »
« Indifférence générale » ? Le constat est sévère, mais est-on si loin de la vérité ? Je ne le crois pas ! J’en donnerai un exemple.
Je constate un peu partout que les chrétiens de France se font progressivement à l’idée de la venue de prêtres étrangers pour prendre le relais dans leurs paroisses. On justifie cette arrivée en rappelant que des milliers de missionnaires français sont partis autrefois au loin. On estime naturel qu’il y ait un juste retour. « On a donné autrefois ; c’est aux autres maintenant de donner !  » On raisonne comme s’il y avait un parallélisme strict entre les deux événements.
Mais les situations ne sont pas du tout symétriques ! Autrefois, les missionnaires partaient pour fonder de nouvelles communautés, en des régions où l’Évangile n’était pas encore parvenu ! Aujourd’hui, les prêtres étrangers viennent en des pays où le christianisme est présent depuis des siècles. La différence est de taille ! D’un côté, on part pour allumer un feu ; de l’autre, on vient pour maintenir une flamme qui semble ne plus pouvoir s’entretenir sur place. La facilité avec laquelle on s’accommode de cet état de fait montre que l’on escamote quelque chose d’essentiel.
Quand la communauté ne porte plus à l’intérieur d’elle-même, ceux qui, demain, la feront vivre des sacrements et de la parole évangélique, on peut se demander si le Christ n’est pas devenu, pour elle, une réalité de second plan, un être lié à une culture qui a fait son temps. En quelque sorte, un personnage du passé ! L’énergie accumulée dans les siècles précédents par la foi des Anciens a encore assez de force pour détendre le ressort des habitudes religieuses… mais… la foi profonde qui a provoqué une dynamique exemplaire en envoyant des missionnaires aux quatre coins du monde semble s’être si affaiblie qu’elle paraît toute proche d’une disparition prochaine. Comme deux plateaux d’une balance, l’abaissement de la foi fait grimper l’indifférence. Quand l’une cède du terrain, c’est l’autre qui investit le terrain perdu. On n’est pas si loin du constat de la journaliste ! Il serait donc illusoire de se contenter de combler les places vides si, dans le même temps, on ne cherchait pas, avec plus d’ardeur encore, à raviver le feu sous la cendre.
C’est le sens d’une marche pour les vocations : que le « Maître de la moisson » suscite les ouvriers. Oui, mais plus précisément, qu’Il ranime la flamme de la foi dans les coeurs, car c’est la foi d’un peuple qui génère ses ministres ! Et la prière est puissante pour faire circuler à nouveau la foi dans le corps tout entier.
Saint Augustin le disait à sa manière : « L’univers obéit à Dieu et Dieu obéit à la prière ; la prière est la force de l’homme et la faiblesse de Dieu. » Dieu se rend à la demande de l’homme, mais plus fondamentalement, l’homme laisse entrer Dieu dans son univers.

Mgr Guy-Marie Bagnard, 23 janvier 2004