Appelés à vivre l’Aujourd’hui de Dieu !

Homélie de Mgr Guy Bagnard pour la messe de Pentecôte, le 27 mai 2012, lors du rassemblement diocésain à Ainterexpo, pour fêter les 1 600 ans du diocèse et la confirmation de 612 diocésains.

Le récit de la première Pentecôte ? dont nous avons entendu la lecture et dont nous avons mimé, dans la joie, les premières phrases avec nos frères du Sappel ? rapporte que beaucoup de pèlerins « fervents » se trouvaient ce jour-là à Jérusalem. Un bon nombre d’entre eux ont écouté les Apôtres qui, portés par la force de l’Esprit Saint, surmontant toutes leurs peurs, avec l’audace des premiers témoins, annonçaient le Christ ressuscité. C’était le commencement de l’évangélisation !

Les différents visages d’un même diocèse

Ces pèlerins de la première Pentecôte venaient de tout le pourtour de la Méditerranée, du Moyen Orient, de l’actuelle Turquie et du Nord du continent africain ; un peu comme nous qui venons de toutes les régions des Pays de l’Ain. Oui, c’est vrai, nous ne sommes pas les habitants de la Phrygie ou de la Pamphylie, de la Cappadoce ou des bords de la Mer Noire, de la Mésopotamie ou de la Libye cyrénaïque. Nous venons de la Bresse ou de la Dombes, de la Côtière ou des Bords de Saône, du Revermont ou du Pays de Gex, du Bugey avec la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste, et enfin les Burgiens, avec la co-cathédrale Notre-Dame. Cette diversité de nos lieux de vie reflète quelque chose de la grande variété des participants de la première Pentecôte.

Si différents que soient nos régions, avec leurs propres richesses, elles dessinent néanmoins le visage d’un même diocèse. Ce diocèse où sont nés ou ont vécu tant de belles figures de sainteté : saint Domitien et saint Didier ; saint Anthelme et saint Arthaud ; saint Vincent de Paul et saint François de Sales, la bienheureuse Rosalie Rendu, saint Pierre Chanel et saint Jean-Marie Vianney. Et puis tous les saints inconnus qui, dans nos familles, depuis les temps les plus reculés, ont marché sur les pas de Jésus, ont accueilli son message dans leurs foyers, ont communiqué la connaissance de l’Evangile à leurs enfants et ont passé le relais de la joie d’être chrétien à la génération suivante. Ils se sont situés dans la continuité de la première Pentecôte, vécue à Jérusalem par la foule des pèlerins qui entendaient, pour la première fois, l’annonce joyeuse et audacieuse du Christ ressuscité, alors que les Apôtres étaient soulevés par la force irrésistible de l’Esprit !

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Les fresques de Pentecôte 2012 représentant saint Pierre Chanel, saint Jean-Marie Vianney et la foule des « saints inconnus de nos familles », à la suite d’Audax

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Le climat chrétien a imprégné notre culture

Cette brève évocation nous tourne tout naturellement vers cette époque où commençaient de surgir les premiers germes de ce qui deviendra, par la suite, notre diocèse. A travers plus d’un millénaire, des églises ont été construites dans le moindre de nos petits villages, des calvaires ont été édifiés, des croix dressées aux carrefours des chemins. Les communautés se sont organisées et développées avec l’arrivée du premier évêque à Belley. Le climat chrétien a si bien imprégné la vie de tous les jours, il est entré si profondément dans notre culture, que nous avons vécu avec lui en oubliant presque d’où venait toute cette richesse !

Jean-Paul II ? ce Pape venu visiter aussi notre diocèse ? avait comme réveillé les mémoires quand il avait rappelé que les trois mots si présents dans notre pays : liberté ? égalité ? fraternité, provenaient du christianisme. Et que, ce à quoi nous tenons beaucoup ? c’est-à-dire la distinction respectueuse du temporel et du spirituel ? provient en droite ligne de l’Evangile où l’on en trouve, pour la première fois dans l’histoire, la formulation : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

L’Esprit nous réunit dans l’unité

Ainsi, frères et soeurs, dans nos diversités, nous sommes tous reliés entre nous par une longue histoire commune, au cours de laquelle l’Esprit Saint a travaillé les soeurs de nos aînés dans la foi ! Nous sommes membres de ce peuple qui a commencé de se constituer le jour de la première Pentecôte sous l’effet puissant de l’Esprit dont la force est justement de réunir dans l’unité les peuples les plus divers et les individualités les plus contrastées !

Il le fait d’abord en levant l’obstacle des langues. Alors que, dans l’événement biblique de la Tour de Babel, le langage sépare et divise, ici, à la Pentecôte, il libère les langues de leur pouvoir séparateur et il permet à tous d’entendre les merveilles de Dieu, l’annonce de la victoire du Ressuscité.

L’un des actes les plus typiques de l’Esprit Saint, c’est de créer des liens ou de les rétablir quand ils ont été abimés ou détruits. L’Esprit Saint fait communiquer avec Dieu en nous adaptant à Lui et Il nous ouvre le chemin vers les autres. Si bien que, quand nous-mêmes nous cherchons à communiquer, quand nous instaurons des contacts, quand nous ouvrons des chemins vers les autres, nous imitons l’Esprit qui travaille à rassembler !

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« L’un des actes les plus typiques de l’Esprit Saint, c’est de créer des liens »

Dieu m’attend ! Dieu m’appelle !

Cette unité, je l’ai perçue d’une manière particulière dans vos lettres de demande de confirmation. Toutes portent la même empreinte, le même élan : prendre ou « reprendre » contact avec Dieu. Saisir la main qu’Il nous tend ! Vos demandes expriment toutes une expérience qui vous a fait toucher Sa Bonté, qui vous a fait saisir Sa Présence à vos côtés, alors même que jusqu’alors vous en étiez peu conscients.

-* Ainsi une mère de famille : « Je pense que Dieu a toujours été en moi ; toujours près de moi ; il m’a toujours aimé ; il ne m’a jamais quitté. Mais moi j’étais aveugle, sourde ; je l’ignorais. Si ma vie n’a pas été un long fleuve tranquille, je ressens aujourd’hui l’amour de Dieu pour moi. »

-* Ou bien ce jeune père de famille : « Dans mon enfance, mes parents m’ont donné une éducation chrétienne. J’ai reçu mon baptême, ma première communion, ma profession de foi. Mais voilà que, depuis deux ans, j’ai ressenti le besoin de recevoir un second souffle dans la foi ! Le Saint-Esprit doit donner de l’énergie, de la force pour affronter la vie et ses difficultés. Alors, je demande qu’il vienne en moi par le Sacrement. »

-* Ou encore la lettre de cette jeune : « Il y a un peu plus de deux ans, j’ai vécu des choses très difficiles et là, ça a été comme un appel, un cri vers le Seigneur : « Aide-moi, ne me laisse pas tomber ! » Alors j’ai poussé la porte de ma paroisse. Aujourd’hui, je peux dire qu’avoir la foi, croire, c’est un vrai cadeau de Dieu. C’est pourquoi je demande la Confirmation pour continuer sur ce chemin de paix, d’amour et d’espérance. »

-* Enfin, la demande d’un jeune garçon : « Le moment le plus important pour ma foi a été le moment de ma première communion car ce jour-là, je me suis senti aimé par Dieu. Je décide de faire ma confirmation, car j’ai beaucoup regretté de ne pas me rappeler mon baptême, car j’étais trop petit. C’est aussi une façon pour moi de prouver que je crois en Dieu… Je veux aussi prouver à Dieu que je l’aime plus que tout. Ce n’est pas parce que je vais faire ma Confirmation que je vais arrêter le caté. Au contraire, je vais continuer encore mieux. »

Vous êtes des centaines à avoir écrit ! Jeunes ou plus âgés, et chez tous, on retrouve le même fil conducteur : Dieu m’a fait signe ! Dieu m’attend ! Dieu m’appelle ! J’ai besoin de l’Esprit Saint !

Le Conseil épiscopal avait souhaité ? avec un peu d’humour ? 412 confirmands pour être en harmonie avec la date de la venue du premier évêque de Belley. Vous êtes finalement 612 ! Le Seigneur a donné en surabondance ! Mais Il a permis, en gardant les deux derniers chiffres, que la symbolique des origines soit conservée.

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« Je demande la Confirmation pour continuer sur ce chemin de paix, d’amour et d’espérance »

Se mettre au service du monde entier

Revenons à ce qui s’est passé pour les Douze Apôtres. Le Christ mobilise leur disponibilité pour la mettre au service du monde entier : « Allez jusqu’aux extrémités de la terre. » Il la mobilise aussi pour un avenir sans limite : « jusqu’à la fin des temps ». Comment ne pas être paralysé ? séché sur place ! ? par une mission d’une envergure aussi gigantesque, et confiée à des hommes aussi craintifs, qui ont tous fui pendant la Passion de leur Maître ? C’est une mission qui englobe rien moins que l’espace et le temps de l’humanité tout entière !

Mais le plus extraordinaire encore, c’est que le Christ leur demande de ne pas s’inquiéter, de rester calmes et paisibles ! « Soyez sans crainte, petit troupeau ! » « Vous n’aurez pas à chercher ce que vous aurez à dire devant les Tribunaux où vous serez traduits. Tout vous sera donné dans l’instant. » Les paroles de Jésus seraient insensées s’il n’y avait pas, en même temps, la promesse de l’entrée en scène d’un nouveau Personnage, d’un Visiteur jusque là inconnu. C’est Lui, leur dit-il, qui sera votre compagnon intime et permanent.

Il sera votre Défenseur dans les périls,
votre Consolateur dans les peines,
votre Vérité dans les incertitudes,
votre Audace dans les défis !

Laissons-nous envahir par l’Esprit

Les Apôtres comprennent alors qu’il leur faudra changer leur manière de vivre ! Pour garder la tranquillité de l’âme face à la mission, il leur faudra s’accorder avec Celui qui viendra habiter les profondeurs de leur intériorité. C’est lui qui leur fera porter du fruit en toute circonstance, car il est le Maître de l’impossible, le Maître des temps et de l’histoire.

Ce n’est donc pas seulement aux Apôtres que sont confiés l’espace et le temps, mais aussi et d’abord à l’Esprit Saint destiné à habiter l’intérieur de l’homme. Pourquoi trembler devant les obstacles qui semblent insurmontables ? Pourquoi avoir peur devant les dangers qui semblent vous engloutir ? L’Esprit Saint est là, au plus profond du soeur de l’homme, de l’homme qui s’ouvre à Lui.

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« l’Esprit Saint destiné à habiter l’intérieur de l’homme »

Vous avez compris, frères et soeurs, avec l’anniversaire que nous célébrons, que nous sommes les héritiers d’une très longue histoire. Nous avons été précédés. Nous ne sommes donc pas les premiers !

Mais nous ne sommes pas non plus les derniers. Car notre grâce à nous, en effet, ce n’est pas d’être les disciples d’hier ni ceux de demain, mais ceux d’aujourd’hui. A notre place, dans la suite des siècles, nous avons à vivre le temps présent ; et à ce rendez-vous du temps, personne ne peut nous remplacer. Comme aux origines, c’est à nous, à ce moment privilégié qui est le nôtre, que Jésus confie l’espace et le temps, avec l’appel à laisser envahir par Son Esprit, les profondeurs de notre moi. Pour nous, la Pentecôte, c’est aujourd’hui ! Notre grâce, c’est d’être appelés à vivre l’Aujourd’hui de Dieu !

? Père Guy Bagnard
Évêque de Belley-Ars