A propos du Liban

Les mois d’été qui viennent de s’achever ont été fortement assombris par la violence des combats qui ont ensenglanté le Liban et le Moyen Orient. Comment passer de bonnes vacances reposantes quand on sait qu’au même moment d’autres, tout proches – car aujourd’hui, on est tous devenus voisins ! – d’autres se trouvent sous les bombes, fuisent sur les routes, abandonnant tout et receuillant leurs morts – des enfants souvent – après des bombardements intensifs ! Non, on ne peut pas dormir tranquille ! Surtout nous, les Français, qui avons tant de liens avec le Liban !

Mais que faire ? Comment arrêter la guerre ? Ou plutôt, comment éliminer les conditions qui engendrent la guerre ? On s’est aperçu, une fois de plus, que la puissance de certains pays pèse lourdement dans la régulation des conflits. L’Europe, même unie, subit la loi des plus puissants qu’elle ! Personne n’ignore que, dans ce conflit qui s’éternise, une multitude de paramètres entrent en jeu : le culturel, le religieux, l’économique, le politique, l’histoire. Un journaliste écrivait, ces jours derniers : « Le mal s’enracine en 1948, lors de la création de l’état hébreu par les grandes puissances qui n’ont pas tenu compte des populations locales. Une solution au conflit ne peut donc être qu’internationale, diplomatique et pragmatique ».

Mais, si c’est à un niveau international que doit se régler la situation, comment réaliser l’unité entre toutes les parties concernées, puisque chacun a sa propre analyse et ses propres intérêts ? Comment trouver le dénominateur commun qui mettrait tout le monde d’accord ?

A n’en pas douter, il faut d’abord donner toute leur place au politique et à la diplomatie : c’est quand même mieux que les bombes ! Mais il faut aussi avancer des solutions, car les démarches diplomatiques qui ne débouchent sur rien finissent par engendrer la violence.

On peut alors écouter, peut-être, les propositions constructives rédigées par le Père Jésuite Samir Khalil Samir, spécialiste de l’islam, professeur à l’Université Saint Joseph de Beyrouth et à l’Institut pontifical oriental de Rome. Voici ce qu’il propose : – création d’un état palestinien à partir des frontières d’avant 1967 – reconnaissance mutuelle de leurs frontières par les Etats de la région – organisation d’une force internationale pour contrôler les zones sensibles – libération des prisonniers – création de deux commissions internationales, l’une pour résoudre la question de l’eau et l’autre pour sceller le sort de Jérusalem – tout cela déboucherait sur la création d’une « Union proche-orientale », fondée sur l’expérience de l’Union européenne.

C’est, semble-t-il, ces propositions-là que reprend à son compte le Vatican, à travers la voix du Cardinal Etchegaray, l’émissaire du Pape au Proche-Orient.

N’est-on pas en plein rêve ? Peut-être ! Mais un rêve peut devenir réalité. Qu’on en juge, par exemple, par l’histoire de l’Europe, avec les liens d’amitié et de coopération qui ont été tissés entre l’Allemagne et la France, après des guerres fratricides ! Qui, il y a un siècle, aurait pu imaginer que l’Union européenne se constituerait et parviendrait à franchir des obstacles de toute nature sur la route de son unité ? L’histoire du Liban nous en fournit d’ailleurs la preuve, avec son multiculturalisme et son multiconfessionnalisme. Les Libanais disent que l’un et l’autre constituent l’essence même du Liban !

Mais, pour que cette marche en avant se réalise, il faut en recevoir l’élan de l’intérieur, c’est-à-dire d’un coeur qui garde l’espérance et qui accepte de se rendre perméable aux appels des autres ! Chaque partie est appelée – n’ayons pas peur des mots – à une conversion ! C’est le sens de ce qu’exprimait le Cardinal Bertone, nouveau collaborateur du Pape à la Secrétairie d’Etat : nous voulons « contribuer à accentuer la mission spirituelle de l’Eglise qui transcende la politique et la diplomatie ».

Il s’agit pour tous de tourner les regards vers une Rélité plus haute, quel que soit le nom qu’on lui donne : Dieu, être supérieur, Constitution des droits de l’homme… Bref, une réalité qui dépasse les individualités. Ce que les hommes ont en commun est toujours supérieur à chacun, disait Régis Debray ; et ajoutait-il « quand plus rien n’est supérieur, il n’y a plus rien de commun ».

Il faut donc que les hommes acceptent une fois de plus, pour pouvoir s’entendre, se reconnaître, une réalité plus haute qu’eux. C’est en Elle qu’ils peuvent s’unir et trouver une solution. C’est en Elle qu’ils peuvent guérir leurs blessures et se pardonner le mal qu’ils se sont faits ! On se rappelle l’épisode biblique de la Tour de Babel. Quand les hommes refusent de reconnaître la Réalité plus haute qui les dépasse, alors, inéluctablement, ils se dispersent et deviennent des ennemis les uns pour les autres. La fraternité suppose toujours un « Quelque chose » par lequel on est frères. Accepter ce dépassement, c’est la condition d’une Paix durable !

Mgr Guy-Marie Bagnard, 8 septembre 2006