La mère de la Société de Saint Vincent de Paul

 

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Au lendemain de la Révolution de 1830, au milieu de l’effervescence des esprits, des catholiques s’engagent, simplement pour être fidèles à l’Évangile… Il y avait à ce moment-là, à la Sorbonne, toute une jeunesse studieuse, désireuse d’insuffler une vie nouvelle à cette société malade. Un petit groupe, en particulier, se réunissait dans une sorte de cercle d’études appelé « Conférence d’histoire ». Les réunions avaient lieu chez Emmanuel Bailly, un laïc, prototype du militant d’Action catholique. Parmi les membres de ce cercle se trouvaient Frédéric Ozanam, Paul Lamache, Félix Clavé, Auguste Letaillandier, François Lallier et quelques autres. Leur chemin va croiser celui de Soeur Rosalie…

 

Des Conférences d’Histoire… – Au lendemain de la Révolution de 1789, de nombreuses oeuvres avaient vu le jour pour le service des déshérités, à l’initiative de laïcs catholiques. L’un d’eux, Emmanuel Bailly, né en 1794, homme effacé et infatigable dans les bonnes oeuvres, avait quitté sa charge de professeur de philosophie à Juilly pour fonder à Paris, en 1825, la « Société des bonnes études » qui s’installe place de l’Estrapade. On y trouve bibliothèque et salles de conférence. C’est un embryon d’Institut catholique en même temps qu’une pension de famille pour étudiants. 

 

Le 1er décembre 1832, Emmanuel Bailly inaugure des « Conférences d’Histoire » qui étaient l’occasion de vives discussions, car les étudiants qui les suivaient n’étaient pas tous chrétiens et il y avait parmi eux de jeunes saint-simoniens répétaient ce qu’ils avaient appris de leurs maîtres : « que la religion chrétienne avait fait son temps, que la magnifique translation des reliques de Saint Vincent de Paul en 1830 avait été le solennel enterrement de la charité ». Et voici qu’un soir un jeune orateur, nommé Colson, attaque l’Église, « qui a fait son temps », et met en doute la vitalité de la foi des jeunes chrétiens présents à la séance. 

 

Frédéric Ozanam

 

… aux Conférences de Charité – Ozanam fait partie de l’auditoire et répond vigoureusement à l’orateur. Mais, à l’issue de la soirée, il confie à ses amis croyants : « Ne vous semble-t-il pas qu’il est temps de joindre l’action à la parole, et d’affirmer par des oeuvres la vitalité de notre foi ?  » On décide alors de demander conseil à Emmanuel Bailly qui approuve pleinement l’idée d’une réunion fraternelle de jeunes gens résolus à s’occuper uniquement d’oeuvres de charité. Ils sont 6 jeunes gens qui, sur les conseils de Soeur Rosalie, décident d’aller visiter les pauvres à domicile.

 

Leur première réunion se tint dans les bureaux du journal qu’éditait Monsieur Bailly, La Tribune Catholique, le mardi 23 avril 1833, à 20 heures : ce jour-là Ozanam fêtait ses 20 ans ! A l’unanimité, les six jeunes gens choisirent de nommer la réunion Conférence de charité et, sur la demande de Jean-Léon Le Prévost, ils adoptèrent pour patron saint Vincent de Paul. Ainsi naquit très humblement la plus grande association de charité des temps modernes, qu’on appelle aujourd’hui la Société de Saint Vincent de Paul. 

 

Les conseils de Soeur Rosalie – On se demanda quels pauvres visiter et comment les secourir. Emmanuel Bailly – qui connaissait personnellement Soeur Rosalie – les envoie rue de l’Épée de Bois. Elle « approuva beaucoup ce projet, indiqua des pauvres, et conseilla de donner des bons en nature à la place d’argent dont les pauvres abuseraient ». 

 

Ils apprennent avec elle à voir Notre Seigneur dans les pauvres et la manière chrétienne de les aborder, de les respecter, de les considérer comme des frères, riches en humanité. Ainsi, elle « leur recommandait la patience qui ne croit jamais perdu le temps qu’on passe à écouter le pauvre, l’indulgence plus portée à plaindre qu’à condamner, enfin la politesse, si douce à celui qui n’a jamais rencontré que dédain et mépris… » 

 

Unis au-delà du politique – Qu’ils soient libéraux voire républicains, comme Ozanam, ou monarchistes comme Armand de Melun – qui sera le premier biographe de Soeur Rosalie – ce qui faisait leur unité, note. Lallier, ami d’Ozanam, c’était « l’obéissance aux commandements de Dieu et un amour filial pour l’Église catholique qui en a la garde ». 

 

En janvier 1835, les membres sont Sur les conseils de Soeur Rosalie, ils décident de se séparer et à la Conférence de St-Étienne-du-Mont s’ajoute désormais celle de Saint-Sulpice. Soeur Rosalie obtint bientôt une Conférence pour « sa » paroisse St Médard, « la plus pieuse de la capitale », écrira Ozanam.

 

Simple religieuse de terrain, elle conseille ces jeunes intellectuels et leur apporte une aide directe. Un jour, voyant dans son cabinet ces étudiants des grandes Écoles, venant chercher une bonne oeuvre ou en rendre compte, elle s’écrie : « Je les ai tous réunis pour le service de Dieu ; ils ont tous travaillé pour sa gloire : quelle bonne journée pour eux ! « 

 

SSVP