A travers trois Révolutions : le chemin du pardon

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Soeur Rosalie, sans quitter pratiquement sa mission parisienne et le quartier Mouffetard, n’a pas eu pourtant une vie de tout repos. Elle a traversé trois Révolutions tout en gardant au soeur la même foi, la foi qui garde ferme dans l’espérance de la vie éternelle et qui s’épanouit en charité, celle qui ne passera jamais. Comme la charité, dont parle Saint Paul dans sa Lettre aux Corinthiens, Soeur Rosalie endure tout, supporte tout…

 

Saint-Etienne-du-Bois "Une messe sous la Terreur dans la maison de Joseph Brault"

1789 !

La Révolution est en marche qui met fin à « l’Ancien Régime » et, dès le début, elle se retourne contre l’Église. Constitution civile du clergé, poursuite des prêtres insermentés jusque dans la maison de la famille Rendu à Confort. La future Soeur Rosalie est témoin, chez elle, à l’âge de 7 ans, d’une messe clandestine. (cf. EPA n°11, p.539).

 

Révolution 1830

1830 !

Les « Trois Glorieuses » : 27-28-29 juillet 18Paris est couvert de barricades. Pendant qu’à la rue de l’Épée de Bois, on s’occupe des blessés – émeutiers ou soldats – Soeur Rosalie part à la recherche du général de Montmahaut, un bienfaiteur des pauvres porté disparu. Rsquant sa vie, elle franchit les barricades. Elle le découvre grièvement blessé, place de l’Hôtel de Ville… Elle le ranime : il est sauvé ! Les révolutions sont toujours impitoyables ; la justice des lendemains de révolution l’est souvent. Des personnes qui s’étaient compromises pendant les émeutes sont venues chercher refuge chez Sour Rosalie qui les a protégées et a facilité leur fuite. Ordre est donné au Préfet de Police, Gicquel, d’arrêter Soeur Rosalie. « Impossible, dit le policier chargé de l’exécution. Tout le peuple prendrait les armes !  » Qu’à cela ne tienne, le Préfet s’y rendra lui-même. Traversant la foule, il demande à parler à Soeur Rosalie. Très aimablement, il est prié d’attendre son tour. Ensuite s’engage le dialogue : – Que puis-je faire pour vous rendre service, dit-elle. – Madame, je ne suis pas venu pour vous demander un service, mais pour vous en rendre ; je suis Le Préfet de Police et je veux savoir comment vous avez osé vous mettre en rébellion contre la loi. – Monsieur le Préfet, je suis Fille de la Charité, je viens en aide aux malheureux partout… Si vous étiez poursuivi, je vous porterais secours, je vous le promets ! – Ne recommencez pas, répond le Préfet surpris. – Cela, je ne peux pas vous le promettre. Une Fille de Saint Vincent ne peut manquer à la Charité.

 

Révolution 1848

1848 !

De nouveau l’horizon se charge de nuages ! Une bourgeoisie triomphante, insolente, et une partie du peuple qui tend une oreille favorable aux sirènes révolutionnaires ! Et ce fut le même déroulement qu’en 1830 : batailles de rues dans tout Paris ! Une forte barricade avait été dressée à l’angle de la rue Mouffetard et de la rue de l’Epée de Bois. Elle était bien défendue ! Un officier de la Garde Mobile avait gravi la barricade avec ses troupes… mais tous ses hommes étant tombés sous la rafale des manifestants, il reste seul au milieu des émeutiers en furie, il se précipite alors dans la petite cour de la maison des soeurs : les fusils des manifestants se braquent sur lui. Sr Rosalie s’interpose en criant : « On ne tue pas ici !  » – « Non ! mais dehors ! On l’emmène ! ! « . Sr Rosalie refuse. Les hommes, ivres de sang, vont faire feu par dessus les épaules des soeurs qui entourent le condamné. Mais Soeur Rosalie s’est jetée à genoux : « Au nom de tout ce que j’ai fait pour vous, pour vos femmes et vos enfants, je vous demande la vie de cet homme ! «  Les fusils s’abaissent… quelques hommes pleurent… l’officier est sauvé ! – Qui êtes-vous, ma Soeur ? demande-t-il. Rien, Monsieur, une simple Fille de la Charité. Oui ! Une simple Fille de la Charité… rien que cela ! Mais vraiment cela ! 

 

Le rôle joué par Sr Rosalie en une période troublée de notre histoire rappelle l’action de M. Vincent en son temps. Comme lui, avec réalisme, intelligence et audace, à travers émeutes et révolutions, elle a mis tout en oeuvre pour la défense des faibles et le rapprochement des catégories sociales. Grâce à son Charisme personnel et à sa foi, la communauté du quartier Mouffetard a tracé un chemin vers la justice et vers la paix.Saint Vincent disait aux premières soeurs : « Si l »on vous mène voir l’évêque… dites-lui que vous êtes pauvres Filles de la Charité qui vous êtes données à Dieu pour servir les pauvres ». C’est bien cette identité que Sr Rosalie a incarnée merveilleusement pendant 54 ans au quartier Mouffetard.

 

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