Petite histoire du diocèse de Belley-Ars

Dès les premiers siècles, la foi chrétienne s’implante dans les villes. A Lyon, des hommes et des femmes suivent le Christ au péril de leur vie. L’évêque Pothin, la jeune Blandine succombent aux persécutions. Dans nos campagnes, l’évangélisation est plus tardive. Les noms de certaines communes gardent trace du passage de Saint Martin au IVe siècle, de Saint Trivier qui meurt en Dombes vers 550, de Saint Didier, évêque de Vienne.
A Saint Vulbas, dans la plaine de l’Ain, la modernité d’une centrale nucléaire voisine avec une trace parmi les plus anciennes de la chrétienté dans l’Ain. Dans l’église de ce village se trouve le tombeau de Saint Vulbas, qui gouverna la Bourgogne vers 650, et fut mis à mort à cause de sa foi.

 

Saint Rambert, mort martyr lui aussi, en 680, a laissé son nom à une abbaye qui fut l’une des plus importantes de notre diocèse. Aujourd’hui, à St Rambert, il reste quelques vestiges de cette grandeur passée : une crypte très ancienne que l’on peut encore visiter. Les soeurs qui résident là sont restées fidèles au meilleur de la tradition millénaire de ce lieu. Elles accueillent des hommes et des femmes avides de se ressourcer, de découvrir les trésors de la foi. Pour les religieuses qui vivent à Saint Rambert, la mission est toujours actuelle. Elles sont en lien avec d’autres communautés implantées dans le monde entier. Quel que soit le lieu et l’époque, c’est toujours le Christ qui est invoqué dans le chant et la prière.

 

Durant tout le haut Moyen-âge, les abbayes jouent un rôle essentiel dans le développement des campagnes. Les moines défrichent les terres incultes. L’Eglise prend la défense des pauvres contre les puissants, accueille les indigents, transmet le savoir, enseigne et approfondit la théologie chrétienne. Dans notre diocèse, Saint Barnard fonde l’abbaye d’Ambronay, qui aujourd’hui, plus de mille ans après, abrite un festival de musique baroque parmi les plus réputés. Les Chartreuses de Portes, de Saint Sulpice, de Sélignac, de Seillon, de Meyriat, d’Arvières, de Montmerle, contribuent à civiliser et enrichir nos contrées. Aujourd’hui, neuf siècles après leur fondation, deux de ces chartreuses sont encore des lieux de prière, où des moines partagent leur vie entre l’oraison solitaire, le travail intellectuel et manuel, la célébration de l’office divin. Les chartreux prient pour tous les hommes. ils se font solitaires parce qu’ils se veulent solidaires de nos joies et de nos souffrances.

 

La grande figure du XIIIe siècle dans l’Ain est Saint Anthelme ; Chartreux lui-même, il devient évêque de Belley de 1163 à 1178. Il lutte contre les abus et défend le peuple opprimé par le comte de Savoie. Entre le XIIIe siècle et le XVIe siècle, villes et villages édifient leurs églises paroissiales, d’abord en style roman, puis gothique. Il nous reste, dans l’Ain, quelques beaux témoignages de l’ardeur et du talent de ces artisans et artistes, mis au service de la gloire de Dieu.

 

Archidiaconé St Anthelme

 

Pourtant, c’est au XIVe et au XVIe siècle que l’Eglise traverse l’une de ses périodes les plus sombres. Les juifs sont chassés des villes, parfois massacrés. Le tribunal de l’inquisition, chargé d’extirper les hérésies, va jusqu’à pratiquer la torture. Et lorsque les chrétiens abordent les rivages du Nouveau Monde, c’est souvent par les armes qu’ils imposent la domination des nations européennes. Ces fautes, le pape Jean-Paul II les a reconnues publiquement. Dans l’année jubilaire de l’an 2000, il a fait une demande de pardon envers tous les hommes auxquels l’Eglise a fait du tort. Au début du XVIIe siècle, l’Eglise a dû affronter une crise majeure : Luther, révolté par les abus de certains prélats, rompt avec Rome et entraîne derrière lui nombre de fidèles. C’est le schisme protestant, qui fut la cause de tant de confits et de massacres au cours des siècles suivants. L’Eglise catholique est elle-même consciente des abus ; lors du Concile de Trente elle mène à bien sa propre réforme, et recommande aux évêques de se comporter comme de vrais pasteurs.
Dans l’Ain, Saint François de Sales, évêque de Genève, incarne cette vitalité renouvelée. il parcourt les campagnes du pays de Gex et du Bugey. il prêche un renouveau de la piété, y compris pour les fidèles laïcs :  « On peut aimer Dieu en vivant dans le monde ordinaire » répète t-il ; et il obtient dans bien des cas le rétablissement des paroisses catholiques.

 

A peu près à la même époque, saint Vincent de Paul devient pour quelques mois curé de Châtillon sur Chalaronne. C’est là qu’il fonde les dames de la Charité, dont le règlement a été conservé dans la chambre qu’il occupait. De nos jours, l’Eglise se montre toujours attentive au service des plus démunis. Au XVIIIe siècle, l’Eglise se préoccupe également de l’instruction des enfants de toutes classes sociales. L’abbé Charles Démia encourage partout dans notre diocèse la fondation d’écoles, y compris pour les filles dont l’éducation était jusque là fort délaissée. Au cours des siècles suivants, les initiatives de l’Eglise ont été nombreuses pour assurer l’éducation des enfants et des jeunes, spécialement des plus défavorisés. Aujourd’hui encore, des établissements catholiques assurent ce service auprès de nombreuses familles.

 

La Révolution française divise profondément l’Eglise. Certains prêtres prêtent serment au nouveau régime, d’autres s’y refusent. Jean-Baptiste Bottex, élu député aux Etats Généraux, est de ceux qui restent fidèles au pape. Il est exécuté en septembre 1792. L’Eglise l’a déclaré Bienheureux en 1926. Après la Révolution, on ne compte plus les dégradations des édifices religieux. Les communautés chrétiennes elles-mêmes sont à l’abandon. Il faudra aux prêtres bien du dévouement et du courage pour que l’Evangile soit à nouveau annoncé et vécu dans nos contrées. Parmi eux, figure le saint le plus illustre de notre diocèse, Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, qui attira de son vivant une foule de pèlerins dans son minuscule village. Il vivait pauvrement, dormait 3 ou 4 heures par nuit pour prendre le temps de recevoir les pénitents qui affluaient à son confessionnal. Il est maintenant le saint patron des curés du monde entier.

 

L’esprit missionnaire s’exerce aussi en direction des contrées lointaines. En 1836, Pierre Chanel, natif de Cuet près de Montrevel, embarque pour l’Océanie. Il écrit à ses amis :  « Dans une mission aussi difficile, il faut que nous soyons des saints » . Il meurt martyr à Futuna en 1841, et sera canonisé en 1954. Son apostolat porte du fruit à profusion, puisque de nos jours, les habitants de cette île vivent leur foi chrétienne avec une étonnante vitalité. L’île est en effet à 100% catholique.

 

En 1859, l’évêque de Belley obtient que soit fondée l’abbaye de la Trappe des Dombes, pour assainir le pays et mettre en valeur cette terre ingrate. Récemment, la Trappe a accueilli un groupe de théologiens catholiques et protestants pour défricher cet autre terrain épineux qu’est la réconciliation entre frères séparés depuis 5 siècles. C’est là qu’a été mené un dialogue exigeant, où chacun essaie de comprendre l’autre. Il y a moins de 40 ans, s’ouvrait le Concile Vatican II, qui fit entendre une parole neuve de la part de l’Eglise, une parole aux accents généreux, adressée à tous, reconnaissant la responsabilité des laïcs et la dignité de la personne humaine, posant le fondement de la liberté religieuse. Aujourd’hui comme hier, l’Eglise reste au service des plus démunis, des exclus, des exilés. Les plus nombreux habitent le Tiers-Monde, et c’est leur cause que plaide le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement. De nos jours, avec la mondialisation de l’économie, l’information qui parcourt instantanément toute la planète, la prise de conscience de possibles désastres écologiques, les inégalités croissantes entre riches et pauvres, l’humanité arrive à un moment crucial de son développement. Le Jubilé de l’an 2000 a interpellé la communauté humaine dans son ensemble. Ce temps a été un temps privilégié de grâce et d’appel à la conversion.