1- Quelques figures remarquables de Notre-Dame : les fondateurs

Marguerite d’Autriche – Jean de Loriol – Louis de Gorrevod – Jules II – Loys van Boghem

Marguerite d’Autriche (1480-1530) Veuve en 1504 du duc Philibert de Savoie, Marguerite d’Autriche consacra les revenus de son douaire de Bresse à l’édification de l’église de Brou. Elle entendait ainsi accomplir le voeu de sa belle-mère, Marguerite de Bourbon, et ériger un magnifique tombeau pour son époux et pour elle-même. L’église Saint-Pierre de Brou était alors à la fois le siège d’un prieuré dépendant de l’abbaye d’Ambronay et l’église paroissiale de Bourg. Marguerite obtint du pape Jules II le transfert de la cure et de la paroisse à la chapelle de la Bienheureuse Marie de Bourg (1505-1506).

200px-Marguerite_d_Autriche_par_Bernard_van_Orley_vers_1518_huile_sur_bois L’empereur Maximilien, son père, l’ayant chargée du gouvernement des Pays-Bas et de la tutelle de ses neveux, dont le futur Charles Quint, Marguerite d’Autriche quitta la Bresse pour n’y plus revenir de son vivant. De sa résidence de Malines, elle continua de donner tous ses soins à son oeuvre de Brou. Mais elle n’oublia pas la reconstruction de l’église Notre-Dame. Sollicité par les prêtres incorporés, elle leur fit compter 100 écus d’or qui servirent à l’établissement des stalles. On peut attribuer à la générosité de Marguerite quatre des grandes figures des stalles, Ste Marguerite sa patronne, St Philibert patron de son époux, St Maurice protecteur de la Savoie et St André protecteur de la Bourgogne. Et c’est à l’architecte flamand dépêché à Brou par la princesse que l’on s’adressa pour établir les plans de Notre-Dame après l’effondrement de 1514. Et il n’est pas douteux qu’elle appuya vigoureusement la demande de création d’un évêché à Bourg. Tant qu’elle vécut, Bourg resta cité épiscopale et Notre-Dame cathédrale.

Jean de Loriol (+ 1507) Troisième fils de Jacques de Loriol seigneur de Challes et conseiller du duc de Savoie, Jean de Loriol fut destiné à une carrière ecclésiastique. Il fut curé de Foissiat, chanoine de Lyon, Genève et Vienne, prieur de Neuville, abbé de Saint-Pons et évêque de Nice. En 1505, le prieuré de Brou était sans titulaire. Or, le prieur de Brou était aussi le curé de la paroisse de Bourg. L’église paroissiale, Saint-Pierre de Brou, était éloignée de la ville et les habitants préféraient fréquenter la chapelle de la Bienheureuse Marie. Jean de Loriol fut choisi comme prieur de Brou parmi d’autres compétiteurs, parce qu’il s’engagea à reconstruire la chapelle qui, agrandie et embellie, pourrait devenir le siège de la cure et l’église paroissiale.
Dès avril 1505, Jean de Lorio, fit commencer les travaux. L’église lui doit ses parties les plus ouvragées, l’abside et le ch?ur. On peut voir les armes de Loriol aux chapiteaux et l’effigie du donateur au dossier des stalles. Jean de Loriol y est représenté coiffé de la mitre et agenouillé aux pieds de St Jean-Baptiste son patron. Jean de Loriol mourut en 1507, laissant aux prêtres de Notre-Dame la tâche d’achever la construction commencée. Pour cela, il leur légua un capital produisant une rente annuelle de 200 écus d’or (ou 700 florins).

240PX-_1 Louis de Gorrevod (+ 1535) Deuxième fils de Jean de Gorrevod et de Jeanne de Loriol, neveu de Jean de Loriol et frère de Laurent de Gorrevod, gouverneur de Bresse et chevalier d’honneur de Marguerite d’Autriche. Evêque de Maurienne en 1499, il bénit le mariage de Philibert de Savoie et de Marguerite d’Autriche en 1501. Abbé commandataire d’Ambronay, le prieuré de Brou et la cure de Bourg dépendaient de lui. Il donna son autorisation au transfert de la cure à Notre-Dame et, en 1513, donna 1000 florins pour la construction de l’église. L’année suivante il s’engagea à donner 700 florins par an si la ville en faisait autant. En 1515, Bourg fut érigée en évêché et Louis de Gorrevod en fut le titulaire. Il fit dans la ville une entrée solennelle à la fin de l’année, promettant d’établir à Bourg sa résidence. Mais, en 1516, l’évêché de Bourg fut supprimé. Néanmoins Louis de Gorrevod obtint du pape Léon X l’autorisation d’affecter le prix des indulgences recueilli à Bourg aux dépenses de la construction de Notre-Dame. Et il contribua avec son frère Laurent à l’édification d’une chapelle de l’église.
En 1521, le pape Léon X ayant rétabli l’évêché de Bourg, Louis de Gorrevod en redevint l’évêque. Ambassadeur de Savoie au concile de Latran, il montra tant de zèle pour les intérêts du pape que Clément VII l’en récompensa en le créant cardinal. Il reçut la barrette le 16 avril 1530 à l’église Notre-Dame. A la fin de cette même année, il fut élevé à la dignité de légat dans tous les états de Savoie. En mai 1531, le cardinal-légat reçut de Bourg une réception triomphale et célébra une grand messe sur la place de la halle, en raison de la foule considérable venue y assister. Cependant, à la fin de l’année, la suppression de l’évêché fut décidée et, malgré la résistance des bressans, officialisée par une bulle du pape Paul III en 1534. Louis de Gorrevod dut renoncer à l’évêché bressan. C’est dans son diocèse de Maurienne qu’il fut inhumé en 1535.

280px-Pope_Julius_II Jules II (1443-1513) Guiliano della Rovere, neveu du pape Sixte IV, franciscain, évêque de Carpentras et de Lausanne, puis cardinal et archevêque d’Avignon et légat en France de 1480 à 1484. Elu pape en 1503, il travailla à restaurer la puissance politique des papes en Italie, s’alliant avec le roi de France contre les Vénitiens, puis avec l’empereur, les rois d’Aragons et d’Angleterre contre le roi de France. Soucieux de se ménager l’alliance du duc de Savoie, « portier des Alpes », et de l’empereur, il accepta bien volontiers d’accéder au désir de Marguerite d’Autriche de faire édifier à Brou un couvent et une église à la mémoire du duc Philibert. C’est pourquoi dans deux bulles de 1505 et 1506, il autorisa le transfert de la cure et la paroisse à l’église Notre-Dame. Protecteur des arts, il fit reconstruire la basilique Saint-Pierre de Rome dont il posa la première pierre en 1506. Il commanda à Michel-Ange les peintures de la chapelle sixtine et la statue de Moïse destinée à son tombeau. A la fin de sa vie, il posa pour Raphaël ; son portrait est au musée des Offices de Florence.

Loys van Boghen (1470-1540) Né à Bruxelles dans une famille de maîtres-maçons, Loys van Boghen a travaillé sur plusieurs chantiers importants de sa ville natale. En 1515, il est nommé maître-ouvrier des maçonneries du prince, en Brabant et dans les pays d’Outre-Meuse. Envoyé dès 1512 à Brou par Marguerite d’Autriche, il établit les plans de l’église et en assure le chantier jusqu’à la fin, c’est-à-dire après la mort de la princesse. Quand en décembre 1514, les voûtes en construction de Notre-Dame s’effondrèrent, les habitants de Bourg décidèrent de faire appel à « Maître Louis de Brou ». Et par la suite, il fut consulté dans toutes les circonstances difficiles. C’est ainsi qu’en 1516, il signala la nécessité de réédifier deux piliers sous peine de voir s’écrouler le bâtiment et il autorisa la ville à utiliser pour cela la pierre de Ramasse jusque là réservée à Brou, disant qu’il avait plaisir à être agréable à la ville et à l’Eglise. En reconnaissance, Bourg lui offrit un tonneau de vin.