N – MISSIONNAIRES DE L’AIN AUX XIX° ET XX° SIECLES

Missionnaires Spiritains – Frère Charles Morel (1880-1907)

Charles-Claude Morel était venu, par sa naissance le 4 décembre 1880, apporter la joie au foyer de ses parents, honnêtes cultivateurs du village de Rignat.

Une enfance pieuse et de bonnes dispositions. Dès qu’il fut capable de lire, le curé de Rignat lui mit entre les mains des publications pieuses : l’Almanach des Missions catholiques et les Annales de la Propagation de la Foi. Le jeune Charles admirait l’héroïsme des missionnaires, et les récits des missions d’Afrique faisaient sur lui une impression particulière. Pourtant, il ne songea pas d’abord à la vocation apostolique. Son ambition première le portait vers la construction de machines : tout enfant, il ne rêvait que grands coups de marteau sur une enclume, qu’habiles manipulations d’outils divers qui transformeraient, sous ses doigts, des blocs de métal en pièces bien forgées, bien ajustées, dans quelque puissante machine à vapeur… Il le pensait si fort, qu’un jour il le dit tout haut : « Monsieur le Curé, je serai forgeron ou ferblantier ! » Malgré cette déclaration catégorique, le digne curé, constatant l’intelligence de Charles et son heureux caractère, le décida à commencer les études secondaires et le plaça dans une sorte d’école apostolique, à l’orphelinat de Seillon, près de Bourg-en-Bresse. Le supérieur de cet établissement, satisfait des progrès du nouvel écolier, le fit admettre au petit séminaire de Meximieux, en 1896-97. Durant cette année scolaire et la première moitié de la suivante, il fut classé parmi les meilleurs élèves à tous les points de vue. Malheureusement, à Pâques 1898, une grave maladie vint diminuer la faculté du jeune homme pour le travail littéraire : il ne put jamais reconquérir les premières places dans sa classe.

La maladie et les difficiles années de formation à Seillon. Trouvant sa mémoire comme paralysée, Charles prit les études en dégoût : il les continua jusqu’à la philosophie inclusivement, faisant ses devoirs un peu vaille que vaille, et s’occupant autant qu’il le pouvait de mécanique. Les machines lui trottaient dans la tête plus que jamais. Inventeur plus ou moins habile, il combinait certains plans, au cours de l’année scolaire, et s’efforçait de les réaliser pendant les vacances, en construisant à la forge de l’orphelinat de Seillon les appareils ruminés dans son imagination. Aucun document n’atteste que Charles Morel ait produit alors quelque merveilleuse machine ! Mais son travail à la forge et à la ferblanterie, pendant les vacances de sept années scolaires, sous les yeux et avec les conseils d’un homme qui s’entendait au métier de mécanicien, joint aux notions de mécanique qu’il puisa dans la lecture de certains livres, lui procura des connaissances pratiques assez étendues pour qu’on lui laissât parfois conduire, à l’orphelinat de Seillon, les machines de cet établissement : pompe à vent, machine à vapeur, générateur d’acétylène.

L’orientation chez les Spiritains (1900) – M. l’abbé Rampon, supérieur de l’orphelinat de Seillon, demanda, au cours de l’année 1900, à Charles Morel, qui terminait sa philosophie universitaire, ce qu’il voulait devenir : fallait-il négocier son entrée au grand séminaire du diocèse ? Le jeune homme répondit qu’il préférait entrer dans la congrégation du Saint Esprit et qu’il avait ce désir depuis trois ans. Cette détermination s’était formée en lui un jour où, ennuyé plus que d’habitude pour retenir sa leçon d’histoire, il avait pris un numéro des Annales de la Propagation de la Foi, contenant une lettre du P. Olivier Allaire, de la mission de l’Oubangui. Le missionnaire racontait comment, à Brazzaville, avec l’aide d’un Frère, il était parvenu, au prix de grandes peines, à mettre en place, ajuster, fixer les différentes pièces du Léon XIII, bateau à vapeur de la Mission. Ce fut un trait de lumière pour lui. « Aussitôt, raconte-t-il lui-même, tous mes souvenirs d’enfance reviennent à mon esprit : l’Afrique, les Noirs, des Frères missionnaires, des machines à vapeur, ma mémoire qui ne voulait plus rien apprendre ! Pourquoi n’irais-je pas en Afrique ?… Je serai Frère du Saint Esprit et du Saint Coeur de Marie ».

Frère Charles fait profession en Algérie à Misserghin (1902) – Charles Morel entre cependant au noviciat des clercs, à Orly, le 6 octobre 1900. Tout en s’acquittant avec soin des devoirs d’un bon novice, il arrive vite à se dire qu’après le noviciat, cinq années d’études lui resteront à faire, s’il veut se dévouer comme prêtre au salut des âmes. Combien ce délai paraît long au zèle qui le dévore ! Et puis, la difficulté des études l’effraie et le rebute un peu. Il en revient à sa première idée, et demande à prendre place parmi les aspirants Frères, afin de pouvoir devenir plus tôt missionnaire. Une décision du Conseil général fait droit à sa requête et l’autorise à passer au noviciat des Frères, à Misserghin (Algérie), sous le nom de Frère Charles. Il y prononça ses premiers voeux le 12 janvier 1902 et reçut l’année suivante son obédience pour le pays de ses rêves, le Vicariat apostolique d’Oubangui de Mgr Augouard.

Au Congo : il conduit le vapeur entre Kinshasa et Brazzaville – Le 3 août 1903, il s’embarquait, à Oran, pour Loango et Brazzaville. A son arrivée, il est affecté à la ferblanterie et aux fonctions de sous-économe. Un peu plus tard, le voilà mécanicien du Diata-Diata. Conduire se bateau à vapeur était un emploi modeste, mais exigeant beaucoup de dévouement : le plus souvent, en effet, il se contentait de traverser le Pool, pour transporter de Kinshasa à Brazzaville les matériaux et denrées nécessaires à la communauté. Entre temps, Frère Charles s’ingéniait à réparer des instruments divers, depuis les plus humbles ustensiles de ménage jusqu’aux pièces délicates comme montres et réveils. Que d’objets sont sortis rajeunis des mains habiles de ce mécanicien, toujours occupé à s’employer de son mieux ! Il ne rechignait à aucune besogne qu’il pût accomplir au profit de sa Mission. Pendant qu’il s’efforçait ainsi de rendre service aux uns et aux autres, la douceur et la gaieté de son caractère, qui lui avaient gagné toutes les sympathies en France, ne se démentaient point sur cette terre d’Afrique, où les rayons d’un soleil implacable mettent, assez souvent, une vivacité quelque peu chagrine et désagréable dans les caractères les mieux faits.

Son retour en France puis en Algérie : son décès à Misserghin (1907) – Le F. Charles était ennuyé, mécontent d’une seule chose : de la fièvre, à laquelle il ne pardonnait pas de l’abattre, parfois pour une dizaine de jours. Au bout de deux ans de séjour au Congo, il dut revenir en France, en septembre 1905, pour y chercher de nouvelles forces et une meilleure santé. Un séjour au sein de sa famille n’amena pas d’amélioration ; au contraire, il y gagna un commencement de bronchite et un redoublement de ses douleurs d’estomac. On l’envoie alors à Misserghin, dernière chance à tenter pour le sauver. Le 18 novembre 1907, il demanda l’extrême-onction et l’indulgence de la bonne mort ; il participa aux prières et s’éteignit doucement, laissant sa dépouille mortelle en garde à cette terre d’Afrique, à laquelle il avait depuis longtemps donné son coeur.