L – MISSIONNAIRES DE L’AIN AUX XIX° ET XX° SIECLES

Nous faisons une petite pause dans l’évocation des grands instituts missionnaires qui ont attiré des vocations de chez nous. Il y a eu aussi de simples prêtres diocésains, Fidei donum avant la lettre, partis notamment aux Etats Unis d’Amérique au cours du XIX° siècle. L’un d’eux, Joseph Crétin, originaire de Montluel et ancien curé de Ferney, était parti, avec son ami Matthias Loras qui devint évêque de Dubuque. L’abbé Crétin fut lui-même nommé évêque du nouveau diocèse de Saint Paul de Minnesota, détaché du diocèse de Dubuque. C’est Mgr Devie qui l’ordonna évêque à Belley et Mgr Crétin repartit dans son diocèse en emmenant avec lui 5 prêtre du diocèse de Belley qui rejoignaient les 3 autres qui s’y trouvaient déjà. Il vaudrait la peine de mettre en lumière le rôle du diocèse de Belley dans l’évangélisation de cette vaste région des Etats-Unis. Voici, en tout cas, une aventure missionnaire vécue et racontée par l’un d’entre eux, le Père Goiffon.

L’histoire d’un « dur à cuire » – Joseph GOIFFON était né à Saint Etienne sur Chalaronne le 3 mars 1824. Après ses études au grand séminaire de Brou, il fut ordonné prêtre en juillet 1852 et nommé vicaire à Meximieux. Il exerça durant cinq ans le ministère dans cette paroisse mais, désireux de gagner à Jésus-Christ un plus grand nombre d’âmes, il partit en 1857 pour l’Amérique et se consacra aux missions du Minnesota. Le champ assigné à son zèle s’étendait alors à 496 milles vers le nord-ouest jusqu’au Fort Garry, point de départ du lac Winniped. Il se mit à l’oeuvre ; mais le second hiver, celui de 1858, faillit lui être fatal. Laissons-le raconter lui-même, dans son style pittoresque, cette extraordinaire aventure, comme il l’a fait à l’abbé Klein (L’Amérique de demain) : « Le P. Ravoux m’écrit d’aller le voir à la fin de l’hiver. Je lui réponds que nous avons reçu avis de toutes les nations Sioux que nous les rencontrerons dans la grande prairie, parce qu’il y aura une guerre avec les Sauteux. Alors, je ne pars qu’au milieu d’octobre pour aller à Fort-Garry et voir quelques missions indiennes sur la route. Nous étions quatre ou cinq avec une bonne tente qu’on menait sur un char. Comme on passait à trente milles de St Joseph, un peu avant la Toussaint, je veux y donner la messe. Les autres ne veulent pas me suivre parce qu’il y a du blizzard (forte tempête de neige). Alors je pars seul à cheval, pensant qu’ils viendraient. Les deux premiers jours, cela marcha bien ; on couchait dans le bois. Mais je veux prendre un raccourci à travers la prairie et je perds mon chemin. Le blizzard devient si violent que je ne peux plus avancer. Je m’enferme dans ma peau de buffle et me blottis contre le cheval, la tête sur ma selle et je m’endors. Je me réveille couvert de neige et je me rendors ; quand je me réveille, mon cheval est mort. J’essaie de bouger, je ne peux pas et je me rendors. Je ne sais pas au juste ce que cela a duré. Je dormis tout le temps et je ne souffrais pas : je ne savais pas que j’étais gelé. Une fois j’essaie de prendre mon crayon pour marquer mes messes pour quand on me trouverait mort, mais je n’y réussis pas, je retombe dans le sommeil et le lendemain je me réveille bien étonné de n’être pas mort. Alors je dis au bon Dieu : Je ne veux pas mourir ici pour telle et telle raison, et je promets dix messes. Puis, je dis à mon ange gardien : Toi, va me chercher quelqu’un pour demain. Je me traîne enfin vers mon cheval ; avec mon couteau je perce la peau sous les épaules et j’en mange un bon morceau, je me rendors à peu près toute la nuit. Sur les huit heures du matin, je regarde si mon ange gardien a fait son ouvrage. Je vois dans la prairie un jeune homme. J’appelle ; il se sauve, croyant que c’était un loup. Je crie mon nom ; il vient enfin avec un autre. C’étaient deux de mes compagnons. Ils me roulent dans une couverture et m’expédient à Pembina, puis en voiture à Fort Garry. Je ne souffrais toujours pas ». – Le plus dur, c’est le dégel ! « Ce qu’il y a de dur, c’est le dégel. Au bout de dix-huit jours, mes pieds commencent à se fendre et alors je souffre horriblement. La mission m’envoie chercher. A l’hôpital, on me coupe la jambe, je ne m’attendais pas à cela. Je me croyais sauvé : ils me coupent la jambe ! On n’en coupa tout de même qu’une parce qu’on me trouvait trop faible. J’étais logé dans la maison de Monseigneur. Au bout de huit jours une artère se brise et je perds tout mon sang. On me croit si bien fini que le menuisier commence mon cercueil et que la bonne Soeur fait faire des chandelles pour mon enterrement. Voilà que le suif saute sur le poële et met le feu. En une heure, l’évêché et la cathédrale, qui étaient en bois, tout est brûlé. Moi, j’étais dans une petite chambre, j’entends : au feu ! Je vois la fumée. Des gens crient : Sauvons le P. Goiffon. Je réponds : Sauvez autre chose. Mais ils ne m’écoutent pas ; ils me posent sur le trottoir puis me transportent chez les soeurs. Au bout de huit jours, j’attrape une nouvelle hémorragie. Je reçois l’Extrême Onction. On me croit mort : pas du tout, je me remets. Seulement au bout d’un mois on me coupe les doigts du pied gauche. C’est tout ». – Privé de son pied gauche et de sa jambe droite, ce vaillant dut se mettre au régime des jambes de bois. Il les confectionnait lui-même et il se refusa toujours à tout autre système même perfectionné, tenant sans doute suivant la spirituelle remarque de M. Klein, à rester le vrai type de ce qu’on appelle aux Etats Unis le « self made man », l’homme qui se fait lui-même… moyennant la Miséricorde. Mais quelle flamme intérieure ! (d’après Bulletin Gorini n°45, janvier 1920).

Le P. Joseph Giraudet (1913-1986) – Joseph naquit le 22 mai 1913 à Saint-Etienne-du-Bois. Fils unique, il ne connut jamais son père, tombé au front au début de la guerre de 1914. Sa mère, une excellente personne, en a courageusement assumé les conséquences. Elle dut abandonner la ferme qu’elle occupait et gagner sa vie comme journalière chez le curé de Champfromier. On comprend que ce fut un grand sacrifice pour elle de laisser partir son fils chez les Pères Blancs après ses études secondaires à l’Ecole Saint Nicolas à Bourg. – Le trésor du futur missionnaire. Sa mère n’aurait certainement pas eu les moyens de lui faire donner une éducation scolaire au delà du strict minimum. Mais alors que Joseph était gamin et qu’il se promenait dans le bois avec un de ses petits camarades, ils remarquèrent une taupinière qui bougeait et dont sortait quelque chose de brillant. Ils virent que c’était une pièce de monnaie qui en sortait. Fouillant le petit tas de terre fraîchement remuée, ils trouvèrent plusieurs pièces d’or. Ils allèrent chercher une pioche et munis de cet outil, ils découvrirent tout un trésor. Ce fut grâce à cette trouvaille que Joseph et sa mère évitèrent la misère et qu’il put faire normalement des études qui lui permirent d’entrer au séminaire. Il était très conscient de ce signe de la Providence qui lui avait permis de suivre sa vocation. – La première formation révèle sa générosité et son sens pratique. Joseph entra donc au séminaire de Kerlois en septembre 1930 et se rendit deux ans plus tard au noviciat de Maison-Carrée où il reçut l’habit le 8 octobre 1932. C’était un bon sujet, fort apte aux travaux manuels. Malgré une certaine timidité, il arrivait à se mettre rapidement à l’aise avec tous ses confrères et il montrait un grand dévouement pour rendre service partour où il le pouvait. Mais ce désir de bien faire et son application constante eurent une influence négative sur sa résistance physique et il fut obligé de quitter le noviciat le 10 janvier 1933 à cause de maux de tête constants. Il alla se reposer au Domaine St Joseph à Thibar et dix mois plus tard, quand ses nerfs se furent un peu calmés, il se rendit au scolasticat de Carthage pour y faire sa première année de théologie. L’année suivante, 1933-1934, il fit son service militaire dans un Régiment de Zouaves à Tunis et cela lui fit le plus grand bien. Il acquit une plus grande assurance et un esprit plus reposé. – La poursuite des études jusqu’à l’ordination (1935-1939). C’est avec confiance qu’il retourna en octobre 1935 au noviciat de Maison Carrée. Mûri par l’expérience, il s’y engagea avec plus de prudence en tenant davantage compte de ses possibilités. Même ainsi il fut un modèle pour tous, grâce à sa générosité tenace et à son bon sens pratique. A la fin du noviciat, il retourna en Tunisie pour achever ses études de théologie. Il prononça son serment à Thibar le 28 juin 1938 et fut ordonné prêtre à Carthage le 25 mars 1939. Quoique sujet à des maux de tête, grâce à son sérieux et à son application, il avait obtenu de bons résultats. En particulier, il se dépensait beaucoup pour les travaux manuels. A Thibar, il avait proposé lui-même la réfection des tombes au cimetière et en avait dirigé les travaux. Il avait en outre préparé une clôture pour ce même cimetière. A Carthage, il avait fait preuve de savoir-faire à la reliure et s’était acquitté soigneusement de sa tâche de cérémoniaire. – Première mission en Guinée : Siguiri et Dabadugu (1939-1943). Après son ordination, le Père Giraudet fut nommé à la Préfecture Apostolique de Nzérékoré en Guinée. Il s’embarqua le 16 août 1939 à Marseille. Après un voyage rapide, il arriva à Bamako, mais tandis qu’il y attendait un bateau pour se rendre à Kankan, il reçut sa feuille de mobilisation le 1° septembre. Le 21 octobre 1939, il partit à Siguiri, une mission de Nzérékoré, en « affectation spéciale ». Il s’y mit à l’étude du Malinké. Il séjourna aussi à Konakry et ensuite à Kayes (Mali). Le 4 septembre 1940, il fut démobilisé et retourna à la mission de Siguiri. Le 7 octobre 1941, il passa au poste de Dabadugu, un autre poste en Guinée, assez proche de Kankan. L’Islam y exerçait une forte influence et partout il y avait des mosquées dans les très nombreux villages du territoire. Par contre les catholiques étaient assez rares. Le peu d’arabe que le Père Giraudet avait appris en Afrique du Nord lui venait à point. – Aumônier militaire et blessé de guerre (1943). Mais la guerre continuait et le 15 mars 1943 le Père Giraudet fut de nouveau mobilisé. Abec le grade de sergent-chef, il devint aumônier auxiliaire du 4° RTS. Il passa par Dakar, Casablanca et l’Ile de Corse avant de participer au débarquement à l’Ile d’Elbe. Au cours des opérations, il se dévoua sans compter pour apporter aux blessés le réconfort de sa présence. Le 17 ou le 18 juin 1944, il fut lui-même grièvement blessé aux côtés du Chef de Corps, au cours d’une reconnaissance en toute première ligne. Un éclat d’obus lui avait brisé la jambe au-dessus du molet. Etant resté longtemps sur le terrain, il avait perdu beaucoup de sang avant qu’on put l’amener à un poste de secours. De là il fut envoyé dans un hôpital en Afrique du Nord, puis en France. Finalement, en septembre 1943, le Père Giraudet put retourner en Guinée, à Dabagudu. – La fierté du missionnaire quand on charge l’âne ! En 1945, il devient supérieur à Siguiri et dut faire face à un manque de personnel. En outre, il avait toujours des ennuis avec sa jambe, surtout pour les longues tournées. A la fin de 1946, on lui confia, en plus de la paroisse, la direction de l’école des catéchistes du pays malinké. C’était beaucoup, mais il trouva encore le moyen en mars 1949 de célébrer dignement le 25° anniversaire de la mission de Siguiri et il y invita les anciens du poste. – Congés en France : secrétaire provincial (1950). En septembre 1949, il prit le bateau pour aller en bongé. Le bon air des montagnes et son séjour près de sa mère à la cure de Champfromier lui permirent de récupérer. Mais à la mi-janvier 1950 il fut appelé à la Maison provinciale, rue Friant à Paris, pour y travailler comme secrétaire provincial. Ce travail de bureau n’était pas une détente pour quelqu’un qui avait été habitué pendant dix ans à la vie active en plein air. A cette époque il trouva le temps pour travailler aussi à un dictionnaire malinké et à une Vie de N.S.J.C. également en malinké. A l’occasion de sa grande retraite, une pleurésie se déclara et il dut rester à Maison-Carrée jusqu’à la fin du mois, avant de pouvoir retourner à son poste à Paris. Mais ce travail de bureau ne lui convenait guère puisqu’il avait toujours tendance, comme au temps de sa formation, de faire du surmenage. – Nouvelles missions au Mali : Sikasso, Diou, Kimparana. En décembre 1951, le Père Giraudet fut envoyé en Afrique Occidentale. Il fut nommé à Sikasso, et un an plus tard, le 8 décembre 1952, il devint supérieur de ce poste central del a Préfecture. En janvier 1953 on fit appel à ses compétences dans le domaine matériel lors de la fondation de la mission de Diou. Ce travail terminé, il devint supérieur à Kimparana, à la fin de l’année. Une bonne année plus tard, en février 1955, il retourna à Sikasso comme procuruer (économe général) de la Préfecture. Monseigneur de Montclos, qui jusqu’alors avait exercé lui-même cette charge, était tout heureux d’avoir trouvé quelqu’un qui pût le libérer des affaires matérielles. Très actif et habile pour le matériel, le Père Giraudet avait par contre tendance à considérer tout ce dont il devait s’occuper, comme sa chose à lui, mais tous devaient reconnaître qu’il était un homme sérieux, qui travaillait fort et sur qui on pouvait compter. En mars 1957, il fut nommé Vicaire Délégué et il dirigea la Préfecture durant le congé de Mgr de Montclos. Quand ce dernier revient, il demeura Vicaire Général. – Congés en France (1962-1964) : Scolasticat de Vals. Le Père Giraudet lui-même partit en congé en avril 1962. Pour sa santé surmenée, il valait mieux rester un certain temps en France. En septembre 1962, il fut nommé au scolasticat de Vals qui allait s’ouvrir. Sa présence fut très appréciée. Il y demeura encore durant la période de l’installation d’une centaine de scolastiques et se rendit alors à Bussières pour prendre un temps de repos. – Nouvelles missions au Mali : Kati, Kolobani, Koulikoro (1964-1978). Contrairement aux prévisions pessimistes, il se remit et repartit au Mali en juillet 1964. Nommé curé d’abord dans la paroisse de Kati (archidiocèse de Bamako), la charge devenant trop lourde pour lui, le 1° octobre 1966, il fut envoyé à la paroisse de Kolokani : l’Islam y était bien installé. En ville, il n’y avait pas d’école de la mission et peu de baptisés. Cette mission toute neuve, fondée en 1965, était très calme et cela permit au Père Giraudet de se reprendre un peu. Les nominations se succèdent : curé par intérim de Ouolosse-gougou puis responsable de Kolokani. En 1970, on lui confie la construction du séminaire de Koulikoro dont il devient économe. En septembre 1970, on fait de nouveau appel à ses compétences pour aménager le poste de Bamako-Badalabugu, où il devient vicaire. De 1975 à 1977, le Père Giraudet exerce les fonctions d’économe général de l’archidiocèse de Bamako. Ses aptitudes pour l’économat l’ont aidé à remettre de l’ordre dans les affaires et à établir une saine comptabilité. – Le tempérament du missionnaire. Il a toujours fait preuve d’une grande disponibilité, mais il demeurait enclin à travailler seul et même à se détendre seul (la pêche). Il ne fut jamais désemparé, malgré les contradictions et une santé plutôt chancelante. Chaque fois qu’il rentrait en congé, il était tellement maigre et épuisé qu’on doutait d’un retour éventuel en Afrique. Mais chaque fois il reprenait des forces. Joseph était un Père Blanc fidèle et avait un grand sens de l’obéissance. Il était agréable en communauté et intéressant en conversation ; toutefois, ayant beaucoup de savoir faire et un jugement rapide, il avait tendance à prendre des décisions sans suffisamment tenir compte des confrères. Cela n’arrangeait pas toujours les problèmes et provoquait parfois des réactions et parfois aussi un changement de poste ! – Les dernières années de mission (1978-1985). A son retour en Afrique Occidentale en janvier 1978, le Père Giraudet devint vicaire à San et quelques mois plus tard économe du diocèse. La pastorale en cette ville se faisait en Bambara et il pouvait aussi rendre service utilement. Sa santé restait faible, mais il tenait le coup. Comme prévu, il quitta l’économat diocésain en 1980 et s’installa au Centre de Formation Rurale à Ke Koni. Il y fut très apprécié comme aumônier des Frères du Sacré Coeur et des religieuses et, en plus, il fit bénéficier les populations des villages environnants de ses dons de sourcier. Au départ des Frères, il assura la survie du Centre. – Le grand passage. Malgré la faiblesse de sa santé et sa blessure de guerre, le Père Giraudet a tenu jusqu’à 72 ans en Afrique. Il dut quitter le Mali pour raisons de santé en novembre 1985. Il fut nommé à Bry-sur-Marne et il n’y passa que quelques mois. A son arrivée, on savait que son cancer était très avancé et pratiquement sans espoir sur le plan médical. Lui-même en avait conscience et il a été possible de lui en parler. Plus d’une fois, il a dit : « Comme le Bon Dieu voudra… » et il mit de l’ordre dans ses affaires. Mais, comme il arrive souvent dans ces cas, il a passé ensuite par des périodes d’espoir. Bientôt les poumons furent atteints et surtout, une occlusion intestinale se produisit. Le médecin prescrivit alors l’hospitalisation. Avant son départ, le Père Giraudet accepta très volontiers le sacrement des malades. Le Père Giraudet est mort à l’hôpital le 17 novembre 1986 à 22h. Sa famille n’avait pas pu faire le voyage pour assister aux obsèques, mais sa famille père blanc était bien présente par une quarantaine de confrères. Nul doute qu’il intercède maintenant pour la Mission où son coeur était resté.

Le P. Henri Genevois (1913-1978) – Henri est né le 8 juillet 1913 à Bourg-en-Bresse. Il n’a jamais connu son père porté disparu au Fort de Douaumont, le 11 novembre 1916. Sa mère assura seule son éducation. Henri a toujours eu pour elle une profonde affection, tout en regrettant de sa part un attachement tros exclusif et exigeant. Très tôt il connut la souffrance et la pauvreté. Pendant un séjour de sa mère à l’hôpital de Belley, il connut même la dureté de l’orphelinat, « véritable bagne, sans amour ni donné, ni reçu », devait-il écrire. Toute cette première enfance explique son besoin d’affection, de compréhension, et la vivacité de ses réactions devant les moindres indélicateses… En 1926, sa mère entrait au service de Monsieur l’Abbé Nogère, curé de Loisy. – L’un des 148 novices de la Maison Carrée en 1935… Le jeune Henri s’ouvrit à ce saint prêtre de son désir de vie missionnaire et, en septembre 1927, il commençait ses études secondaires à Saint Laurent d’Olt. Le 5 octobre 1935, il reçut l’habit à Maison-Carrée. Ce fut l’avant dernier noviciat international dirigé par le Père Betz… Avec 148 novices, le grand bâtiment de Sainte-Marie était trop petit ! Puis, ce fut le service militaire, le scolasticat de Thibar et la mobilisation en semptembre 1939. Revenu à Thibar au mois d’août 1940, Henri y prononça son serment le 26 juin 1941 et y fut ordonné prêtre le 18 avril 1942. Pour ses confrères, Henri était un homme délicat, méticuleux dans son travail, un peu scrupuleux même, préoccupé de son progrès spirituel. Très tôt, il manifesta son intérêt pour l’apostolat en milieu musulman. Il se mit à l’étude de l’arabe et on le vit suivre les cours d’Ecriture Sainte avec une Bible en arabe. En juin 1942, il notait : « Avec un de mes confrères, que j’ai réussi à convaincre, nous demandâmes la Kabylie et notre demande fut acceptée ». Comme argument convaincant, il avait fait valoir la difficulté de la langue et le peu de volontaires ! – L’apprentissage du kabyle, malgré la guerre et la maladie (1942-1949) : Au mois de septembre 1942, le Père Genevois se trouve à Ouaghzen pour le cours de langue. Les leçons furent vite interrompues par le débarquement américain en novembre 1942 et la mobilisation en mai 1943. Affecté dans les services auxiliaires à cause de sa santé plutôt faible et de ses crises de foie fréquentes, il participa aux campagnes d’Alsace, d’Allemagne et d’Autriche. Il fut démobilisé le 7 décembre 1945. Le voilà de nouveau au Centre de langue de Ouaghzen. Particulièrement doué pour l’étude du kabyle, il avait le contact facile avec les gens, il aimait causer avec eux ; ce qui facilitait ses recherches. Rapidement il mania le kabyle avec aisance et, grâce à la couleur de son teint, il passait souvent pour quelqu’un du pays. En juillet 1947, le Père Genevois termina l’étude de langue à Ouaghzen et fut nommé à Taguemont Azouz. Il eut à s’occuper de l’économat, malgré une aptitude limitée pour le matériel et pour la cuisine. Son cuisinier n’avait que 13 ans et le budget était dérisoire ! Mais il s’y mit de bon coeur et rassasia ses confrères de lentilles ! – L’apprentissage de l’arabe littéraire et l’enseignement du kabyle : En 1949, Henri vint à La Manouba, en Tunisie, pour étudier l’arabe littéraire. Il y fit merveille ; ses progrès furent rapides. L’année suivante, il fut chargé d’enseigner la langue kabyle aux jeunes confrères nommés en Kabylie. Durant sept ans, de 1950 à 1957, il fut un professeur exigeant pour lui-même et pour ses élèves, les initiant à la langue, aux coutumes, aux proverbes, aux fables, soucieux de les familiariser à cette culture kabyle si riche : « tâche emballante, à laquelle je me donnais à fond, mais qui me réserva beaucoup de souffrances et des heures de total découragement ». La valeur de ces nombreuses enquêtes sur le milieu, la famille, les traditions… montre que le Père Genevois avait le contact facile. Sa simplicité, sa franche gaieté dans les rapports gagnaient la confiance. Les gens se sentaient compris, aimés et ils devinaient toute l’affection vraie qui le poussait à faire ce travail de recherche. – Collaboration au « Fichier de Documentation Berbère » : A partir de 1955, la contribution du Père Genevois à la rédaction du « Fichier de Documentation Berbère » devient régulière. Dès 1947, il y avait collaboré occasionnellement. Le P. Lanfy, qui l’a bien connu et a travaillé avec lui, caractérise ainsi sa méthode : « Le Père Genevois attendait de la connaissance précise de ces dialectes qu’ils lui soient l’outil de contact avec les habitants du pays où il vivait ; mais il sut noter avec précision les données spontanées, orales, qu’il relevait. Il appartenait à une équipe dirigée par le Père J.-M. Dallet. Celui-ci se voulait modeste et exact documentaliste, au service des spécialistes qui n’ont pas les moyens de ce contact long, patient, avec la réalité vivante ». Dans la notice qu’il écrivait en 1972 à la mémoire du Père Dallet, le Père Lanfy notait : « Mon compte-rendu serait injuste et bien incomplet si ne ne mentionnais l’apport considérable que le Père Henri Genevois a assuré au Fichier, de très bonne heure, et de plus en plus, au point de mériter vers les dernières années de pouvoir être considéré comme co-éditeur. Ses contributions concernaient spécialement l’ethnographie et la psychologie sociale, avec plusieurs monographies de villages. Elles ont pris place dans les volumes de la collection dite des Publications de Documentation Berbère ». La liste des publications du Père Genevois est longue et couvre plusieurs pages dactylographiées. – Supérieur à Djema Saharidj (1957-1960) : De 1957 à 1960, faute d’élèves, le Père Genevois est nommé supérieur à Djema Saharidj, en pleine période d’activité du Front de Libération Nationale (FLN). La vie des Pères, des religieuses et des coopérants était en danger. Le supérieur sut se dépenser au service de tous ceux qui sollicitaient son aide. Dans des circonstances difficiles, avec l’aide de ses confrères, il sut préserver la neutralité qui était de mise. En mai 1958, il recevait ce billet du Colonel Amirouche : « Merci de votre neutralité, si conforme à l’attitude de l’épiscopat d’Afrique ». Toutefois, cette situation tendue pouvait détraquer les nerfs les plus solides ! Pour Henri, déjà inquiet par tempérament, c’était vraiment trop demander. Il note en 1960 : « N’ayant pas la patience nécessaire, ni l’égalité d’humeur requise, je rendis mon tablier… » et il se remit à enseigner à Beni Yenni. De 1963 à 1970, il résida à Ouaghzen – mais avec de fréquentes échappées – de 1973 à 1976 à Azazga. Les coopérants trouvaient auprès de lui une documentation inépuisable ; il était vraiment intarissable sur les us et coutumes des Kabyles. – Les dernières années – premier bilan d’une vie donnée : Dans les dernières années de sa vie, le Père Genevois dut revenir plusieurs fois en France pour aider sa mère dans ses différents déplacements nécessités par sa santé et son grand âge. Lorsque sa mère est décédée en avril 1977, il n’a pu assister à son enterrement étant lui-même en convalescence à Alger. La même année, il fut nommé en France et s’établit à Bry-sur-Marne. Le 26 novembre 1977 il s’est rendu à Billère (Pau) et c’est là qu’il fut terrassé par un infarctus le 20 janvier 1978. Le Seigneur lui a évité l’angoisse d’une pénible agonie. – Le Père Genevois essayait de vivre pleinement son sacerdoce et son apostolat. Ses homélies étaient souvent vibrantes, car il savait communiquer sa flamme. Sa timidité, sa peur de l’échec, le bloquaient souvent. Il admirait sans réserve les Pères qui osaient annoncer l’Evangile ; pour lui, il en restait à la ligne de prudence qui lui avait été conseillée, mais ce lui fut une souffrance de ne pouvoir annoncer le Christ comme il l’aurait voulu. Sa dévotion à Marie était pleine de confiance. Il lui a toujours attribué sa persévérance et sa vocation. Quand il passait à Alger, il aimait monter à Notre-Dame d’Afrique pour y dire une messe. – Aucune détresse ne le laissait insensible. Il ne pouvait supporter de voir quelqu’un dans la peine. Il partageait tout, donnait tout aux déshérités. Il distribuait son argent et ses vêtements. Il ne savait rien garder pour lui. La souffrance d’un enfant lui était intolérable… il se souvenait sans doute de son passage dans l’orphelinat. Si quelqu’un manifestait le désir d’avoir tel objet ou tel livre, il se faisait un plaisir de le lui offrir. Tout y passait. En se préparant pour un congé en France, il constata qu’il n’avait plus qu’une seule chemise, celle qu’il portait. Sa logique était celle du coeur, qui a compris l’Evangile. – Ses travaux de linguistique et d’ethnographie restent le meilleur de son activité en Afrique. Ce travail avait pour lui valeur apostolique. Tous ceux qu’il approchait pour ses enquêtes étaient pour lui des frères qui lui rappelaient le Seigneur. Petit de taille, mais grand de coeur, il aura bien utilisé les talents que le Seigneur lui avait donnés. Du haut du ciel, il continuera de veiller sur les nombreuses familles kabyles qui lui sont restées profondément attachées. Son âme inquiète est totalement apaisée ; il sait et il voit désormais combien Dieu est tendresse et miséricorde.

Le P. André Assumel (1917-1988) – André est né le 28 septembre 1917 à Nantua. Son père était un petit commerçant. Il avait dix enfants, huit garçons et deux filles. André était le cinquième. Deux de ses frères, Jean (né en 1912) et Albert (né en 1915) sont devenus prêtres diocésains. Sa soeur Marie-Louise est devenue religieuse. – De Belley à Thibar : André fit ses études secondaires à l’institution Lamartine à Belley et commença en 1935 la philosophie à Derlois. En septembre 1937, il se rendit à Maison-Carrée où il reçut l’habit le 2 octobre. Après le noviciat, il fit le service militaire en Tunisie. Au début de la guerre, en 1939, il fut envoyé sur la ligne Mareth et il y apprit, en plein désert, ce qu’était la soif. En mai 1940 sa division partit en France, mais n’eut plus à prendre part aux combats. Démobilisé, André regagna le scolasticat de Thibar. Mais ses études furent interrompues de nouveau en 1942 par un rappel sous les armes qui le mena en Italie, en France et en Allemagne. Finalement, en 1945, il put regagner Thibar et y achever ses études. Il prononça son serment le 25 juin 1946 et fut ordonné prêtre le 2 février 1947. Le Père Assumel avait un excellent caractère et mettait facilement tout le monde à l’aise. Il rayonnait la joie et l’entrain. Il parlait avec force gestes et dans un style très direct et coloré. Dans ses relations, il était plein de tact et de discrétion. Bref, un homme bien éduqué dont les manières étaient empreintes de délicatesse. – Premiers ministères au Burkina : Toma et Nouna (1948-1954) : Le Père Assumel fut nommé dans la Préfecture de Nouna, l’actuel diocèse de Nouna-Dédougou, au Burkina Faso. Début 1948, il se présenta chez Mgr Lesourd qui le nomma chez les Samo, à la paroisse de Toma. Sur place, le Père Assumel se mit avec ardeur à l’étude du Samo et, grâce à son oreille musicale, il réussit à bien parler cette langue à tous et assez mélodieuse. Par contre, sa santé laissa vite à désirer. Quoique prenant régulièrement de la quinine, il eut de fréquents accès de paludisme qui l’obligeaient à modérer ses efforts et son travail. Il ne resta que deux ans à Toma (1948-50) mais il y laissa des traces profondes de son passage. A cause de sa santé, le Père Assumel fut rappelé en décembre 1950 à Nouna où l’on estimait qu’il aurait moins à se fatiguer. Il dut y apprendre une nouvelle langue, le marka, pour pouvoir travailler parmi les gens de cette tribu. Au départ du Père Pfenniger, le Père Assumel fut nommé directeur de l’école des catéchistes, située également à Nouna. Il y montra de suite des qualités d’éducateur : fermeté, virilité, sans trace de sentimentalisme. – L’animation missionnaire en France (1954-1958) : Quand il rentra en congé en décembre 1954, le Père Assumel fut retenu en France parce que sa santé était toujours déficiente. Il fut affecté à l’animation missionnaire et attaché au poste de Villeurbanne. Timide, il préférait les petits groupes aux grandes salles, mais il était très généreux et s’imposait une grande activité malgré sa répugnance. Il acceptait vraiment la volonté de ses supérieurs comme la volonté de Dieu. Il prenait grand soin de sa vie spirituelle quand il était en tournée de « propagande ». Après un terme de quatre ans à l’animation missionnaire, le Père Assumel rentra au Burkina-Faso. Mgr Lesourd qui avait apprécié ses talents d’éducateur, pensait à lui pour son futur petit séminaire. En attendant, il l’envoya comme professuer au petit séminaire de Nasso dans le diocèse de Bobo-Dioulasso, où les petits séminaristes de Nouna se trouvaient encore. André y arriva en septembre 1958 et fut chargé de la septiième. Il s’acquittait parfaitement de sa tâche mais, comme il n’était pas fort résistant, il fallait bien le ménager un peu dans la distribution des cours. – Professeur et supérieur de petit séminaire à Tionkuy (1958-1967) : Quand Mgr Lesourd put ouvrir le petit séminaire de Tionkuy en septembre 1961, il en confia la direction au Père Assumel, qui devint ainsi le supérieur fondateur de ce séminaire. Il n’avait pas le brillant d’un grand professeur, mais il avait la confiance des élèves et des Pères à cause de son bon jugement, de sa patience et de sa compréhension. Lui-même ne se surfaisait nullement et n’en revenait pas de constater que cela marchait bien. En effet, il avait eu peur en acceptant la fonction. Au fond, André était très attaché à ses séminaristes et aurait pu facilement les attirer vers sa personne. Mais il n’en fit rien. Tous étaient frappés par son désir de mener ces jeunes au Seigneur et à Lui Seul ! En commençant, il n’y avait qu’une sixième comptant une trentaine d’élèves. Les bâtiments étaient à peine terminés et il fallait encore tout organiser. Le Père Assumel s’est mis au travail avec entrain, aidé d’un Père et d’un Frère qui continuait les constructions. De cette première sixième sont sortis trois prêtres. L’année 1962 fut moins facile. On avait décidé la suppression du pré-séminaire de Nouna qui faisait fonction de 7ème. Du coup il y avait trois classes à Tionkuy : une 7ème, une 6ème et une 5ème. Ce qui triplait les effectifs. Le Père Assumel, qui a troujours eu des difficultés à s’occuper de grands groupes, se trouva submergé. Il partit en congé en juillet 1963 et fit sa grande retraite à Villa Cavaletti ; le 26 février 1964 il était de retour à Tionkuy comme supérieur et il y resta jusqu’en juin 1967. Il fut tout heureux d’apprendre qu’il avait un successeur. – Soucis de santé et activités multiples : Quand le Père Assumel revint au Burkina Faso en février 1968, il retourna à la maison de Toma où il avait commencé en 1948. Il s’y occupa principalement de la catéchèse comme vicaire jusqu’en décembre 19Il retourna alors de nouveau se reposer en France. A cause de son état de santé, il était convenu qu’il retournerait tous les deux ans afin de pouvoir tenir. En effet, il se fatiguait très vite et les contrariétés l’empêchaient facilement de se reposer. Lorsqu’il revint en décembre 1971, le Père Assumel reçut comme tâche principale d’aider le supérieur de l’école des catéchistes à Tionkuy. En plus, il donnait quelques cours au séminaire, surtout de solfège. C’était un excellent musicien. Il employait ses temps libres pour apprendre aux séminaristes comment ils devaient relier les livres. Lui-même travaillait aussi beaucoup à la reliure pour faire durer les livres usagés. – Une compétence extraordinaire pour l’alphabétisation : Au Centre de Formation pour Catéchistes, il était spécialement chargé de la première année où l’on s’occupait surtout de l’alphabétisation. Il surveillait, contrôlait et conseillait aussi les stages de ceux qui, en trois endroits du diocèse, se préparaient à entrer au Centre. Il était également le responsable diocésain des candidats au séminaire d’aînés. Passionné par ce rôle, il s’y est donné à fond pendant près de 15 ans. Il avait acquis une compétence extraordinaire pour l’alphabétisation, l’éducation et l’accompagnement de ces jeunes qu’on prenait à partir de 17 ans. Pour les suivre et les aider il a fait des milliers de kilomètres par tous les temps et par tous les chemins ! Il exigeait d’eux une activité apostolique et les aidait à se mettre au niveau de l’entrée en secondaire. Pour certains il fallait partir d’études primaires interrompues. Pour compléter ce travail individuel, il convoquait chaque année, d’habitude après Pâques, une quinzaine d’entre eux pour une session intensive de recyclage. Il donnait lui-même tous les cours à ce stage, ce qui lui permettait d’évaluer mieux un chacun. – L’accompagnement personnel des séminaristes : Tous ces jeunes à diriger vers le sacerdoce, c’était sa vie ! Il les portait dans son coeur. A preuve ce petit carnet vert qui ne le quittait jamais et que tous connaissaient et dans lequel il avait noté tous leurs noms et leur progression dans la marche vers le sacerdoce. Il avait composé toute une série de tests progressifs pour contrôler leur préparation à l’entrée au séminaire d’aînés à Dapa’on au Togo. Un jeune présenté par lui était sûr d’être admis car on avait une confiance totale dans son sérieux et son savoir-faire. Chaque année il fit ce voyage de 700 kms de Tionkuy à Dapa’on pour revoir ses candidats, pour les encourager et pour présenter des nouveaux. Il en profitait pour discuter avec l’équipe enseignante la préparation qu’il pouvait assurer aux jeunes et pour améliorer son choix. Dans son fameux carnet nous retrouvons des centaines de noms. Il en a suivi 122 pendant un an, et certains même trois ou quatre ans. Cinq de ces aînés sont déjà prêtres ; une douzaine sont au grand séminaire et les autres sont encore aux études secondaires. Tout en étant chargé de suivre ces jeunes, le Père Assumel travaillait comme adjoint du Directeur du Centre de Formation des catéchistes. Là également il réalisait un très bon travail et jouissait de la pleine confiance des élèves et du personnel enseignant. Il a établi un plan rigoureux pour l’étude du français. Les élèves appartenant à diverses ethnies ayant chacune leur propre langue, la connaissance du français était indispensable pour suivre les cours. Les directives qu’il donna aux moniteurs du Centre furent bénéfiques et les étudiants purent acquérir une connaissance suffisante du français pour profiter de la formation. – Maladie et dernier retour en France (1987-1988) : Souvent il était atteint de paludisme ; on n’est jamais parvenu de l’en libérer. Malgré cela il a toujours fait tout ce qu’il pouvait. En 1987 s’y ajoutèrent des vertiges dont on ne découvrit pas la cause. Il continua son travail et c’est ainsi qu’il est parti en mars 1987 à Dapa’on au Togo pour y porter les dossiers des futurs séminaristes. Au retour, à quelques kilomères de Ouagadougou, sa vieille voiture usée tomba en panne. Il dut prendre place sur un camion et il attrapa froid sur ce véhicule. On l’envoya à Bobo-Dioulasso pour se faire soigner et de là il partit en France le 3 avril. Eprouvé par des difficultés de marche et d’équilibre, suite à des accidents vasculaires, il était épuisé. La sensation d’instabilité le gênait beaucoup. Un mieux se fit sentir au mois de septembre et il alla s’établir dans notre communauté de Lyon. André pensait maintenant pouvoir repartir en janvier 1988 malgré ses 70 ans. Brusquement, à la mi-février cela n’allait plus. Il fut hospitalisé le 22 février avec la perspective d’une opération aux reins. Mais c’était trop tard. Il avait un cancer inopérable et il est mort le 1et mars 1988 à l’hôpital de Lyon. Le Père Assumel fut enterré à Nantua, son pays natal, non loin de ses parents. Six Pères Blancs étaient là, dont trois de Nouna, avec la famille et les connaissances. Son corps, si éprouvé par la chaleur tropicale, a été déposé sous la neige, dans l’attente de la résurrection. – La délicatesse de l’homme, la piété du prêtre, le zèle de l’apôtre. Les qualités les plus marquantes d’André furent sa simplicité, sa délicatesse, sa modestie, son sens du devoir, son courage, sa franchise, mais surtout sa piété sérieuse et discrète. Le soir, on le rencontrait égrenant son chapelet qui se trouvait toujours près de son lit. Le Père Assumel a passé toute sa vie à chercher des apôtres et à les former. On était plein de respect pour lui, si simple, si calme, si effacé et par-dessus tout si zélé. Il était soucieux du travail bien accompli et aimait rendre service. Après avoir tout quitté, il s’est trouvé avec une multitude de frères, de soeurs, de fils et de filles dans la grande communauté de Tionkuy où il y vécu près de 25 ans comme un grand-père dans la discrétion et la foi. Il s’est donné pour ses frères africains et était devenu un des leurs. Il a beaucoup travaillé au service du Seigneur, d’une manière humble et efficace.

Le P. François Jacques (1916-1998) – François Jacquet est né à Magnieu, le 4 juillet 1916. Son milieu était modeste, celui de la petite agriculture. François suivit les cours primaires à l’école communale du village. Il fit le cycle secondaire à l’Institution Lamartine, à Belley. Il apprenait facilement et après le baccalauréat, il demanda à entrer chez les Pères Blancs. Il fit d’abord les deux années de philosophie à Kerlois (1915-1937) puis il entra pleinement dans le travail de formation du noviciat (1937-1938). Il savait mettre de l’entrain et de la gaieté dans les groupes. Doué pour le travail intellectuel, le travail manuel ne lui faisait pas peur, y compris les gros travaux. Sa vie spirituelle gagnait en profondeur. – Les années de formation jusqu’à l’ordination : Au bout de deux années de théologie à Thibar, 1940-1942, il est mobilisé lorsque reprend la guerre en Afrique du Nord, avec le débarquement et la poursuite des opérations en Europe. François est sous-officier dans les transmissions. Il obtient une citation à l’Ordre de la Division pour sa conduite au feu et l’exemple qu’il donne à ses subordonnés pour les entraîner. Après cet intermède guerrier, il peut rejoindre le scolasticat pour les deux dernières années de théologie, 1945-1947 : intelligence déliée, facilité d’expression, sans oublier l’imagination ni la mémoire. Tous ces dons naturels, François les cultivait en fonction de son avenir missionnaire. Le moment venu, il demanda la mission musulmane, de préférence au Sahara. Il ajoutait avec humour : « Si je devais être professeur (Quod Deus avertat !!!), j’ai peu de goût pour la philosophie et la théologie. Par contre, je suis à l’aise en Lettres et en Sciences, mais je préfère beaucoup ces dernières ». François prononça son serment le 25 juin 1946, à Thibar, où il fut ordonné prêtre le 2 février 1947. – Professeur et journaliste (1947-1958) Lui qui ne désirait guère être professeur, se retrouva pour trois ans, professeur à Bonnelles (1947-1950). Il fut chargé aussi de l’économat, poste pour lequel il n’était pas fait. Il assurait aussi du ministère à l’extérieur : prédication, catéchismes. Il a bien réussi dans le ministère et il s’est révélé un bon professeur. Très sensible, malgré une apparence décontractée, il souffrait quand il avait l’impression de ne pas être compris. Quant au travail, il s’y donnait à fond, et se fatiguait nerveusement. Il était temps pour lui d’avoir un changement. En septembre 1950, il fut envoyé à Lille pour y suivre des cours à l’Ecole Supérieure de Journalisme. Il fait aussi un stage à « la Bonne Presse » à Paris, avant d’aller à Dakar pour le journal « Afrique Nouvelle ». Il devrait rester dans ce poste de novembre 1951 à août 1958. Il a bien fait son travail au journal, mais il y avait des tensions au sein de l’équipe. Il arrivait au Père Jacquet de rogner les articles d’un confrère, faute de place, procédé qui n’était pas du goût de l’intéressé, surtout quand il n’était pas prévenu. Le Père Jacquet, désireux de faire du ministère, n’en avait guère le temps, à part quelques conférences au collège des Pères Maristes. Par l’intermédiaire d’un séminariste de son diocèse, mobilisé à Dakar, le Père Jacques fut amené à recevoir des séminaristes et d’autres soldats pour l’accompagnement spirituel. – Enseignant par goût, économe et supérieur par devoir (1960-1981). Après quelques mois à Paris pour élaborer du matériel d’information au service de l’animation missionnaire, en septembre 1959, il faut sa Grande Retraite à Mours, avant de repartir en Afrique. Il est alors nommé en Haute Volta (Burkina actuel) pour être professeur au petit séminaire de Nasso. Il dut assurer aussi quelque temps, par obéissance, la fonction d’économe à Bobo Dioulasso, mais c’était le poste de professeur qui correspondait à son tempérament : communiquer des connaissances, expliquer, faire aimer telle ou telle matière, savoir se mettre à la place des élèves. Il revient au séminaire de Nasso en septembre 62 pour y enseigner les mathématiques et les sciences. Il aimait son métier d’enseignant, et très habile de ses mains, il a réalisé les objets les plus divers : planétarium, four solaire, colonne, cadran solaire, rêgle à calcul géante… sans oublierl a sculpture, où il essayait de faire passer son idéal de foi et de beauté. De 1968 à 1971, François sera supérieur du petit séminaire de Nasso. Il avait du mal à prendre des décisions fermes et qui parfois s’imposaient, par exemple le maintien ou le renvoi d’un séminariste. En octobre 71, François laisse Nasso pour le séminaire interdiocésain de Ouagadougou. En 1976, il en devient le supérieur et y resta jusqu’en juin 81. – Infirmités de l’âge et ministère réduit (1981-1994) : Il prend alors un congé en France, puis revient à Ouagadougou et réside à la maison régionale où on lui confie la charge d’économe jusqu’en 1984. Tout en continuant à résider à la maison régionale, il assure des cours au juvénat des Pères Camilliens et il accompagne les jeunes de cette maison dans leur vocation. Il perdait progressivement le sens de l’ouïe. Tant qu’il l’a pu, il a assuré du ministère, surtout au service des religieuses, des collèges où il donnait cours de religion et conférences. Finalement, il a dû se limiter aux Camilliens. Il a pu travailler avec eux jusqu’en 1994. Il rentre alors définitivement en France. – Retour en France et attente du retour du Maître (1994-1997) : Il est envoyé à Mours, où il s’occupa en faisant de la sculpture sur bois. A la surdité était venu s’ajouter le diabète. François gardait un fond de bonne humeur. En janvier 97, il quitta Mours pour Passy. Ses forces déclinaient. A la suite de la nécrose d’un doigt de pied, il fut transporté à l’hôpital de Draguignan où on dut l’amputer. Il décéda quelques jours après, le 8 septembre. Les obsèques ont eu lieu à Passy le 11, en présence d’une partie de sa famille de l’Ain. François assumait avec sérieux les tâches qui lui étaient confiées. Il a vécu profondément sa vocation missionnaire jusque dans les infirmités de la vieillesse. Il attendait avec confiance la rencontre avec le Seigneur.

La mission continue : pour les Pères Blancs de l’Ain, la mission continue. Plusieurs d’entre eux continuent l’évangélisation ad extra : le P. Philippe Antoine (1945, Oyonnax), en Algérie ; le P. Jean Bevand (1945, Oyonnax), au Mali ; le P. Jean-Luc Gouiller (1936, Coligny), en Zambie ; le P. François Jacquinod (1925, Cerdon), au Burkina Faso ; le P. Jean-Louis Lingot (1939, Cerdon), au Liban ; le P. Henri Valette (1929, Bâgé-la-Ville), en Ouganda.