K – MISSIONNAIRES DE L’AIN AUX XIX° ET XX° SIECLES – LES PERES BLANCS – 2

Les Pères Blancs de l’Ain en Afrique

1. Père Joseph AUGIER (Nantua, 1851 – Tanganyka, 4/05/1881) Le Père Augier était parti avec la première caravane vers le Tanganyka, en juin 1878. A peine trois ans plus tard s’achève dans le sang son labeur missionnaire. « C’est dans la station d’Ouroundi, située sur la rive orientale du lac, que s’est accomplie cette tragédie funeste. Cinq missionnaires occupaient ce poste : c’étaient les Pères Deniaud, supérieur provisoire ; Augier, du diocèse de Belley ; Dromaux, du diocèse de Cambrai ; le F. Jérôme Baumeister, du diocèse de Wurtzbourg, et M. d’Hoop, auxiliaire belge, ancien zouave pontifical. – Une ouvre de rachat des esclaves : Ils avaient commencé leur ¦uvre d’apostolat pour le rachat et l’éducation de jeunes noirs arrachés à l’esclavage. Un vaste établissement avait été créé par eux et promettait des résultats excellents, lorsqu’il a été si malheureusement détruit. Ce ne sont pas, toutefois, les nègres de la tribu de Roumoungué, où l’établissement était situé, qui ont attaqué les missionnaires, mais ceux de la tribu des Wabikari, qui sont, au contraire, en hostilité perpétuelle avec celle de Roumoungué. A plusieurs reprises, les Wabikari avaient prié les missionnaires de venir s’établir sur leur territoire, mais ceux-ci avaient dû refuser, parce que les terres de cette tribu sont basses et, par conséquent, très insalubres. Il en était résulté, de la part des Wabikari, un état de froideur et de demi-hostilité, qu’ils manifestaient surtout en essayant de détourner les jeunes enfants noirs de l’orphelinat, ou de les enlever même de vive force, lorsqu’ils pouvaient les surprendre, pour les réduire de nouveau en esclavage. – Le massacre des missionnaires : C’est un incident de ce genre, qui a amené l’attaque du 4 mai dernier. Les Wabikari avaient volé un petit nègre, et refusaient de lui rendre la liberté. Les missionnaires, après avoir épuisé tous les moyens de conciliation pour délivrer ce pauvre enfant, manifestèrent l’intention de le faire reprendre par la force, au moyen des noirs adultes qui se sont rangés autour d’eux. A peine les naturels furent-ils instruits de ce dessein, qu’ils vinrent tous en armes, conduits par leur roi, envahir le territoire
de Toumoungué, et se portèrent sur l’habitation des Pères. Trois d’entre eux, le P. Deniaud, le P. Augier et M. d’Hoop, ce dernier en armes, sortirent pour se rendre compte du bruit affreux qu’ils entendaient et s’avancèrent vers les noirs. Ce fut alors que ceux-ci, sans provocation aucune, les criblèrent d’une grêle de flèches.- Le P. Augier tomba le premier, mortellement blessé. M. d’Hoop tomba près de lui. Le P. Deniaud, blessé lui-même, mais encore debout, donna l’absolution à ses deux compagnons ; il ne tarda pas cependant à tomber lui-même, couvert de blessures, dont huit étaient mortelles. Le P. Dromaux et le F. Jérôme, qui étaient restés dans l’intérieur de la maison avec les orphelins, sortirent à leur tour et furent témoins de ce triste spectacle. Les Wabikari, comme épouvantés de leur ¦uvre, prenaient déjà la fuite et les deux missionnaires purent aller relever le P. Deniaud qui perdait tout son sang, mais qui avait encore sa connaissance et qui, en recevant l’absolution, fit l’entier sacrifice de sa vie pour le salut des noirs. Le P. Augier et M. d’Hoop furent relevés aussi, mais ce n’étaient déjà plus que des cadavres. Le P. Deniaud expirait lui-même, dix minutes à peine après avoir été transporté dans l’habitation. – Regroupement des missionnaires chez les Massanzès : Le lendemain, les trois martyrs de la charité étaient ensevelis pieusement
sous le grand arbre qui abritait la station de Roumoungué. Les Wabikari n’ont pas recommencé leurs attaques. Mais la tribu de Roumoungué, plus faible et moins belliqueuse, épouvantée de l’action atroce dont elle avait été témoin, vint le lendemain supplier les Pères de s’éloigner, pour ne pas s’exposer à de nouveaux attentats. Les missionnaires, établis chez les Massanzès, de l’autre côté du lac Tanganika, prévenus du malheur qui frappait leurs frères, s’étaient empressés de frêter une barque pour venir les retrouver. D’un commun accord, il fut résolu que tout le personnel de l’Ouroungi se réunirait à celui de Massanzé, et les Pères, aussi bien que les orphelins, s’embarquèrent, deux jours après, pour cette destination. – Les responsables de la tragédie : Tel est le récit abrégé qu’ont apporté les dernières lettres de l’Afrique Equatoriale sur la mort de ces trois missionnaires. Elles laissent, comme on le veut, un point obscur, sur des excitations auxquelles a obéi la tribu des Wabikari, car elle n’aurait jamais osé se porter par elle-même à un tel attentat. Mais, il est probable, comme nous le disions dans une
communication précédente, que la main des marchands musulmans esclavagistes, n’a pas été étrangère à ce crime ; elle a tout dirigé dans l’ombre, comme elle a certainement dirigé précédemment les attaques dont les Belges et les Anglais ont été les victimes. Il serait donc nécessaire que les puissances européennes intervinssent pour en empêcher le retour. Des démarches sont faites dans ce sens, et le succès peut en être facile, car les Arabes esclavagistes du Tanganika, comme ceux de l’Ounya nyembé, dépendent de Saïd Bagash. Il suffirait donc de rendre le sultan de Zanzibar sérieusement responsable des crimes de ses Arabes de l’intérieur, pour faire cesser leurs agressions. » (Chronique trimestrielle de la Société des Missionnaires de Notre-Dame des Missions d’Afrique, 2e trimestre 1881). Pour la rédaction, J. Charbonnier, Missionnaire d’Afrique.

2. Le Frère Célestin Sochay (Etrez, 1861 – Alger, 1913)
Célestin Sochay naquit le 20 décembre 1861 à Etrez (diocèse de Belley). En août 1867, il entra au Postulat de Saint Laurent d’Olt et prit l’habit de la Société le 16 mai 1888 à Maison-Carrée. Depuis ce moment, nous le trouvons successivement à l’Ecole apostolique de Saint-Eugène en 1889, à Saint Laurent d’Olt de 1889 à 1893 où il prononça son serment (12 octobre 1890), caviste à l’Harrach d’octobre 1893 à Pâques 1894, sacristain à Notre-Dame d’Afrique de 1894 à août 1896. C’est de là qu’il partit pour le Soudan. Il séjourna trois ans à Tombouctou, puis à Koupela jusqu’en septembre 1900. Son état de santé l’obligea alors à revenir en Algérie. Après un séjour d’une année à la Maison-Mère, il fut envoyé à Médina, puis à Iril-Ali, à Carthage, à Bou-Kriss, d’où il retourna à Saint-Laurent d’Olt.
Enfin, il revint à Maison-Carrée en octobre 1908. C’est là qu’il devait mourir le 5 octobre 1913. – Son amour du travail et son esprit d’économie : Le Frère Célestin avait l’amour du travail. Il fut précieux dans les divers postes qu’il occupa par sa réelle habileté en beaucoup de métiers : menuiserie, maçon, puisatier, peintre, horloger. Débrouillard, il savait utiliser une foule de choses jetées quasi eu rebut. Il s’instruisait de toutes sortes de travaux afin de se rendre plus utile à la Mission. Ce bon Frère avait un grand esprit d’économie. Il était peiné quand il voyait quelque chose se perdre, aussi se montra-t-il plus d’une fois sévère pour ceux qui, autour de lui, avaient la maladresse de briser quelque objet ou de ne pas prendre suffisamment soin d’un outil. – « Il souffrait beaucoup et souffrait avec joie » : La santé du Frère Célestin ne fut jamais brillante. Du Soudan, il rapporta des fièvres dont il ne put jamais se guérir complètement, peut-être parce qu’il voulait se soigner à sa façon. Des rhumatismes très douloureux le clouaient sur son lit parfois plusieurs semaines. Peu avant sa mort il dut subir une opération à la suite d’une hernie fort grave. Il souffrait beaucoup et souffrait avec joie, malgré ce qu’il avoua à un Père dans un moment d’intimité : « Quand j’étais jeune, je me sentais beaucoup d’attrait pour la mortification, j’aimais à souffrir par amour pour Dieu et pour le salut des âmes, maintenant hélas ! cet attrait a disparu. » – Filial et fraternel : Le Frère Célestin se montra plein de respect envers ses supérieurs. Avec ses confrères il était affable et toujours prêt à rendre service. En récréation, il savait dire à l’occasion le mot pour rire et, quand on le plaisantait, il ne se défendait guère. On riait surtout de cette extrême frayeur des apaches et des cambrioleurs qui le faisaient s’enfermer à clef. Cette façon d’agir vint à la suite de la découverte qu’il fit un soir à Notre-Dame d’Afrique d’un voleur caché dans la chaire. – Son amour de la Sainte Vierge et sa préparation à la mort : Sa piété était solide. Il avait une dévotion toute filiale à la Sainte Vierge. Quand il se croyait sans voisin, il récitait le chapelet lentement et à haute voix. Dans les derniers mois de sa vie il redoutait d’être surpris par la mort. Aussi se confessait-il dès qu’il sentait approcher sa crise habituelle de rhumatismes. « Je pense que je mourrai subitement, disait-il à un confrère, car ma maladie se portera au c¦ur. » Il ne se trompait pas. Le Frère infirmier le trouva mort dans son lit, le matin de la fête du Saint Rosaire, sans que rien ait pu faire prévoir une fin aussi rapide. Heureusement que cette mort subite ne fut pas pour notre cher Frère Célestin une mort imprévue (Rapports annuels 1912-1913 : Notices nécrologiques)

3. Le Père Etienne Royer (1877-1951) – Le P. Royer naquit le 16 janvier 1877 à Magnieu. Il fit ses études secondaires au Petit Séminaire de Belley ; c’est pendant son séjour dans cette maison que se précisera sa vocation missionnaire et, le 10 juin 1894, le supérieur pouvait écrire à Mgr Lavinhac : « Nous sommes très satisfaits de son excellente tenue et de sa piété. Il se prépare depuis plusieurs mois à entrer chez vous par des communions plus fréquentes et par un déploiement d’énergie si persévérante qu’il est devenu le modèle de nos élèves ». – Un séminariste brillant : Quelques mois plus tard, le jeune homme entrait dans notre maison de philosophie à Boissy-saint-Léger et l’année suivante à Binson. Son noviciat achevé, il fut désigné pour suivre à Rome les cours de la Propagande (Congrégation romaine « Propaganda Fide », pour « la propagation de la Foi », devenue depuis la « Congrégation pour l’évangélisation des peuples »). Il avait toutes les chances de conquérir son doctorat, puisqu’en chaque matière, la note maximum 10 lui était accordé, lorsque se déclara une fatigue nerveuse qui l’obligea à regagner Carthage. Le 15 mars 1902, il recevait le sacerdoce à Maison-Carrée. – Brusquement arrêté par la maladie : Sans tarder, il part pour Jérusalem, mais il ne devait y exercer qu’une activité très réduite. En 1908, il déclarait avec humilité qu’il ne faisait plus rien et ne récitait même plus le Bréviaire depuis deux ans. Les médecins ordonnaient un repos absolu. Pour leur obéir, il partit pour Autreppe etl e sanatorium belge de Bonsecours, mais l’état demeurait stationnaire. – Candidat malheureux pour l’église fançaise de Moscou : En 1910, un ami du Père Royer, gros commerçant à Moscou, et qui connaissait les besoins de l’église française de cette grande cité, proposa à notre confrère de l’y faire agréer comme chapelain ; honorable sinécure à exercer dans un climat qui, froid mais sans humidité, serait favorable à son rétablissement. Les démarches aux ambassades traînèrent en longueur car le Père s’était d’abord déclaré membre de la Congrégation des Pères Blancs et la Russie considérait tout religieux comme indésirable. Finalement le passeport fut accordé au prêtre séculier Etienne Royer (il avait obtenu de Mgr Lavinhac un congé) et il allait prendre la route de l’Est, lorsque l’autorisation lui fut retirée. On venait de découvrir dans le pays du Tsar deux Pères Jésuites qui y exerçaient clandestinement leur ministère sacerdotal et on supposa que l’abbé Royer faisait partie de la même « bande malhonnête ». – Cette occasion étant ainsi manquée, le Père fit ses séjours plus ou moins prolongés à Boxtel, à Marienthal, dans des cliniques de France et de Suisse, en particulier à Fribourg. Malgré tous ces soins, aucune amélioration ne se produisait, tant la neurasthénie était invétérée. – Chapelain à Marseille et Aumônier de visitandines à Montélimar : Après la guerre 1914-18, le Père sollicita de Rome la permission de demeurer pour un temps illimité en dehors des maisons de la Société, tout en continuant à lui appartenir. Ayant reçu le rescrit, en juin 1919, il exerça pendant quatre ans les fonctions de chapelain à Marseille, dans le pensionnat de jeunes filles d’Endouma, et ensuite pendant 15 ans, au monastère de la Visitation de Montélimar. Les bonnes religieuses appréciaient son dévouement et, pour conserver le Père plus longtemps, elles se montraient pleines de prévenances, prenant par exemple complètement à leur charge les frais de longues maladies, installant dans sa chambre le chauffage central. – Retour chez les Pères Blancs : Le Père se disait heureux, mais il n’oubliait pas ses liens avec les Pères Blancs et versait des sommes rondelettes pour l’entretien d’un scholastique « qui sera, disait-il, beaucoup plus utile que moi ». Cette vie d’aumônier se prolongea pendant 15 ans. Les conditions étant devenues moins avantageuses, par suite de changements dans le personnel, le Père Royer songea rejoindre une des communautés de la Société et en demanda la faveur instamment. C’est ainsi qu’il passa à Saint Laurent et enfin à Pau. La maladie, jamais atténuée, le condamnait à l’inaction la plus complète ; du moins pouvait-il encore prier pour nos oeuvres, ce qu’il faisait à longueur de journée. Il s’est éteint à Billère, le 31 décembre 1951, à l’âge de 74 ans passés, après avoir reçu, à peine conscient, le sacrement d’Extrême Onction. Depuis le 15 novembre, il ne célébrait plus la sainte messe.

4. Le Père Maurice Rouast (1912-1998) : Le Père Rouast était né le 26 avril 1912 à Artemare. Il était le troisième d’une famille de neuf enfants. Le père était inspecteur des Eaux et Forêts. Lui-même et son épouse étaient des chrétiens solides qui donnèrent une excellente éducation humaine et religieuse à leurs enfants. Le milieu était relativement aisé, mais les charges familiales étaient lourdes, dans un temps où les allocations familiales étaient inconnues. Maurice fit ses études secondaires d’abord à l’école Saint François de Sales à Dijon, puis à l’école de La Colombière à Châlon-sur-Saöne. C’est là que sa vocation mûrit. Il désirait réussir ses examens, car il ne voulait pas qu’on puisse dire qu’il s’était tourné vers la vie religieuse et missionnaire par incapacité de faire carrière dans le monde. Il demanda son admission chez les Pères Blancs, à Kerlois, où il entra en septembre 19La famille avait bien accueilli sa vocation. Plus tard, un de ses frères, Jacques, entra aussi chez les Pères Blancs et prit le nom de Frère Dominique. – La formation jusqu’à l’ordination sacerdotale en 1938 : Après Kerkois, Maurice se endit à la Maison-Carrée pour un an de noviciat, de septembre 1932 à septembre 1933. L’appréciation du Père Maître souligna les qualités du novice, tant pour la formation spirituelle que pour son ardeur au travail. Il fallait plutôt le freiner pour lui éviter d’être trop tendu. Après le noviciat et la coupure du service militaire, Maurice rejoignit le scolasticat à Thibar en septembre 1934. Il y reçut les ordres mineurs et passa au scolasticat de Carthage en 1936. Il fit son serment à Carthage le 27 juin 1937, et fut ordonné sous-diacre le lendemain, diacre le 7 octobre et prêtre le 11 juin 1938, à la fin de la dernière année de théologie . – Il avait eu en 1937 un sérieux accroc de santé, même tenu pour mourant à la suite d’une congestion pulmonaire précédée d’une appendicite. Mais il s’était remis. Il avait montré une grande application dans les études de théologie et était parvenu à un résultat honorable. Dans les relations, il gardait un certain fond de raideur mais s’efforçait d’être cordial et fraternel. Manquant de confiance en lui, il manifestait une timidité, déjà relevée par le supérieur du collège, ce qui le faisait paraître parfois un peu froid et distant. – Les premières années de mission au Burkina. La Guerre. Il reçoit sa nomination pour le diocèse de Bobo, encore vicariat apostolique à l’époque. Il est affecté au pays dagari, poste de Dano. Il est mobilisé en septembre 39, mais démobilisé dès novembre il retourne à Dano. Il part en fondation à Legmoin en 1942. Il est remobilisé en 1943, libéré en 1945. Il est nommé alors à Nyangoloko pour l’école des catéchistes qu’il prend en main en 1946. – L’oeuvre des Frères : En 1947, il est envoyé à Nasso pour y commencer une congrégation de Frères. Il s’y donnera à fond pendant plusieurs années, avec des hauts et des bas. Exigeant pour lui-même, il se montrait aussi très strict avec les Frères. L’oeuvre naissante n’était pas très bien comprise par certains confrères, ce qui limitait le nombre de vocations. La proximité du petit séminaire de Nasso gênait aussi cette oeuvre que le Père avait demandé de transférer ailleurs. Cela exigeait du temps et des travaux, d’où chez lui une certaine impatience. C’est à son retour en avril 1952, après un congé d’une année en France, que l’oeuvre des Frères est transférée à Orodara, ce qui répondait à son désir. Au bout d’un certain temps, et en accord avec l’évêque, l’oeuvre est confiée aux Frères de St Vincent de Paul. – Un ministère varié. Le diocèse de Diébougou : A Nasso, le Père était aussi aumônier des SOeurs africaines, et contribuait à la formation des jeunes Soeurs. Il s’est aussi occupé d’un groupe d’enfants délinquants. Il a particulièrement bien réussi dans ce milieu difficile. A partir de 1959, il changera assez souvent de poste, tantôt comme supérieur, tantôt comme vicaire : Legmoin en 59, Dano en 63, Mariatang en 64, Niego en 65, Dano en 68. Un nouveau diocèse avait été créé, le diocèse de Diébougou. Maurice restera profondément attaché à ce diocèse et aux missions où il avait travaillé, en particulier à Legmoin, où il se retrouve supérieur en 76, puis vicaire. Enfin, une dernière nomination à Batié. Très zélé, notre confrère ne ménageait pas sa peine. Il était porté à s’occuper spécialement des jeunes. – Le retour définitif en France en 1983 : Au cours des dernières années en mission, sa santé se dégrada : mauvaise circulation, calculs, hernies, prostate ; ce qui expliquait aussi en partie certaines réactions disproportionnées. Il connaissait des moments de grande fatigue, voire d’étourdissements. Il voulait tenir jusqu’au bout, mais il était temps d’envisager son retour définitif en métropole qui eut lieu en 1983. Il avait alors 71 ans. – Une rretraite active et contemplative à Tassy : A son arrivée en Province, il accepte facilement sa nomination pour Tassy. Son séjour devait durer quinze ans ! Malgré son état et sa santé, il peut pendant quelque temps assurer du ministère à l’extérieur. Peu à peu, son champ d’action se réduisit, mais il restait serein. Il perdit un oeil, on lui sauva l’autre de justesse. Il gardait des contacts avec sa famille, surtout deux de ses soeurs résidant à proximité. Son frère Jacques (Frère Dominique) s’arrangeait pour le rejoindre. – Dans les derniers mois, on décela une leucémie qui nécessitait des transfusions de sang de plus en plus importantes. Il les déplorait, car il se voyait en fin de vie et il pensait que le sang qu’on lui transfusait aurait été mieux employé pour sauver des accidents de la route. Confiné dans sa chambre, il cherchait à bien remplir son temps. Il avait fait de l’Evangile de St Jean son étude préférée. Homme de prière, il présida tant qu’il le put la messe de 11h15. Les assistants étaient frappés par sa manière de célébrer et par la profondeur de ses homélies. – Derniers moments. Les leçons d’une vie consacrée à la mission : Il était très reconnaissant des soins qu’on lui prodiguait, et il appréciait le dévouement du personnel soignant. Il ne se plaignait pas et fut conscient presque jusqu’au bout. Son frère Jacques, près de lui dans les derniers moments, lui a tenu fraternellement la main jusqu’au dernier soupir. Deux jours avant sa mort, le Père ne pouvait réprimer ses larmes en parlant de Diébougou. Son coeur était resté au pays dagari. Il disait qu’il devait tout à Diébougou. Il a payé de sa personne, mais aussi de ses biens pour soutenir de multiples oeuves là-bas. – Dans sa longue vie missionnaire, il a formé des catéchistes, des frères, des soeurs, sans parler de simples chrétiens. Il a aidé ainsi puissamment à la construction de l’Eglise dans cette région d’Afrique. Maurice est parti dans la paix le 16 février 1998. Ses obsèques ont été célébrées le 18 avec son frère Jacques, père blanc et un prêtre du pays dagari représentant le diocèse de Diébougou. Maurice aimait ce verset de Saint Jean : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés le premier ». Tout au long de sa vie, il a vécu et annoncé l’amour de Dieu en Jésus-Christ, convaincu que la souffrance et la mort, si présentes dans nos vies humaines, n’ont pas le dernier mot.

5. Le Père Joseph Bevand (1911-1988) : Joseph est né le 16 novembre 1911 à Confort, sur les pentes du Jura. Ses parents travaillaient à l’Hôtel-Dieu, tenu par les Soeurs de St-Vincent de Paul. A son retour de la guerre, en 1920, son père décida d’acheter une petite ferme dans la banlieue d’Oyonnax. Il avait déjà cinq enfants, il en naitra encore sept. – La formation : En 1922, Joseph entra au petit séminaire à Bourg-en-Bresse (actuelle Maison JM Vianney). En 1929, il commença les cours de philosophie à Kerlois. Le 4 octobre 1931, il reçut l’habit au noviciat de Maison-Carrée et continua ensuite de 1932 à 1937 ses études à Carthage. Ce temps fut entrecoupé de son service militaire et de trois mois à Thibar en 1935. Joseph fit son serment à Carthage, le 28 juin 1936 et y fut ordonné prêtre le 29 juin de l’année suivante. Le Père Bevand n’était pas un intellectuel, mais il avait du savoir-faire et du zèle. Il n’était pas facile à connaître, vu sa timidité et sa réserve ; il s’épanouissait en petit comité : il était alors fort amusant. C’était un homme avec qui on pouvait s’entendre. – 1937-1957 : une succession de postes au Mali : Nommé à Bamako (Mali), le Père Bevand partit de Marseille le 9 septembre 1937 et arriva le 16 du même mois à Oudossebougou, un poste en fondation. Il y resta jusqu’en novembre 1938 pour se rendre ensuite à Kayes. Il y demeura jusqu’en janvier 1942, dont huit mois comme mobilisé au camp de Kali. Il devint alors supérieur de Beleko jusqu’en novembre 1946, dont deux ans comme mobilisé sur place au chef lieu du cercle de Diolla. De novembre 1946 à octobre 1947, le Père Bevand fut vicaire et économe à Ouolossebougou, iù il revient en 1950 comme directeur après un retour en France, en 1949 pour sa grande retraite à Kerlois. Le 7 septembre 1954, il passa comme curé à Bougouni et en septembre 1956 comme curé à Nono. APrès six mois il partit pour un deuxième congé en avril 1957. Au moment de son départ on découvrit qu’il était atteint de la lèpre sous une forme non contagieuse. – Son bon caractère et son sens pratique : Le Père Bevand avait bon caractère et bon coeur. Il fut apprécié partout où il passa. Il ne craignait pas sa peine. C’était un vrai broussard. Il aimait beaucoup les tournées et connaissait assez bien la langue. Mais ce n’est pas sur lui qu’on pouvait compter pour faire des travaux linguistiques. Il était surtout pratique et aimait, ou du moins faisait volontiers du travail manuel. – Les chrétiens et les catéchumènes n’étaient pas surpris de le voir peu causant. C’était le type même du confrère « facile à manier » qui acceptait toujours tout, et on en a peut-être abusé. On finit par l’appeler le « Saint Homme », celui qui ne s’est jamais mis en colère, ni contre un confrère, ni contre un paroissien. – Le missionnaire poète : Le Père Bevand écrivait des vers savoureux et pleins d’humour. On en a évoqué lors de son service funèbre à Bamako. En parlant de lui-même, il écrivait : « Certains jours, il n’est pas rare / De te surprendre à dire : j’en ai marre, / Ras-le-bol, par-dessus la tête, / Il faut que cela change… » « J’ai fait pas mal de bêtises / et un bon nombre de sottises / Ce n’est pas cela qui m’inquiète / car tout le monde peut perdre la tête / c’est de ne jamais perdre son coeur / en essayant d’être entièrement donné aux autres. » – Le Père Bevand a écrit un autre jour : « J’ai beaucoup aimé l’Afrique, hommes, femmes et enfants. Surtout la femme africaine pour sa gaité, sa patience, son courage. Elle m’a beaucoup édifié et souvent fait honte de ma pusillanimité. Des paroles et son exemple m’ont été plus utiles pour la pratique de l’Evangile que bien des catéchèses et des prédications ». Il avait un grand souci d’insertion, de vivre à la manière des gens du pays, de passer son temps avec eux, dans la discrétion et le respects. Il n’aimait pas les initiatives spectaculaires. – 1958-1988 : Beleko et Kologotomo – sa bonté légendaire : A son retour de congé (le 29 mai 1958), il resta d’abord 2 mois à Kali puis fut nommé supérieur à Beleko (juillet). Ce n’était pas une mission facile et les résultats se firent attendre. La population semblait blasée et peu ouverte. Le Père Bevand refit la maison délabrée. Il aménagea aussi un bon jardin potager. Il vivait pauvrement, se contentant de peu et donnant facilement ce qu’il avait. Il était d’une bonté légendaire avec tous. – Le Père Bevand resta dix ans supérieur à Beleko (1958-1968). De là, il passa en décembre 1968 à Kologotomo comme vicaire. Il y demeura aussi dix ans, dont près d’un an comme supérieur (juillet 1971 à mai 1972). A son retour de congé en octobre 1979, il devint vicaire à Beleko et y demeura jusqu’à la fin de son séjour en mission, en novembre 1988. Il a été très heureux de voir la moisson finalement se lever à Beleko, après quarante ans de « vaches maigres » : une centaine de baptêmes d’adultes en 1988. – 1988 : Le retour au pays : usé et nostalgique du Mali : Quand il quitta le Mali, le 10 novembre 1988, le Père Bevand était très fatigué, usé et sans forces. Il aurait aimé confier son corps à la terre malienne. Sentant la mort s’approcher il écrivait : « J’ai quitté mon pays, j’ai quitté ma patrie / Pour une terre lointaine, pour la terre africaine / Et maintenant qu’arrive le couchant… » Et il ajoutait à l’adresse de ses frères maliens : « Il faut nous quitter car l’heure a sonné : dormir en votre terre, c’est tout ce que j’avais espéré / pour mon dernier sommeil, avant le grand réveil ! » A son arrivée en France, il avait pour tout bagade : une petite valise, une sacoche et un balafon. Il avait dû quitter le Mali à quelques jours de la grande fête du Centenaire de l’Eglise parce qu’il n’en pouvait plus. Il en rapportait l’étole du centenaire de l’Eglise et un balafon qui constituait le lien avec le Mali et la lignée des ancêtres. Il sembla retrouver un peu de vigueur, mais cela ne dura pas. – Les dernières semaines et l’Adieu : En s’installant à Ste-Foy-les-Lyon, deux jours après son arrivée, le Père Bevand avait voulu se rapprocher de sa famille. Mais il déclina très vite, ne mangeait plus et devint « transparent ». Il demanda alors de pouvoir rejoindre une maison de repos. Le médecin jugea son transport en ambulance à Bry-sur-Marne trop fatigant, étant donné son état. A partir du 16 décembre, il eut près de lui son neveu Père Blanc, le Père Jean Bevand, qui venait d’achever sa retraite-session de Jérusalem. Le 20 au matin, ils partirent ensemble en ambulance pour l’hôpital d’Oyonnax, près de sa famille. Peu après son arrivée, le même jour à 15h, le Père Joseph Bevand s’éteignit à l’âge de 77 ans. Il avait rejoint le pays de sa jeunesse pour y atteindre la résurrection après 51 ans au Mali. – Le Père Bevand a été remarquable de simplicité, de discrétion, de détachement, de proximité avec les pauvres et les petits de la brousse. Il était aimé de tous, jeunes et anciens. C’était le « Saint Homme » discret et efficace à la fois, mais ce ne sera pas un triste saint au ciel. Dans son poème « d’Adieu », il écrivait : « Au grand rassemblement / Du dernier jugement / Nous nous retrouverons / Et ensemble entrerons / Dans la cité nouvelle / Et la joie éternelle ! » « Car Jésus a promis / Aux hommes, ses amis / Un éternel séjour / Dans le parfait amour / Dans un bonheur sans fin / Sans nuit ni lendemain. »