I – MISSIONNAIRES DE L’AIN AUX XIX° ET XX° SIECLE : Les Missions étrangères de Paris – 7

Les MEP de l’Ain en INDE

Le Père Jules GUDIN (1850-1916) – Jules, Théophile, naquit le 6 août 1850 à Grand-Abergement, dans le diocèse de Belley (Ain). Entré diacre au Séminaire des Missions Etrangères le 31 août 1876, il fut ordonné prêtre le 22 septembre 1877 et partit le 27 décembre suivant pour Coïmbatore. – A son arrivée aux Indes, le Père Gudin fut envoyé sans tarder dans le district de Mouitoor, où les deux missionnaires, les Pères Béroulle et Foubert, étaient surchargés de travail. En 1844, il dessert le district de Parghat, prend soin des deux écoles de filles et de garçons, et s’occupe avec zèle de la conversion des païens ; il récolte alors 17 baptêmes d’adultes. En 1886, il se dépense aussi à Kotagiri, sur les Bilgiris, et admire les voies de la Providence dans les conversions, si peu nombreuses qu’elles soient à son gré. – En 1887, le Père Gudin est nommé curé de la Cathédrale avec une paroisse de 2 000 chrétiens, parias en grand nombre, à la Maison-Mère des Soeurs indigènes en plus d’un couvent de Soeurs européennes. Il continue cependant à s’occuper du poste de Palghat et y baptise 18 païens en 1889. Cette même année, au mois de septembre, il prend la direction du district de Gudalar-Wynaad, y baptise 51 païens, 8 protestants et cherche à ouvrir une nouvelle école pour prévenir une avance du protestantisme. En 1891, il compte encore 54 conversions de païens et en 1892, 106 baptêmes, mais il doit aller se reposer à Wellington. En 1893, de Gudalar, il signale une merveilleuse intervention de la grâce à Devala et en 1894, regrette de n’avoir que 46 baptêmes, dont 4 seulement à l’hôpital. – En 1895, il enregistre 45 baptêmes et relate un cas de possession diabolique. En 1896, il obtient 44 baptêmes d’adultes et 20 d’enfants de païens et entame sérieusement la tribu des Kourombers. En 1897, il a toujours à lutter contre les ministres protestants. En 1898, il annonce 82 baptêmes de païens et deux conversions de protestatns. Mais il voit se disperser beaucoup de néophytes de Devala, là où Saint Antoine avait converti tous les païens. En 1899, il obtient 120 baptêmes et espère mieux encore. Effectivement, à la suite du mouvement de conversions amorcé depuis deux ans, il a la joie de donner 170 baptêmes en 1900. Il faut reconnaître aussi que la famine est excellente pourvoyause, ce qui permet de combler les vides causés par la fièvre et la dysenterie. – Entre temps, le Père Gudin aime tenir les lecteurs des « Missions Catholiques » au courant de ses travaux, de leurs résultats comme aussi de ses besoins et de ses difficultés. Il avait commencé ainsi en 1887, à sa nomination à Coïmbatore. A partir de 1899, il y reviendra maintes fois jusqu’en 1915. Ayant bâti en 1901, à Cudalur, une chapelle en l’honneur de St François Xavier, le Père Gudin relève de manifestes interventions de St Antoine de Padoue à propos de la conversion d’un agent de police. Cette même année, il annonce 25 baptêmes d’adultes et en 1902, il put additionner 61 baptêmes d’adultes avec abjuration de l’hérésie. – Cependant, à travers toutes ces courses par monts et par vaux, comme en plaine, il trouve que le temps passe vite et que le vieil âge arrive plutôt rapidement. En 1903, la peste bubonique régnant, il resta seul pendant deux mois au milieu de ses chrétiens du Wynaad pour les réconforter. Peu d’entre eux périrent, à l’encontre de la population païenne, qui fut décimée. Il avait recueilli 54 baptêmes d’adultes avant l’épidémie. Celle-ci ralentit le mouvement des couversions, mais le Père Gudin se hâta d’ouvrir à nouveau son école fermée pendant la durée du fléau. En 1904, dans ce « refugium peccatorum » qu’était alors le Wynaad, il baptisa 38 adultes. En 1905, il recueillit le total de 102 baptêmes et rendit hommage à Notre-Dame d’Arlod, à qui il attribuait avec raison sa vocation et celles de deux soeurs religieuses. En 1906, il eut 59 baptêmes et en 1907, 57. Il arracha toute une famille au protestantisme. Naduratam se laissa enfin féconder par la grâce. Avec son évêque, il parcourut tout son district en décembre 1906 et en janvier 1907. Il y eut alors 349 confirmations et 1224 confessions. En 1908, le Père Gudin constate qu’au Wynaad, les protestants ont disparu. St Benoît l’aide aussi à convertir telle âme récalcitrante. – Cependant ses forces s’étaient affaiblies et par la maladie et par 20 ans de courses apostoliques à travers les plantations et les forêts du Wynaad. En 1908, précisément, il dut prendre un poste de repos relatif, il fut chargé de la paroisse du Sacré Coeur d’Ootacamund. En 1910, tout en rendant hommage au zèle de ses prédécesseurs, le Père Gudin compte 50 baptêmes de païens et 19 conversions de protestants. 1911 fut marqué par l’établissement d’une oeuvre de religieuses indiennes et l ‘ouverture d’une école placée sous leur direction, ainsi que le baptême de quelques belles famfilles. En 1915, le Père Gudin obtint 11 baptêmes d’adultes, 21 conversions d’hérétiques, 57 baptêmes d’efants de païens. – Ayant alors à évangéliser les « Badagas » païens des Nilgiris, il écrit : « Je ne savais pas trop ce que c’était d’être missionnaire chez les gentils ad gentes. Je le sais maintenant. Ca peut être beau de loin, mais ça ne l’est guère de près et en réalité. Ma consolation est de penser qu’au moment de la mort, cette vie aride et désolée que je mène ici, sera pour moi un sujet de confiance en la miséricorde de Dieu ». Il a alors deux chapelles dont l’une à Kéti où les luthériens allemands avaient une importante station. En tout, il comptait 59 Badagas catholiques. – La carrière apostolique du Père Gudin, épuisé par 38 années de labeur sous le soleil de l’Inde, prit fin le 4 septembre 1916 au sanatorium de Wellington, à l’âge de 65 ans. Il restait au vaillant apôtre à aller plaider dans l’Assemblée des Etats la Cause de la Conversion de ses chers Indiens (d’après la notice nécrologique).

Le Père Jules Joseph-Léon ROCHET (1873-1914) – Il naquit à Courmangoux, le 4 février 1873. Adonné de bonne heure à l’étude, le futur missionnaire avait d’abord songé à se dévouer à l’instruction des enfants ; il obtint même le brevet d’instituteur. Mais inspiré par l’exemple d’un oncle, prêtre plein de zèle, qui avait fondé une paroisse en Algérie, le jeune homme sentit bientôt le secret désir d’être missionnaire. Son oncle l’appela près de lui en Algérie et lui enseigna les premiers éléments du latin. Il le renvoya ensuite dans sa famille et le fit entrer successivement au petit et au grand séminaire de Belley. Sa philosophie terminée, l’abbé Rochet dut faire, à Bourg, une année de service militaire, au bout de laquelle il retourna en Algérie, sur le conseil de son oncle, pour faire sa théologie au séminaire de Kouba. Il ne devait y passer qu’un an. – Etre missionnaire en pays lointain était alors le rêve du séminariste et, pour cela, il demanda donc son admission au Séminaire des Missions Etrangères, où il fut reçu en 1897. Ses études théologiques terminées, il fut ordonné prêtre le 25 juin 1899, et s’embarqua pour Pondichéry le 26 juillet suivant. – Dès son arrivée en mission, notre confrère se montra, tel qu’il a toujours été, d’un caractère très gai, très enjoué. Tous ceux qui l’ont connu sont unanimes à louer ses belles qualités, qui l’ont fait aimer et estimer partout où il est passé. Son coeur était toujours ouvert ; il aimait à rendre service, et il le faisait de cette manière aimable qui double le prix du service endu. Cette charité qui brillait en lui s’étendait à tous, mais surtout aux pauvres et aux malheureux. – Avec des confrères, sa conversion était cordiale et intéressante. Il aimait à évoquer ses souvenirs de jeunesse, à raconter ses voyages en Algérie, ses rencontres fortuites, ses aventures, agrémentant ses récits d’anecdotes assaisonnées d’un grain de sel gaulois, ou de réparties à l’emporte-pièce, dont il avait le secret. – Le Père Rochet a occupé différents postes dans la mission jusqu’au mois d’avril 1907, époque à laquelle Mgr Gandy le pria d’échanger sa vie de missionnaire en district contre celle de planteur. L’archidiocèse de Pondichéry possède, sur les montagnes des Shevarayahills, une plantation de caféiers, dont les produits permettent à la mission de soutenir, en partie du moins, ses oeuvres et ses communautés. Le rôle de planteur exige de celui qui en est chargé, du savoir-faire, de l’énergie et une bonne santé. Notre missionnaire accepta joyeusement de succéder à M. Poirier qui venait de mourir. Il se dévoua tout entier à sa plantation et, pendant sept années, il s’est si bien acquitté de sa tâche que de vieux palnteurs, anglais et français, aimaient à lui demander conseil sur la manière de travailler leurs propres caféiers. – Chaque année, à l’époque des grandes chaleurs dans la plaine, il était heureux de recevoir chez lui les confrères qui avaient besoin de respirer l’air plus doux des montagnes et de ses reposer de leurs fatigues. La solitude de B almadies s’égayait alors et l’hospitalité qu’on y recevait était si accueillante, si fraternelle, si dévouée que chacun pouvait, au bout d’un ou de deux mois, retourner à son poste avec de nouvelles forces et un nouveau courage. – A la fin de juillet 1913, le Père Rochet fut atteint d’une maladie des yeux et perdit presque complètement la vue. Les médecins déclarèrent que le mal provenait de l’anémie, et qu’il disparaîtrait avec des soins. Tout fut inutile ou à peu près ; la vue de notre confrère demeura très faible et sa santé générale fortement ébranlée. Il continua néanmoins son travail, obligé de se servir d’une loupe pour lire et écrire. Il dut cesser la récitation de son bréviaire, et souvent il ne se sentit même pas capable de célébrer la sainte messe. – Le 13 juin 1914, il descendit à Salem à l’occasion de la Fête-Dieu. Il aida à confesser le soir et célébra la messe paroissiale ; mais, en raison de vives douleurs au genou, il ne put participer à la procession du Saint-Sacrement. Il reprit le chemin de la montagne : non à cheval, comme il l’avait voulu, mais en chaise à porteurs. Arrivé à Yercaud, principale station des Shewarays Hills et résidence du missionnaire chargé du district de la montagne, il ne voulut rien prendre et repartit quelques heures après pour rentrer à cheval à Balmadies. – La semaine suivante fut mauvaise : le malade paraissait très faible, mais il ne se plaignait de rien ; dur pour lui-même, il refusa de laisser appeler le médecin. Dans la soirée du 20 juin, les deux confrères qui ne le quittèrent pas s’aperçurent que ses traits s’altéraient subitement et qu’il était de plus en plus énervé. Un docteur de Yercaud fut mandé en toute hâte, pendant que les derniers sacrements étaient administrés au moribond, qui avait toute sa connaissance. Le docteur Carrol arriva vers 9 heures ; malgré les soins, le Père Rochet rendit peu après le dernier soupir sans que le médecin ait pu identifier la cause de sa mort subite à 41 ans. C’était le dimanche 21 juin 1914. Le lundi 22 juin, son corps fut transporté à Yercaud, où on lui fit de belles funérailles au milieu du concours de toute la population de la montagne, dont le cher défunt avait gagné, depuis longtemps, l’estime et l’affection (d’après la notice nécrologique).

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