H – MISSIONNAIRES DE L’AIN AUX XIX° ET XX° SIECLE : Les Missions étrangères de Paris – 6

Les MEP de l’Ain en CHINE

Le Père Pierre-Antoine PANSUT, né vers 1751 à Bellignat, dépendant alors du diocèse de Saint-Claude. Il entra sous-diacre au Séminaire des Missions Etrangères le 31 janvier 1776, il fut ordonné prêtre le 24 mai suivant, et partit le 24 novembre de la même année pour le Se-tchoan. Il fut arrêté en route en passant une douane, et les courriers qui l’accompagnaient durent verser une grosse somme d’argent pour obtenir sa délivrance. L’impression qu’il ressentit fut si vive qu’elle lui fit presque entièrement perdre la raison. Il mourut peu de temps après son arrivée à Tchen-tou, le 25 juin 1779, et fut enterré au cimetière Fong-houang-chan, près de Falconet. Il avait 28 ans.

Le Père Eugène COTTIN, directeur du Séminaire des M.E., était né le 8 juillet 1841 à Anglefort. Il fit ses études au séminaire de Belley, et entra laïque au Séminaire des Missions Etrangères, le 25 septembre 1863. Prêtre le 26 mai 1866, il partit le 15 août suivant pour le Se-tchoan occidental. Il fut chargé successivement des districts de Tse-cheou, et de Lin-choni où sa tête fut mise à prix, et où il fallit être massacré. Il eut ensuite la direction du district de Gan-io. Dans ces différents postes, il éleva plusieurs oratoires, en particulier à Lin-chouï. Rappelé à Paris, en qualité de directeur et de procurer des trois vicariats du Se-tchoan et de celui du Thibet, il fut reçu officiellement le 2 décembre 1877. Chargé du cours de théologie, il fut, en outre, directeur des Frères coadjuteurs et des aspirants. On lui confia aussi l’enseignement du droit canonique dont il fit une étude assidue ; il y joignit, à partir de 1892, un cours de pastorale ; il professa jusqu’au 20 décembre 1900 ; le 31 du même mois, il fut emporté par le diabète qui le minait depuis longtemps. Comme procureur des missions du Se-tchoan et du Thibet, il était très au courant dece qui les concernait, soutenait leurs intérêts, et enregistrait exactement les mutations de disctricts de tous les ouvriers apostoliques.

Le Père Paul AYMARD (1890-1966), parfois surnommé malicieusement par ses confrères du séminaires et de la mission : Jean’Aymard, en insistant sur la liaison… Il était né le 28 juin 1890 à Bey, près de Pont-de-Veyle. Après ses études secondaires au petit séminaire de Ste-Foy-l’Argentière, il entre au grand séminaire de Francheville à Lyon en 1908, où il étudie la philosophie. Le 10 septembre 1910, il est admis au séminaire des Missions Etrangères pour faire ses études de théologie. En 1911, il par pour faire son service militaire de trois ans, mais avant sa démobilisation, la Première Guerre mondiale éclate. Il fait partie du corps expéditionnaire des Dardanelles. Il réside à Thessalonique, base d’opérations des Forces alliées d’Orient. – En 1919, il revient à la rue du Bac. Il est ordonné prêtre le 12 mars 1921, et est destiné à la mission de Chungking, dans le Setchuan oriental. Il part pour sa mission le 26 septembre 1921. A ce moment, le banditisme sévit dans les campagnes de toute la province du Setchuan. Paul Aymard est envoyé à Mao Pao Tchang pour étudier la langue chinoise sous la direction du P. Gibergues. Autre souci : depuis neuf ans, la mission n’avait pas reçu un seul missionnaire. Maladie, vieillesse et mort avaient considérablement réduit le personnel : en la seule année 1921, 5 prêtres (un missionnaire et 4 prêtres chinois) avaient disparu. En septembre 1921, le Père Aymard était l’avant-garde de la relève. – De 1923 à 1925, il est en charge du district de Ho Pao Tchang avant de devenir curé du district de Pichan. Fin 1926, il est nommé professeur au petit séminaire de Tien Tche, près de Ouam Hien, dont il devient le supérieur deux ans plus tard. En 1930, une partie de la mission de Chungking est confiée au clergé chinois. Le Père Aymard, avec les petits séminaristes de Chungking, s’installait alors à Tse-Mou-Chan. – En 1932, malade, le Père Aymard laissa le supériorat à un prêtre chinois et dut aller se soigner à Shangaï. C’est à son retour qu’il devint curé de Tonan-Kia-Ouan où il resta jusqu’en 1937. Mais décidément le séminaire diocésain le réclamait : il en redevint supérieur pendant trois ans, puis, de 1940 à 1945 fut curé de Lan-Tchouan. Il passa ensuite à T’ong-Konan-Y, district situé sur le Fleur Bleu en amont de Changking, où il resat de 1945 à 1947. – En 1948, il devient professeur au grand séminaire de Chongking, dirigé par le P. Sallou. En effet, le Père Colomb, jeune missionnaire professeur de philosophie au grand séminaire de Pèe-Cha-T’o, s’était noyé dans le Yang-Tse et l’on fit appel au Père Aymard pour prendre sa chaire de philosophie. Cette même année 1948, il dut encore se rendre à Shangaï pour raison de santé : on lui enleva un rein. Il supporta les souffrances de l’opération et celles plus grandes encore des examens préparatoires avec son humour habituel. Ses lettres décrivaient le travail des chirurgiens de façon à vous donner envie de faire l’expérience. – De retour au grand séminaire, il vécut une dernière année avec le Père Salou, mais les armées communistes approchant, le séminaire de Changking fut fermé en 1949, et tous les séminaristes furent envoyés au Collège Général de Penang, en Malaisie. Ainsi finirent les années professorales du Père Aymard. Il y rencontra de nombreuses difficultés, d’une part à cause des mouvements de xénophobie de l’époque, d’autre part, par suite de l’attitude de certains confrères qui, anciens professeurs, se permettaient parfois des remarques qui n’étaient pas faites pour arranger les choses. Quant à lui, il avait un prinicipe qu’il suivit toute sa vie : ne jamais retourner dans un endroit où il avait passé, pour éviter de créer des difficultés ou des ennuis, même involontaires, à ses successeurs. – Après l’arrivée des communistes, le P. Aymard devient alors aumônier de l’hôpital catholique de Chongking. Le 29 novembre, les armées communistes entres dans la ville. Les premiers contacts furent très polis. Mais, dès 1950, le Père Aymard dut quitter l’hôpital et se réfugier à l’évêché. Il devint alors vice-supérieur régionale des confrères des Missions Etrangères travaillant en Chine. Mais, que faire ? Les étrangers ne pouvaient sortir de chez eux que pour aller à la police. En résidence surveillée à l’évêché avec quelques autres Pères, Paul AYmard fut témoin des remous que créa la campagne, menée par les communistes pour les Trois Indépendances : avec des fonds Chinois, les prêtres chinois seuls devront enseigner une doctrine chrétienne chinoise. – Il fut aussi témoin de la belle résistance du Père Tong. Le vicaire capitulaire ayant accepté de faire un défilé pour demander l’expulsion du nonce apostolique, Mgr Riberi, le Père Tong courageusement prit la parole dans la cathédrale pour condamner ce geste et amener toute la communauté chrétienne, vicaire capitulaire en tête, à faire amende honorable. Il fut arrêté, tandis que son discours était diffusé par les journaux communistes comme le type même de l’attitude religieuse réactionnaire. Nul n’a su ce qu’il est devenu. Comme il n’a jamais reparu, cela doit vouloir dire qu’il n’a jamais voulu rétracter ses paroles courageuses, expression du déchirement du chrétien chinois, loyal envers l’Etat, mais fidèle au Christ et à son Eglise. – Le 1° septembre 1951, le Père Aymard et sept autres missionnaires de Chung-king furent avertis que leur permis de séjour en Chine était annulé et qu’ils devaient partir. Ils durent faire paraître, à leurs frais, dans tous les journaux chinois, une annonce faisant savoir à la population qu’ils allaient quitter la Chine et priant ceux qui auraient des réclamations à faire de se présenter dans les quinze jours. Enfin, le 30 septembre, ils s’embarquèrent sur le Yang-Tse. Le 1° octobre au matin, ils partirent en direction de Hankéou, où ils arrivèrent le 4, dans la matinée. Le soir, ils prenaient le train pour Canton, puis un nouveau train pour Hong-Kong, et le 6 octobre au soir, ils passaient la frontière. – Le 28 novembre 1951, le Père Aymard arrivait en France d’où il était parti 30 ans plus tôt. D’abord aumônier dans le diocèse de Belley, il fut ensuite, de 1953 à 1964, chapelain à Fourvière. Retirée en 1964 à la maison de retraite de Lauris, il y mourut le 16 novembre 1966. – Jamais il n’oublia la Chine. Jusqu’à son dernier jour, tout ce qu’il possédait était envoyé à Hong-Kong pour aider les confrères dans leurs oeuvres auprès des réfugiés chinois. Il aima… et il fut aimé. Son émotivité lui faisait parfois prendre au tragique de petits ennuis, mais sa bonté à l’égard de tous, sa délicatesse qui ne nuisait en rien à sa franchise, lui gagnaient tous les coeurs. Très sensible, d’une sensibilité peut-être exacerbée par sa maladie, il ne se laissait pas dominer par elle. S’ils parlait de ses misères, c’était toujours de façon humoristique, veillant à ne jamais attrister ses confrères par ces maux qu’il ne pouvait cacher. Il s’intéressait à chacun, charchant à donner à tous, et surtout aux jeunes, cette confiance en soi-même qui lui faisait peut-être défaut. Sa grande affectivité était tournée vers les autres, occupée à les rendre heureux, et vers le Seigneur avec qui il vivait en constant dialogue : dévotions aux formes souvent originales, mais dans lequelles cet homme original traduisait au mieux l’attachement de toute sa personne à Dieu.

Le Père Jean LYET (1908-1975) – Il était né le 2 février 1908 à Marlieux, mais il est davantage lyonnais que diocésain de Belley. Il fit, en effet, ses études à l’école cléricale de Saint Denis de la Croix Rousse à Lyon, puis à l’Institution Leirade alors Petit Séminaire. Entré au Grand Séminaire de Ste-Foy-Francheville, il étudia la philosophie pendant deux années. Puis, en 1928 sa mère pourut et il décida d’entrer aux Missions Etrangères. Il dut d’abord aller faire son service militaire, et revint au Séminaire en octobre 1929. Ordonné prêtre le 2 juillet 1933, il partit le 18 septembre suivant pour la Chine. – Arrivé à la mission de Chengtu, il se mit à l’étude du chinois, et quelques mois après, il fut nommé à Hoang Ma Se, où il fit du ministère parmi les chrétiens chinois, tout en se perfectionnant dans la langue chinoise. Il ne resta que trois ans dans ce poste, de 1933 à 1936. Il fut alors nommé professeur au Grand Séminaire. Pendant 10 ans, il travailla à la formation du futur clergé chinois et se montra toujours très dévoué pour cette petite communauté et les quelques chrétiens du dehors qui venaient le dimanche à la messe du Séminaire. – En 1946, pour cause de maladie, il dut rentrer en France, où il resta jusqu’à sa mort en 1975, assurant divers ministères d’enseignement (à l’école apostolique du Pinier, à Beaupréau, Maine-et-Loire, puis à Ménil Flin) et d’aumônerie de religieuses à Lourdes avant de se retirer dans sa famille à Belley et à Lyon où il mourut d’un cancer des poumons, le 14 juin 1975, à Lyon. Ses obsèques eurent lieu le 16 juin à Lyon. – Il était le « type » de l’homme mesuré et digne, un peu froid, mais charmant et même gai dans l’intimité. Très près de Dieu dans sa vie spirituelle, il fut toujours rempli de charité pour les autres. Pendant sa maladie, il fut très courageux, ne se plaignant jamais et faisant l’admiration de tous.

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