0 – MISSIONNAIRES DE L’AIN AUX XIX° ET XX° SIECLES

Missionnaires Spiritains

Père Henri Nique (1883-1939)
Henri Nique naquit le 28 avril 1883 au Mas-Rillier, près de Miribel, d’un père bressan et d’une mère dauphinoise. « On me répéta souvent, dans mon enfance, écrira-t-il, que ma mère, très pieuse, entreprit le pèlerinage de Notre-Dame de Fourvière pour que l’enfant qu’elle portait dans son sein fût missionnaire ou cultivateur ».
Il perdit sa mère l’année qui suivit sa naissance, et fut élevé par sa tante maternelle, « une sainte institutrice du vieux temps ».
Tout enfant, il dévorait déjà les récits des Missions. Mais c’est pendant son séjour au petit séminaire de la Côte Saint-André (Isère), que ses pensées s’orientèrent définitivement vers la Congrégation du Saint-Esprit. Dans ce séminaire où soufflait un vent apostolique, il connut quatre futurs spiritains : Mgr Tardy, futur Vicaire apostolique du Gabon, les Pères Berthon, Orcel et Jean-Baptiste Bonnard ; mais il les précéda tous quatre au Noviciat d’Orly.

Noviciat, profession relgiieuse et service militaire
Son année de noviciat laissera sur son âme une empreinte profonde. « Dès le commencement, écrivait-il, je me suis mis de tout coeur à l’oeuvre, visant à devenir un homme de discipline et l’énergie. Puis j’essayai de pratiquer la vie d’oraison. Maintenant (à la fin du noviciat), j’envisage la vie religieuse et apostolique comme une vie d’union à Jésus souffrant, une vie de victime pour les âmes ». Discipline, énergie, austérité personnelle, ce sont là les principes directeurs de toute sa vie.
Après sa profession, il fit son service militaire à Lyon. Il en revint épuisé, les poumons atteints. Il eut, pendant son scolasticat à Chevilly et à Langonnet, de fréquents crachements de sang ; il passa même une année au sanatorium de Leysin, en Suisse, et y termina tant bien que mal ses études de théologie.

Sa première nomination au Sénégal
Sa santé exigeait de grands ménagements. Comme le climat sec et chaud du Sénégal avait parfaitement réussi à d’autres confrères malades de la poitrine, le jeune P. Nique demanda et obtint d’être envoyé dans les missions du Sénégal. Nommé à la direction du petit séminaire de Thiès, il s’acquitta de ses fonctions avec beaucoup de zèle et de dévouement. « J’ai en très haute estime le cher P. Nique, écrivait de lui Mgr Jalabert. C’est un sujet d’élite ».

L’épreuve de la Guerre (1916-1918)
Pendant la guerre de 1914, il fut mobilisé à l’Hôpital de Dakar, d’où il passa en France en 1916, affecté à un bataillon de tirailleurs sénégalais. Il se montra sur le front remarquable de courage et d’endurance, et fut cité à l’ordre du régiment pour son dévouement pour les blessés. « Quand je dors, disait-il, je dors ; les tirs de barrage même ne me réveillent pas. Je fais l’admiration du major aux côtés duquel je couche ; il ne comprend pas mon sommeil sous un tel bruit. Pourtant je dois dire que, lorsqu’on m’appelle pour un blessé, je me réveille le premier, avant mes camarades, dès qu’on a prononcé mon nom ».
En juillet 1917, il fut fait prisonnier. « Je suis ici un très bon régime pour obèses », écrit-il de Rastadt à Mgr Le Roy, tisane d’orge, deux soupes et 100 grammes de pain par jour ». « Nous maintenons notre moral par le travail. Dans nos conversations, nous essayons de mettre un peu de patience et de résignation dans les coeurs ».

Curé de Saint-Louis du Sénégal (1919-1924)
Libéré à la fin de la guerre, nous le retrouvons, dès le mois d’août 1919, au Sénégal, vicaire à Saint-Louis pendant une année, et puis curé du même lieu. Il faut preuve de zèle très éclairé dans cette résidence de Saint-Louis, où un petit noyau d’un milier de fidèles mène sa vie chrétienne en coexistence avec une population de 16 000 musulmans.

Maître des Novices et Provincial (1924-1938)
En 1924, Mgr Le Roy, voulant à la tête du noviciat d’Orly, un religieux fervent, qui soit en même bien au courant des besoins généraux des missions fait appel au P. Nique.
Son travail personne y est considérable. Il lit énormément et il fait appel dans ses conférences au témoignage d’auteurs innombrables. Il rédige pour son usage l’histoire de la Congrégation et de ses Missions. Il refait à sa manière personnelle le cours de Droit canonique et l’explication des Règles et Constitutions. Il nourrit l’imagination de ses novices en leur faisant exécuter des cartes murales très précises de nos Vicariats d’Afrique.
En 1927, le P. Nique succède au P. Paul Benoît comme Provincial de France ; il occupera ce poste jusqu’au chapître général de 1938. Malgré les difficultés de la guerre et de l’après-guerre, le Père Benoît avait été le véritable organisateur de la Province de France. Il avait travaillé sans répit à augmenter le nombre des petits scolastiques, fondant pour eux des centres définitifs de formation, en leur fournissant, autant qu’il le pouvait, des professeurs compétents.

Un organisateur, un publiciste et un pédagogue hors pair
Travaillant sur un terrain déjà préparé, le Père Nique s’occupa dès le début, du développement de la propagande et du recrutement. Ce fut son grand succès. Il multiplia dans la Province les livres sur les Missions, et les petites plaquettes abondamment illustrées. Il lança par dizaines de mille, dans les collèges ou à l’occasion des fêtes missionnaires, des expositions, des sacres des Evêques, de véritables prospectus de publicité sur nos Oeuvres de Missions. Il organisa un service de recruteurs, de conférenciers, utilisant même à l’occasion quelques scolastiques plus diserts.
En 1930, il note que les différentes revues de la Province tirent à 92 000 exemplaires. En 1938, elles atteindront le chiffre de 150 000. En 1931, il annonce 13 volumes de propagande sur nos Missions. Mais cet effort à l’extéiruer n’empêche pas le Père Provincial de s’intéresser dans le détail à la marche de ses communautés et surtout des oeuvres de formation. Si, dans ses visites provinciales, il parle moins ? et plusieurs lui en ont fait grief ? de la vie religieuse personnelle, c’est qu’il sait que l’enseignement de la vie religieuse fait le sujet de toutes les conférences habituelles de nos communautés. Il s’attache surtout à parler des sujets que plusieurs de ses subordonnés pourraient oublier de traiter : recrutement, propagande, conférences missionnaires, étude de l’harmonium, photographies, etc…
Il est très au courant de toutes les suggestions de la pédagogie moderne. Il inssiste sur l’enseignement concret, sur l’utilité d’un écran à côté du tableau noir. Il cherche à créer dans la Province un corps professoral compétent, et il y a réussi. Il encourage les élèves à passer les examens publics du baccalauréat et du brevet, et les professeurs à préparer une licence. Il pousse ? quelquefois sans suffisamment mettre en garde les jeunes esprits qui l’écoutent ? à l’étude des théories sociales les plus actuelles.

Grandeur et limites
Il ne nous est pas possible de relever ici toutes les heureuses initiatives du Père Nique, pas plus que le taire la critique de certaines hardiennes qui l’ont fait parfois quitter le chemin battu pour suivre des théories ou des méthodes qui n’avaient pas encore fait leurs preuves. On a pu critiquer aussi sa manière rigide de conduire les hommes. Mais personne n’a jamais mis en doute sa parfaite loyauté, son humilité, son austérité de vie. Toujours égal à lui-même, impassible sous les compliments comme sous les critiques, il savait se montrer à l’extérieur un vrai gentleman et il avait parfois pour ses confrères des attentions exquises.

La dernière année (1938-1939)
Après le chapitre de 1938, le Père Nique résigna ses fonctions et fut nommé Supérieur de Chevilly. C’était, pour lui, dans l’esprit de ses supérieurs, un poste de demi-repos qui lui permettrait de reprendre des forces, afin d’occuper sans tarder une fonction plus importante.
Mais sa santé était fortement ébranlée par douze années de provincialat et par toute une vie de travail. On le fit mettre en observation à l’Hôpital Bonsecours, où les médecins ne tardèrent par à diagnostiquer un état très avancé d’angine de poitrine. Le P. Nique était loin de se douter de la gravité de son état. Il se proposait même de quitter prochainement l’hôpital. Pourtant il demeurait complètement abandonné centre les mains de Dieu.
Le 23 mars, au début de l’après-midi, il avait renouvelé devant son convesseur le sacrifice de sa vie. Dans la soirée, vers 5 heures, une forte crise cardiaque le terrassa. Tout fut immédiatement tenté par le médecin présent et les infirmières, mais sans succès. Le Père Gay, son compatriote, qui était venu lui rendre visite, eut juste le temps de lui donner les derniers sacrements ; le Père mourut quelques instants après, dans ses bras. Il avait 56 ans.