Un ami de Colbert : Mgr Jean-Albert Belin (1664-1677)

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Le 81ème évêque de Belley était né à Besançon vers l’an 1610, dans une famille distinguée de la magistrature. De bonne heure, il se consacra à Dieu dans l’Ordre de saint Benoît. Le 19 décembre 1630 – il avait 20 ans- il fait profession à l’Abbaye de Faverney qui relevait de Cluny. Ses études terminées, ses supérieurs l’envoyèrent successivement à Cluny, La Charité-sur-Loire et Saint-Etienne de Nevers. Il obtint quelques succès comme prédicateur à Paris où il fit des conférences sur les principaux articles de la foi chrétienne.

 

Un peu plus tard, il fit imprimer un ouvrage intitulé « Preuves convaincantes du christianisme » qu’il dédia au grand Colbert et il contribua à faire nommer le fils de ce dernier comme prieur de la Charité sur Loire. Peut-être, en retour, est-ce Colbert qui favorisa sa promotion à l’évêché de Belley. Il y fut nommé le 24 avril 1664, succédant à Mgr de Passelaigue, mais les bulles pontificales n’arrivèrent qu’un an et demi plus tard, le 15 décembre 1665, en raison des tensions entre Rome et l’Eglise gallicane. Consacré évêque à Paris, le 14 février 1666, il prit possession de son siège, le 20 mai de la même année.

 

Le nouvel évêque fut reçu selon le rituel en usage par le chapitre de Belley et l’archidiacre lui demanda, en lui présentant le Livre des Saints Évangiles, de prêter le serment de maintenir les usages et les statuts du chapitre.

 

« Oui, Monsieur, répondit l’évêque, je le jure ; je n’ai jamais fait de lâcheté et je ne commencerai pas par là ». Ce disant, il mit la main sur les Évangiles et fit le serment demandé.

 

L’épiscopat de Jean-Albert Belin ne fut pas heureux. Des infirmités précoces (il avait 56 ans) ne lui permirent pas de remplir toutes les fonctions de son ministère. Il fit toutefois, au moins dans ses débuts, des visites pastorales, notamment dans la partie dauphinoise du diocèse. On possède, entre autres, un compte-rendu, en date du 26 août 1666, d’une visite au Pont de Beauvoisin, l’évêque y félicite le curé Claude Chollet et ses paroissiens pour leur régularité. Il demande néanmoins que soient effectués à l’église saint Clément les réparations et agrandissements nécessaires. Les consuls et échevins finirent par obtempérer et exécuter les travaux requis en 1670.

 

Il eut aussi des désagréments de famille. Il fit venir un neveu qu’il ordonna prêtre et fit chanoine de sa cathédrale, mais ce neveu, dont la vocation n’avait été ni examinée ni mûrie, lui causa de grands ennuis, ainsi que deux nièces qu’il avait amenées à Belley et dont la conduite légère l’obligea à les renvoyer dans leur pays.

 

Il eut aussi à s’occuper du procès concernant la fameuse cassette d’or de son prédécesseur qui aurait été volée, disait-on. Or il fit du chanoine Parra, l’un des principaux suspects, son grand vicaire et son official. Le doyen Parra put ainsi se prévaloir de ces dignités comme preuve de son innocence dans le procès qui se prolongea sous le successeur de Mgr Belin.

 

Pour terminer, une épidémie de « fièvres pourprées » se déclara à Belley en 1675. Elle entraîna la mort de 314 personnes, dont le curé Jean Poncet. Pour faire cesser le fléau, on fit des prières publiques. La châsse de saint Anthelme fut portée en procession dans les rues de Belley par quatre chanoines. Malheureusement, l’évêque ne fut pas à la hauteur de la situation : craignant pour sa santé déjà chancelante, il prit la fuite devant l’épidémie qui ravageait le troupeau et se retira chez son frère, conseiller au Parlement de Besançon.Le roi, informé du malheur qui frappait la ville, dépêcha à Belley un médecin chargé d’en rechercher les causes et d’y porter remède. Par ses ordres, on fit brûler dans les rues de la ville des bois de genièvre et d’autres aromates destinées à désinfecter l’air. On usa de la même précaution pour les églises et les lieux publics. De fait, peu à peu, la contagion se dissipa.

 

Mgr Belin revint sans gloire dans son diocèse. Il y mourut peu après le 29 avril 1677. Il avait 67 ans. Le lendemain, son corps fut inhumé dans le sanctuaire de la cathédrale, en face du maître autel. Sa tombe fut couverte d’une pierre sur laquelle on grava ses armes et les insignes de sa dignité épiscopale, avec une épitaphe rappelant ses titres et le jour de sa mort.

 

Jean-Albert Belin était un homme d’étude, surtout dans le domaine de la philosophie et des sciences naturelles. Ses ouvrages, aujourd’hui ignorés, portent des titres étonnants de la part d’un évêque, par exemple, un « traité des talismans ou figures astrales » où l’auteur montre que leurs effets sont naturels, mais donne en même temps la manière de les confectionner et de s’en servir. Comme aussi : « les conclusions du philosophe inconnu, en la recherche de la pierre philosophale », ou encore son traité « de la poudre de sympathie justifiée » !

 

On peut les considérer comme les oeuvres d’un chercheur curieux et sachant à ‘occasion utiliser ses « découvertes » comme arguments apologétiques.Il composa également, il est vrai, des ouvrages de piété, sans doute plus utiles pour son peuple : une « Octave du saint Sacrement ou emblème eucharistique » ; ou encore « les solides pensées de l’âme pour la porter à son devoir. »

 

Mgr Belin légua en mourant, à son chapitre, la chapelle d’argent de son prédécesseur, à la charge d’une grand’messe qui devait se chanter annuellement pour le repos de son âme et devait être suivie d’un de Profundis récité sur son tombeau.