Mgr de Passelaigue (1630-1663)

 

Un des derniers actes judicieux de Mgr Jean-Pierre Camus avait été de désigner son successeur : Jean de Passelaigue, qui monta sur le siège de Belley après la démission de son protecteur.

 

Fils d’un fermier attaché au Prieuré clunisien de la Charité sur Loire, le petit Jean fut discerné par le Prieur qui lui procura une éducation soignée et l’admit parmi les religieux de son Prieuré. Nommé précepteur des enfants du Duc de Nevers, Jean de Passelaigue reçut bientôt la charge de Prieur de la Charité-sur-Loire, mais le Duc de Nevers s’opposa à l’octroi du bénéfice correspondant (il le réservait pour l’un de ses fils). Jean de Passelaigue se plaça alors sous la protection de Richelieu qui lui obtint l’Abbaye de Notre-Dame de Hambie, au diocèse de Coutances. C’est de là qu’il fut appelé à gouverner le diocèse de Belley.

 

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Le 14 mai 1630, à Mâcon, il reçut la consécration épiscopale, dans l’église des Pères Dominicains, des mains de Louis Dinet, évêque de Mâcon, assisté de l’évêque-comte de Chalons, Jacques Nuchèse, et de l’évêque de Damas, Robert Berthelot. Tout de suite il rejoint sa ville épiscopale ; Le 23 juin il consacre l’église des Capucins à Belley, construite par son prédécesseur.

 

L’évêque et le chapitre

 

Dès le début de son épiscopat, le nouvel évêque chercha à se concilier les bonnes grâces du chapitre qui fut si souvent un foyer d’opposition. En 1631, il fait la visite solennelle de l’église du cloître et du chapitre en présence de tous les chanoines réunis. Il aimait beaucoup les cérémonies de l’Église et nous avons une délibération du chapitre qui reconnaît qu’il les accomplit avec dignité. Un différend survint lorsque l’évêque voulut introduire dans sa cathédrale le cérémonial romain. Les chanoines, attachés aux anciens usages, refusèrent d’assister l’évêque dans les offices pontificaux. Mais le Parlement de Dijon donna raison à l’évêque.

 

L’évêque et les chartreux

 

L’une des grandes oeuvres de Jean de Passelaigue fut, en 1630, la translation solennelle des reliques de saint Anthelme dont le tombeau était quelque peu négligé. Les fêtes qui eurent lieu à cette occasion furent splendides : toute la ville et tout le diocèse y prirent part, ainsi que les Pères chartreux qui voulurent eux-mêmes s’associer à la joie des habitants de Belley.

 

Le 12 janvier 1633, le Prieur de la Grande Chartreuse, au nom de l’Ordre, adressa une lettre de reconnaissance à Jean de Passelaigue. Il l’affilie, ainsi que tout son diocèse, aux prières, aux pénitences et aux bonnes oeuvres qui se pratiquent dans leur Ordre. L’Évêque de Belley lui répondit par une lettre de remerciement datée du 23 mars de la même année.

 

Dix ans plus tard, Mgr de Passelaigue fut prié par les Pères chartreux d’Arvières, d’aller faire la reconnaissance du corps de saint Arthaud, en l’absence de l’évêque de Genève, que ses infirmités retenaient dans sa demeure. Une procession solennelle eut lieu à Belley en 1645 pour déposer dans le trésor de la cathédrale une relique de ce saint religieux qui avait été notre évêque.

 

L’évêque et les moniales : les Dames de Bons

 

Mgr de Passelaigue avait hérité du zèle de son prédécesseur pour le maintien de la discipline et de la régularité monastique. S’il n’eut pas de difficultés à ce sujet avec les Pères Chartreux, il n’en alla pas de même avec certaines moniales. En effet, à la porte de Belley – à Bons -, il y avait un monastère de religieuses de l’Ordre de Cîteaux, fondé par les Princes de Savoie pour les jeunes filles appartenant aux familles nobles.

 

Il était tombé en décadence complète. Mgr Camus avait gémi sur ce relâchement qui devenait un scandale pour le pays. Mais, fortes des droits de l’exemption et soutenues par leurs familles puissantes, les moniales « cloîtrées » avaient résisté victorieusement à l’autorité épiscopale et s’obstinaient dans une vie mondaine et dissipée.

 

L’évêque de Belley, de concert avec Pierre de Nivelle, abbé de Cîteaux, était intervenu par diverses monitions, mais sans succès, pour les ramener à la soumission. Il résolut donc de se rendre lui-même au monastère de Bons, espérant par ses paroles et sa présence, obtenir l’amendement de ces rebelles. Il se présente donc au couvent, accompagné de plusieurs membres de son chapitre. L’abbesse, Gilberte de Laigue, entourée de toutes les religieuses, le reçoit dans l’église.

 

L’évêque se revêt alors de ses insignes pontificaux et leur adresse une exhortation paternelle, les invitant à rétablir la clôture et les observances régulières ; sinon il ferait usage de l’autorité que lui donnait le Concile de Trente et des pouvoirs délégués par l’Abbé général de l’Ordre dans une lettre dont il fait lecture.

 

L’abbesse répond que la communauté a ses supérieurs réguliers et qu’à eux seuls appartient le droit de réprimande et de réforme. Comme l’évêque proteste, intervient frère Humbert Aubry qui se dit confesseur du monastère et qui, sans costume religieux, répète insolemment devant l’évêque la réponse de l’abbesse.

 

L’évêque publie une ordonnance fixant un délai de trois mois pour le rétablissement de la clôture. Le délai expiré, il se présente à nouveau au monastère dont il trouve les portes effectivement et obstinément closes et il s’entend dire qu’on se moque de ses pouvoirs et qu’on ne reconnaît pas ses droits.

 

Dans l’intervalle, le cardinal de Richelieu est devenu abbé de Cîteaux. Informé des mesures prises par l’évêque de Belley et de concert avec son prédécesseur, il approuve tout ce qu’a décidé Jean de Passelaigue et ordonne la clôture forcée pour l’abbaye de Bons. Les religieuses comprennent qu’elles doivent s’incliner devant cette imposante autorité. Elles quittent Bons et font l’acquisition d’un monastère à Belley où elles viennent s’installer en 1635. L’évêque, par sa prudence et sa fermeté, réussit de la sorte à mener à bonne fin cette affaire. Les religieuses trouvèrent d’ailleurs dans sa charité les ressources nécessaires pour mener désormais une vie conforme à leur vocation.

 

Par ailleurs, au début de son épiscopat, Mgr de Passelaigue avait appelé à Belley les soeurs Ursulines qui bâtirent une grand monastère où les jeunes filles de la Ville recevaient une éducation chrétienne.

 

La relève sacerdotale et la formation des prêtres

 

Jean de Passelaigue célébra un grand nombre d’ordinations Elles prouvent au moins sa fidélité à la résidence à une époque où bien des évêques s’en affranchissaient trop aisément. Nous avons le catalogue des ordres qu’il a conférés depuis le 4 avril 1654 jusqu’au 4 mars 1661. En 7 années, il ordonne un nombre vraiment prodigieux de candidats où figurent des religieux de presque tous les ordres et des clercs de presque tous les diocèses de France, de Suisse et de Savoie. Au total, on dénombre 645 prêtres ordonnés (soit une moyenne de 92 par an, pratiquement l’ensemble des ordinations annuelles pour toute la France depuis une vingtaine d’années ! ). Sur ce nombre, 58 « seulement » pour le diocèse de Belley, soit un peu plus de 8 par an, ce qui serait très apprécié de nos jours, d’autant plus que l’ancien diocèse de Belley était de bien plus petite taille que l’actuel diocèse de Belley-Ars.

 

Si l’ensemble des années d’épiscopat de Mgr de Passelaigue ont été aussi fécondes, il a pu ordonner environ 3.000 prêtres ! Quelle était la formation de ces prêtres, au moins ceux du diocèse de Belley ? Le Concile de Trente avait prescrit l’établissement d’un séminaire dans chaque diocèse. Dix années après la fin du Concile, celui de Belley n’en possédait pas encore. Jean de Passelaigue fut le premier évêque de Belley à former le projet que réalisèrent ses successeurs. Dans son testament, il léguait une cassette pleine d’or destinée notamment à faire construire un séminaire, mais il semble que cette cassette fut subtilisée, soit par les intrigues d’une nièce par alliance, soit par un certain chanoine Parra.

 

Les dernières années de sa vie, Jean de Passelaigue vit ses facultés s’affaiblir. Dénoncé au roi comme étant tombé dans l’enfance, il s’en plaignit auprès des chanoines qui lui exprimèrent leurs condoléances. De fait quelques années avant sa mort, l’évêque reçut un curateur pour s’occuper de sa personne et de ses biens. Il mourut le 12 août 1663 et fut enseveli le lendemain dans le tombeau qu’il s’était fait ériger dans la cathédrale. « D’argent au chevron de gueule accompagné en chef de deux soeur du même chargés d’un nom de Jésus d’or et en pointe d’un navire de sable équipé et voilé de gueule flottant sur des ondes de sinople ».

 

Le navire passant l’eau fait allusion évidente au nom de l’évêque « Passe-l’aigue ». Les soeurs chargés du nom de Jésus (IHS est l’abrégé du IHSOUS grec) disent l’orientation profonde de sa vie.

 

Bibliographie : Le diocèse de Belley, Histoire religieuse de l’Ain, par Louis Alloing, Imprimerie A. Chaduc, 1938