Une mosaïque de couleurs à l’église du Sacré Coeur de Bourg : Mauméjean, 1939-1942

On doit l’église du Sacré-Coeur de Bourg-en-Bresse à la volonté de Mgr Pierre Soubiranne, évêque de Belley de 1880 à 1887, qui souhaitait construire une basilique votive au Sacré-Coeur dans la lignée de celles de Paray-le-Monial ou de Montmartre. En 1883, il obtient du Pape Léon XIII le transfert du siège de l’Archiconfrérie du Sacré-Coeur du Monastère de la Visitation de Bourg où elle avait été érigée, à la chapelle Saint-François consacrée par lui le 24 août 1883. Ce changement sera pourtant de courte durée puisqu’à sa mort, il reviendra chez les Visitandines.

 

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En 1910, Mgr Adolphe Manier, nouvel évêque de Belley, décide d’ériger la paroisse du Sacré-Coeur à Bourg et nomme le chanoine François Rynois (1871-1950) curé de la nouvelle paroisse, avec pour mission de mener à bien le chantier de construction.Infatigable jusqu’à sa mort en 1950, il ne ménagera pas sa peine ni ses efforts pour porter le projet pendant 40 ans, malgré les aléas des deux conflits mondiaux, jusqu’à l’inauguration de l’église le 14 juin 1942 et sa consécration par Mgr Amédée Maisonobe le 7 juillet 1948. Il ne verra cependant pas l’élévation des deux flèches si connues aujourd’hui à Bourg-en-Bresse, qui remplaceront les clochetons en 1952-1953.

 

Cette église, largement méconnue par nos contemporains, mérite vraiment qu’on s’y attarde. C’est ce que nous proposons aujourd’hui en nous intéressant aux vitraux exceptionnels de modernité et d’intensité crées en 1939 par la maison Mauméjean Frères.

 

« Concours pour la fourniture et la pose des verrières de la nouvelle basilique du Sacré-Coeur à Bourg (Ain) »

 

Vers 1934, l’architecte Claude Royer Père, qui a succédé au premier architecte Franchet, disciple de Bossan, en accord avec le Chanoine François Rynois, curé du Sacré-Coeur, lance un concours restreint entre des maîtres-verriers français désignés par le Comité des Travaux de la Basilique du Sacré-Coeur, pour orner 5 des 14 fenêtres de la nouvelle basilique édifiée dans son gros oeuvre depuis 1910, à savoir les 5 baies du choeur, dans un style « moderne sage, sans outrance ».

 

Le programme iconographique demandait que pour les 5 fenêtres du choeur, le Sacré-Coeur soit figuré au centre avec « une stature surhumaine » et avec la représentation traditionnelle de la tunique ouverte pour « montrer son coeur qui a tant aimé les hommes. A ses pieds, les quatre fleuves du Paradis, source de vie auxquelles viennent s’abreuver des cerfs et des colombes figurant la chrétienté. Dans les quatre autres fenêtres, les Evangélistes, d’une stature proche de la normale, commentateurs de la sublime charité du coeur de Jésus ».

 

Une scène de la vie de la Vierge était demandée pour la chapelle de la Vierge, une de la vie de saint Joseph pour la chapelle correspondante et, pour les autres chapelles de la nef, des « scènes de la vie du Christ se rattachant à la dévotion au Sacré-Coeur ou bien des scènes des saints contemporains dont la Dévotion illustra le culte au Sacré-Coeur de Jésus ».

 

Enfin, une « mosaïque de couleurs exprimant la flore et les symboles de l’iconographie du Sacré-Coeur de Jésus et Marie pour les deux roses du transept, ainsi que la Dispute du Saint-Sacrement pour la rose de la façade ».

 

 

Mauméjean Frères : des « maîtres d’une rare compétence professionnelle possédant un sens artistique avisé et une profonde science héréditaire »

 

C’est ainsi que la maison Mauméjean Frères, Grand Prix à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs Modernes à Paris en 1925, et qui comptait déjà une renommée et des références internationales, sera sollicitée en avril 1934 par l’architecte Royer et acceptera de concourir.

 

Installée à Paris pour ses bureaux, la « société anonyme de vitraux d’art et de mosaïques » a ses ateliers à Hendaye, dans les Pyrénées-Atlantiques, où elle a employé jusqu’à 300 personnes. A la Séparation des Eglises et de l’Etat en France, la firme a failli être anéantie par la raréfaction des commandes. Mais c’est en Espagne où elle a émigré qu’elle a réussi à renaître en concurrençant les maisons allemandes notamment.

 

On manque d’informations sur l’évolution précise de ce concours. On retrouve des lettres adressées par Charles Mauméjean directement au Chanoine Rynois en 1938, lui rappelant les relations qui le liaient à M. Royer Père « qui était si attaché à votre oeuvre et à votre personne. C’est avec plaisir, lui dit-il, que je reprendrai avec vous l’étude d’un programme iconographique exprimant la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus ».

 

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Précieuses archives…

 

L’importante correspondance épistolaire hebdomadaire qui s’instaure alors entre Charles Mauméjean et le Chanoine François Rynois, conservée fort heureusement dans les archives paroissiales, nous donne de précieuses informations sur le déroulement des opérations de création (présentation et approbation des maquettes), d’expédition et de pose des verrières et des mosaïques dans le contexte de la seconde guerre mondiale, entre 1939 et 1942. On se retrouve au beau milieu de la petite histoire quotidienne et concrète qui s’inscrit pourtant dans la Grande Histoire. On suit le déménagement de la maison Mauméjean à Hendaye à la déclaration de guerre, avant qu’elle ne puisse revenir en partie à Paris avec l’autorisation de la préfecture, les problèmes de manque de main d’oeuvre dans les ateliers à cause de la mobilisation, les lenteurs d’acheminement des matières premières ou des oeuvres finies, et les solutions trouvées pour pallier la difficulté de circulation des poseurs de Mauméjean de la zone occupée à Paris à la zone libre à Bourg-en-Bresse. Charles Mauméjean fera par exemple travailler en 1942 une jeune femme, Mlle Durgeat, élève de l’Ecole des Beaux-Arts, considérant que son passage aux contrôles allemands serait facilité…

 

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Cette correspondance nous permet également d’appréhender les rapports amicaux des deux protagonistes qui sont unis par un même élan créatif, une même passion et une même foi pour toutes les étapes de création, depuis la définition du programme iconographique jusqu’à la réalisation, en passant par la validation de la maquette… Le professionnalisme de Charles Mauméjean permet de répondre aux demandes du curé et de tenir ses délais serrés dans le contexte que l’on sait.

 

On constate l’admiration et la déférence que le verrier vouait au Chanoine Rynois qui avait de son côté la volonté tenace de finir coûte que coûte les travaux et d’orner son église des plus belles oeuvres. Il est amusant de constater que leurs relations sont très cordiales pour toutes les étapes de création mais que tout se corse à chaque fois qu’il est question d’argent… Le pauvre Mauméjean a souvent eu du mal à obtenir le paiement des factures des travaux engagés, voire même finis depuis quelques temps… tandis qu’on imagine aisément dans le même temps les insomnies que devait connaître le chanoine Rynois pour réunir les fonds nécessaires au fur et à mesure.

 

Dès février 1938, les maquettes des premiers vitraux sont soumises au Chanoine Rynois. La pose des six premières verrières de la haute nef côté Epître (au nord au Sacré-Coeur) a lieu fin juillet. Suivent ensuite la pose des verrières des chapelles du choeur puis de celles des chapelles latérales et des rosaces du transept, le tout étant achevé en avril 1939, soit à peine plus d’un an après les premiers dessins.

 

Suivront ensuite la décoration des chapelles du choeur avec leur retable exécuté à fresque et rehaussé de mosaïques d’émaux, des autels des chapelles latérales allant jusqu’à la fourniture de chandeliers et croix d’autel, ainsi que la pose des mosaïques de la façade et du revers de façade représentant les trois vertus théologales (Foi, Espérance, Charité) et trois des quatre vertus cardinales (Justice, Force, tempérance, il manque la Prudence). Chacune de ces vertus est jumelée à une des Béatitudes, selon l’association classique chez les Pères de l’Eglise.

 

« Une mosaïque de couleur enchâssée dans un réseau de plomb »

 

C’est ainsi que Mauméjean présentait lui-même sa production de vitraux en 1925 alors qu’il connaît un franc succès au Salon de Paris. « Du choix des verres dépend la réalisation grandiose d’un beau carton. (…) On nous fait grief de l’abondance de mise en plombs et du nombre de couleurs, quand il conviendrait d’observer notre abandon de la peinture pour laisser à la richesse naturelle de la matière le soin de vibrer seule dans sa triomphante splendeur. Les plombs situent les plans et remplacent le trait, les zones de couleurs figurent les clartés et les ombres, sans aucun recours à la grisaille, et c’est là tout le vitrail »1.

 

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Toute l’originalité de ces vitraux réside dans cette mosaïque de verres de petites dimensions assemblés par un réseau de plombs très présent qui remplace la peinture à la grisaille. Ici, la lumière est animée par une grande richesse de transparence donnée par l’utilisation de verres nuancés de grande qualité provenant souvent d’Angleterre. Il a aussi employé des cabochons pour enrichir les impostes des vitraux de la nef.
Pour autant, on remarquera qu’il n’a pas dénaturé les visages mais qu’il les a au contraire préservés du jeu déformant des plombs. A plusieurs reprises et notamment dans la verrière montrant Jésus et les enfants, on admire d’emblée le visage de la mère au centre, traité avec la qualité et la finesse des traits d’un portrait. Il serait d’après la rumeur, celui de la demoiselle de Fréminville que l’architecte voulait épouser… sans succès !

 

Ce qui surprend aussi dans ses verrières, et qui leur confère toute leur modernité, c’est la force de la couleur, cette couleur dont Mauméjean dira « nous l’avons voulue précieuse dans sa qualité, belle dans ses tonalités et nouvelle dans ses épaisseurs multiformes »2. On se retrouve face à de véritables « tableaux de lumière dont certains sont d’une richesse de tons à laquelle les yeux ne sont pas faits »3. Leur éclat leur donne, d’après Pierre Ladoué, « une chaleur de vrai soleil, une pureté, une joie du vrai ciel »4.

 

Les vitraux du choeur

 

Détaillons à présent les vitraux du choeur conçus dès l’origine pour illustrer le thème du Sacré-Coeur de Jésus.

 

Au centre, dans la baie axiale, il est intéressant de remarquer l’évolution iconographique qui s’est opérée depuis les projets du concours, passant de la représentation de la révélation privée de Paray-le-Monial à la vision biblique du Sacré-Coeur, selon l’esprit du mouvement du renouveau biblique. Ici c’est bien la Transfixion du Christ en croix par le centurion romain saint Longin qui est représenté. Figuré à cheval, le manteau rouge flottant au vent, le soldat focalise d’abord le regard pour nous mener ensuite au Christ mort sur la croix. Au-dessus de la croix d’un rouge intense, deux anges ailés vus de profil pleurent. Au pied de la croix, la Vierge Marie et saint Jean se tiennent debout tandis que Marie-Madeleine pleure agenouillée à terre. La transfixion du Coeur du Christ sur la croix est le signe de la surabondance de l’amour de Dieu pour les pécheurs, elle révèle les flots de miséricorde qui jaillissent des entrailles de Dieu pour ses enfants égarés. Le sang qui coule du côté transpercé du Christ fait écho à la représentation plus traditionnelle du Sacré-Coeur enflammé, saignant et ceint de la couronne d’épines que l’on aperçoit en partie supérieure au milieu du cadran des heures de la Garde d’Honneur du Sacré-Coeur tenu par deux anges.

 

A gauche de cette scène, le Christ ressuscité approche la main de saint Thomas pour qu’il touche son côté transpercé tandis qu’il lève la main droite vers le ciel. A leurs côtés huit autres apôtres vivent l’évènement avec une attitude propre à chacun. En haut, un phylactère porte la phrase « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » et plus haut encore le mot « CREDO » est mis en avant.

 

A droite, est représentée la scène bien connue de l’apparition du Sacré-Coeur à sainte Marguerite-Marie Alacoque agenouillée en prière dans le bas de la scène, selon la représentation traditionnelle rapportée par la sainte de ses visions de 1673 à 1675 à Paray-le-Monial. Le Christ debout présente devant lui son coeur sacré enflammé qui est au centre d’un ostensoir rayonnant : « Voici ce coeur qui a tant aimé les hommes ».

 

Enfin de part et d’autre des scènes figuratives, des vitraux ornementaux portant des blasons. A droite, les blasons des Papes qui ont régné pendant la construction de l’église : Léon XIII (1878-1903), Pie X (1903-1914), Benoît XV (1914-1922), Pie XI (1922-1939) et Pie XII (1939-1958). A gauche, même principe avec les blasons des évêques de Belley, depuis Mgr Labeuche, évêque de Belley de 1906 à 1910, jusqu’à Mgr Amédée Maisonobe, évêque de 1935 à 1954 qui a consacré l’église en 1948, en passant par Mgr Adolphe Manier (1910-1929) et Mgr Virgile Béguin (1929-1935). En partie haute, les deux basiliques votives consacrées au Sacré-Coeur de Jésus qui avaient servi de référence à Mgr Soubiranne à l’origine de la construction du Sacré-Coeur : Montmartre à droite et Paray-le-Monial à gauche.

 

Copie de 16 mai - Sacré-Coeur

 

Les vitraux des chapelles latérales de la nef

 

Les vitraux des chapelles latérales de la nef se répondent deux par deux dans les chapelles qui se font face. Les décors des parties supérieures sont identiques et les thèmes représentés se font écho.

 

Dans la chapelle de la Vierge est figurée la scène de l’Annonciation dans laquelle un ange aux ailes rougeoyantes vient visiter la Vierge Marie agenouillée vêtue d’une robe bleue intense, dans un halo de lumière venant du ciel où plane la colombe du Saint-Esprit. En face, dans la chapelle Saint Joseph, on voit la scène de la Mort de saint Joseph, tirée des Evangiles apocryphes. Saint Joseph est allongé dans son lit, Jésus à ses côtés le bénit, la Vierge Marie agenouillée a le visage triste et des hommes, sans doute les « frères du Seigneur », arrivent sur la droite. Ces deux vitraux ont un réseau tréflé supérieur identique dans les tonalités bleues qui rappellent la présence de la Vierge Marie dans ces deux scènes et symbolisent le mystère marial.

 

Sacré Coeur Adoration Mages

 

Viennent ensuite les scènes de l’Adoration des Mages richement vêtus apportant leurs présents à laquelle fait face l‘Atelier de Nazareth où la sainte Famille est réunie pour le travail dans une atmosphère douce et paisible illustrée par la légende écrite en partie haute « il grandissait en force et en sagesse ». Le réseau supérieur est ici d’une couleur verte, qui évoque l’humilité du Coeur du Christ qui s’est fait petit, et figure des palmes qui pourraient évoquer les Rameaux.

 

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Jésus au milieu des enfants qui tient tendrement la tête de deux d’entre eux, renvoie à Jésus au milieu des malades en face, manifestant la tendresse et l’amour du Sacré-Coeur pour les plus petits, les faibles ; charité symbolisée également par les roses rouges et roses en partie haute.

 

Plus loin, la Cène fait face à un vitrail synthétisant à la fois l’épisode de la Multiplication des pains et celui du discours sur le pain de vie rapporté par saint Jean au chapitre VI. La dominante bleue du réseau décoré par des épis de blé et des grappes de raisin stylisées évoque la foi eucharistique, c’est-à-dire la foi dans le Christ présent dans l’Eucharistie. Le thème du Sacré-Coeur est en effet souvent traité en lien avec celui de l’Eucharistie avec les représentations du sang versé, de l’adoration devant l’ostensoir…

 

Dans la dernière chapelle au fond de l’église à gauche, la Résurrection de saint Lazare laisse une impression forte tant la représentation est intense : saint Lazare sort debout de son tombeau, le corps encore tout enveloppé de bandelettes blanches étincelantes, sous les yeux ébahis de certains et émerveillés de ses soeurs Marthe et Marie.

 

François de Sales Jeanne de Chantal Visitation Sacré Coeur

 

En face, et exceptionnellement sans aucun lien avec le précédent, le dernier vitrail représente la Création de l’Ordre de la Visitation en 1661 avec saint François de Sales en habits épiscopaux qui remet les statuts de l’Ordre, nouvellement autorisé par le Pape Alexandre VII, à sainte Jeanne de Chantal. Au premier plan est assis un évêque qui pourrait bien être Mgr Jean-Pierre Camus, évêque de Belley (1608-1629) et grand ami de saint François-de-Sales. En haut, les attributs sacerdotaux des évêques : la mitre et la crosse. Au centre, « le bélier, chef du troupeau, celui qui le conduit dans le symbolisme iconographique, allusion directe au fait que saint François-de-Sales fut le directeur de conscience de sainte Jeanne-de-Chantal » d’après Charles Mauméjean. Ce vitrail, sur lequel figure au fond le Monastère de la Visitation d’Annecy, rappelle la création de celui de Bourg-en-Bresse qui verra naître la Garde d’Honneur du Sacré-Coeur grâce à Soeur Marie du Sacré Coeur Bernaud (1825-1903).

 

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Au revers de la façade, l’Adoration du Saint-Sacrement dans la grande rosace : au centre de baies décoratives, 8 anges adorent le Saint-Sacrement représenté sous la forme d’un ostensoir à la gloire rayonnante.

 

Enfin, les rosaces du transept sont conçues de manière similaire dans les baies géminées. Seul le sujet central diffère puisqu’on retrouve deux allégories du Christ et de son Sacré-Coeur faisant référence à l’Eucharistie : d’un côté l’Agneau de Dieu représenté debout selon l’Apocalypse, ressuscité, vivant, avec le sang de son côté qui se déverse en flot dans une coupe posée devant lui sur un tapis d’herbe, évoquant tout à la fois le sacrifice et la victoire ; de l’autre le Pélican qui s’ouvre les entrailles pour nourrir ses petits.

 

Les vitraux hauts de la nef

 

Ils sont tous les 12 conçus de la même manière, sur fond jaune, avec des motifs géométriques en frise verticale sur les côtés et un saint représenté en pied avec ses attributs et son nom à côté.

 

Figurent ainsi des saints ayant un rapport avec la dévotion au Sacré-Coeur : sainte Gertrude, mystique rhénane du 13e siècle qui a contemplé dans ses visions le côté transpercé du Christ, donnant le départ à une véritable dévotion au Coeur-Amour du Christ ; saint Jean Eudes qui sera l’initiateur d’un culte liturgique des soeurs de Jésus et Marie en 1647 et 1672, ou encore le Bienheureux jésuite Claude La Colombière qui sera le directeur spirituel de sainte Marguerite-Marie Alacoque, et saint Jean Evangéliste qui posera sa tête sur le Coeur du Christ à la Cène.

 

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On retrouve aussi des saints importants pour le diocèse de Belley-Ars comme son patron, saint Jean-Baptiste, saint Anthelme, évêque de Belley de 1163 à 1178, ou le Bienheureux Jean-Baptiste Bottex (1749-1792), curé de Neuville-sur-Ain, ville natale du Chanoine Rynois, député de Bourg aux Etats Généraux, et martyrisé en septembre 1792.

 

On peut voir Sainte Jeanne d’Arc, sainte Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, et sainte Bernadette Soubirous, canonisées respectivement en 1920, 1925 et 1933 et dont le culte était très répandu à l’époque de la construction de l’église du Sacré-Coeur. Ce sont aussi des saintes populaires en France, tout comme l’est le roi saint Louis qui porte la couronne d’épines pour laquelle il édifia la Sainte Chapelle à Paris.

 

Enfin, on distingue sainte Monique, mère de saint Augustin.

 

Les donateurs

 

Sur chacun des vitraux figure la mention d’un ou de plusieurs donateurs ayant apporté leur concours financier. Parmi les plus connus, on retrouve les familles d’entrepreneurs Fonlupt, ou Maillard et Duclos qui ont participé à la construction, mais aussi Ernest Chaudouet, fondateur de la Tréfilerie en 1906, ou encore Louis-Joseph Cuzin qui était inspecteur d’exploitation des chemins de fer.

 

Les trois baies du choeur ont été financées par M. et Mme Charles Tardy ; Charles Tardy ayant donné son nom à la rue qui longe l’église et le presbytère. Industriel et éminent géologue, il créa la géologie scientifique dans l’Ain. Il était le fils de Louis Tardy, polytechnicien qui inventa en 1826 la « capsule au fulminate de mercure » qui rendit possible la fabrication des cartouches. Mme Tardy (1863-1935), née Louise Chrétin à Simandre-sur-Suran, se consacra avec modestie et humilité aux bonnes oeuvres. « A l’instar de son époux, elle se considérait comme dispensatrice des biens que Dieu lui avait donnés ». Elle s’investit dans l’enseignement libre et dans les oeuvres de bienfaisance de la ville de Bourg notamment. Au début du siècle, elle racheta la chartreuse de Sélignac mise en vente jusqu’au retour des Pères Chartreux en 1928. « On peut le dire, il n’est pas une oeuvre qui ne se soit adressée à Mme Tardy, sans recevoir un secours dépassant les espérances, pas une peine qui près d’elle n’ait trouvé un soulagement »5. On pense qu’elle a du être à l’origine de dons ou d’un legs pour le Sacré-Coeur, étant donné ses relations avec Mgr Manier et l’ordination de son fils, l’abbé Louis Tardy, en 1923 par ce dernier.

 

Une dizaine d’autres ont été financés par des « don anonyme » ou des personnes ne mentionnant que leurs initiales pour conserver une certaine discrétion. Deux d’entre eux ont fait l’objet de dons multiples et portent l’inscription « don d’un groupe de catholiques » ou encore « familles de la paroisse »6.

 

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Ces mentions nous rappellent que l’église du Sacré-Coeur a pu être édifiée grâce à une souscription auprès des fidèles et que, pendant des années, le dimanche qui suit la fête du Sacré-Coeur en juin, une quête était prescrite pour la future basilique du Sacré-Coeur. Le Chanoine Rynois usera de techniques que l’on appellerait aujourd’hui de « markéting » diverses et toujours inventives pour continuer à solliciter la générosité de tous et voir debout la basilique qu’il espérait : « aidez-nous à finir une belle église ». Il fera notamment appel aux membres de la Garde d’Honneur répandus dans le monde entier, qui répondront favorablement.

 

« Elevée avec les libérales offrandes du riche comme avec la modeste obole du pauvre », Mgr Manier invite les chrétiens à donner un peu de leurs ressources « pour faire une perpétuelle amende honorable pour les blasphèmes, les péchés et l’indifférence coupable qui blessent douloureusement le Coeur de Notre-Seigneur. (…) Ménageons-nous l’effusion des grâces promises par le Sacré-Coeur ; faisons à Notre-Seigneur une large part dans les ressources que la Providence nous a départies ». On peut rappeler ici la bénédiction que le Pape Pie X avait lui-même donnée le 6/02/1911 « pour nos chers Fils qui contribueront de quelque manière à l’érection de la nouvelle église dédiée au Sacré-Coeur de Jésus, Nous implorons les faveurs spécialement réservées à ceux qui ont le zèle de la Maison de Dieu et Nous leur accordons de tout coeur la Bénédiction Apostolique ».

 

Une belle réussite artistique et spirituelle

 

« En méditant devant ces tableaux vivants, on sent que l’artiste qui les a conçus porte dans son coeur la foi qui vivifie et qu’en les traduisant sur le verre, il a voulu parler avec ardeur au coeur du peuple : c’est ainsi que faisait Fra Angelico quand il peignait ses anges et ses saints. Contemplées par tous, du savant comme de l’ignorant, du riche comme du pauvre, ces verrières seront d’un enseignement perpétuel »7.

 

C’est ainsi que Mgr Prévost décrivait les vitraux de l’église de Fall River aux Etats-Unis réalisés eux-aussi par Mauméjean Frères. Cette sensation de catéchèse en image, d’une grande intensité et d’une grande ferveur tout en restant accessible à tous s’applique également pour les beaux vitraux du Sacré-Coeur.

 

Un critique écrira même ce bel éloge dans l’Album Officiel de l’Exposition des Arts Décoratifs Modernes à Paris en 1925 : « Le vitrail est un poème sorti du coeur de l’artiste qui en a conçu le sujet et qui, d’après son inspiration, met dans l’ensemble une harmonie telle que le sujet représenté s’idéalise et se place au-dessus des choses terrestres. MM. Mauméjean nous paraissent avoir réalisé ce poème »…

 

Et je laisse à M. Emile d’Arnaville, journaliste au Figaro en 1925, le soin de conclure ce concert de louanges : « Originalité de la composition, puissance du dessin, richesse des couleurs, nouveauté de la technique, ces curieuses verrières témoignent d’un louable et noble effort dans la renaissance du vitrail. Je ne doute pas que, dans cent ans, nos descendants ne s’extasient devant elles ».

Puissent ces quelques lignes bien modestement lui donner raison…

Violaine Savereux

Chargée du patrimoine mobilier diocésain

Service diocésain de l’Art Sacré

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Nous remercions le Père Xavier Roquette de nous avoir donné libre accès aux archives et le Père Roch Valentin, qui nous a guidé dans nos recherches grâce à sa bonne connaissance de l’histoire du Sacré-Coeur et nous a aidé à approfondir le sens théologique des vitraux. Nous adressons nos remerciements à M. Claude Brichon et à Mlle Elisabeth Roux des Archives municipales de Bourg-en-Bresse. Merci enfin à Mlle Charlotte Chesnel, stagiaire au Service diocésain de l’Art Sacré, de son aide efficace pour dépouiller, synthétiser, classer et ranger les très riches archives paroissiales.

 

Copie de 16 mai - Sacré-Coeur

 

Notes :

1. Le Figaro, Charles Mauméjean cité par Emile d’Arnaville, 4/10/1925

2. Id.

3. Foires et Expositions, 25/03/1926.

4. Pierre Ladoué, La Vie Catholique, 5/09/1925.

5. In Madame Charles Tardy (1863-1935), Bourg, Imprimerie Jeanne d’Arc, 1936. (Archives municipales de Bourg-en-Bresse : L XXVII 15).

6. Voici, pour leur rendre hommage, la liste précise des noms des donateurs figurant sur les vitraux : Familles Maillard et Duclos, Familles Duby-Fonlupt, Famille B. Fonlupt, Famille Brevet-Darnand, M. et Mme E. Chaudouet, En souvenir de Michel Burnier, En souvenir de M. et Mme Charles Tardy (3 baies du choeur), Famille Masse-Rodet, Famille Dedienne, Famille Thaillon-Blandin, Famille Feltin-Rohvy, Famille Perdrix-Pivot, Famille de Louis-Joseph Cuzin, Monsieur Georges Raimbert.

7. Album de Mgr Prévost, église Notre-Dame-de-Lourdes à Fall River, Mass. , USA. –

 

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