L’Avent au fil des crèches XXe des églises de l’Ain

Tradition ancienne mais bien vivante aujourd’hui, la crèche suscite toujours un intérêt et une émotion. Elle ravive la fraîcheur de l’âme, l’émerveillement et reste signe d’espérance et de paix. Chaque famille, chaque église a la sienne et certaines communes se groupent pour créer des itinéraires spécialisés pendant l’Avent. Venez découvrir quelques unes des plus belles crèches du XXe siècle, créées pour les églises de l’Ain…

 

Un peu d’histoire…

Au début du Ve siècle, le pape Sixte III fait construire à Rome une première imitation de la grotte, dans l’église nommée Sainte-Marie-à-la-crèche – qui deviendra Sainte-Marie-Majeure – pour accueillir les morceaux de bois de la prétendue véritable mangeoire de Bethléem, ramenés de Palestine. Plus tard, en 1223, dans la forêt de Gubbio tout près d’Assise, saint François met en scène la première crèche vivante, trois ans avant sa mort et avec l’autorisation du pape. Les crèches que nous connaissons aujourd’hui, où sont rassemblées en une même scène la Nativité, l’adoration des bergers et celle des Mages, datent du XVIe siècle. La tradition se propage depuis le pourtour méditerranéen (Espagne, Italie) jusqu’au Nord (Alsace) et l’Est de l’Europe. En 1504, sainte Jeanne de France, première épouse de Louis XII, offre ainsi une crèche aux religieuses de l’Annonciade, ordre contemplatif qu’elle a fondé à Bruges quelques années auparavant. Sous l’Ancien Régime, la grande crèche baroque connaît un immense succès en Espagne, Italie, Allemagne et Autriche, mais n’a pas d’équivalent en France. La plus ancienne crèche provençale connue remonte à 1644 au Sanctuaire Notre-Dame-des-Anges, situé entre Aix et Marseille. Réalisée par Etienne Laloissier, il n’en reste aujourd’hui que la Vierge et saint Joseph. L’interdiction, faite pendant la Révolution, de présenter en public des scènes religieuses favorise le développement des crèches domestiques et le commerce des petits personnages en habits du XVIIIe siècle, qui seront appelés plus tard des santons, d’un mot provençal signifiant « petit saint ».

 

Entre reconstitution fidèle… et créativité

Censée reconstituer un évènement historique situé quelque part en Judée il y a environ 2 000 ans, la crèche prend des libertés et ne se plie à aucun impératif de temps ni d’espace. Elle s’adapte aux différentes populations : l’Enfant Jésus, né sémite en Palestine, aura les yeux bridés en Asie, la peau noire en Afrique, les cheveux blonds en Europe occidentale… Elle rassemble à la fois les personnages bibliques et les spectateurs d’hier et d’aujourd’hui, laissant une grande part à l’imagination. La scène se situe alors dans un environnement familier, au milieu du peuple où elle est née, où les « braves gens » parlent avec l’accent provençal s’il le faut…

 

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La crèche en cire de Sainte-Madeleine de Bourg

Datable de 1935, cette crèche illustre bien la production en cire du début du XXe siècle, confectionnée et soigneusement conservée par des religieuses, le plus souvent. Ici, il s’agit d’une dizaine de personnages avec un corps de mannequin en toile rembourrée de paille, pouvant prendre différentes positions, que l’on revêt de tuniques et d’ accessoires comme la coiffe de la Bressane. Les extrémités, tête, mains et pieds, sont en cire très finement sculptée, donnant une grande intensité émotionnelle à certains visages. Cette crèche, dont les religieuses de Saint-Joseph ont pris soin des années à la chapelle Sainte-Madeleine de Bourg, est aujourd’hui propriété du Conseil général de l’Ain. Excessivement fragile, elle est conservée dans les meilleures conditions et a été restaurée partiellement en 2006. Cette année, grâce à une convention de prêt, elle est exceptionnellement prêtée et exposée à l’église du Sacré-Coeur pendant le temps de Noël. Ne manquez pas de venir l’admirer ! 

 

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Corbonod : une fresque de la Nativité

Au revers de la façade de cette église des extrémités de l’Ain, se trouve une fresque de 1934 représentant fidèlement la scène de la Nativité. Elle a été peinte par Francis Montanier (1895-1974), peintre d’intérieurs et de paysages, dessinateur et graveur né à Lyon. Elève d’Ernest Laurent, il remporte le Prix de Rome de gravure en 1924. Il peut ainsi passer un long séjour à Rome où il apprend la technique de la fresque. Il reprend l’atelier de Derain, se lie d’amitié avec Georges Braque et expose ses créations personnelles.

Ici, la scène est fidèle au dépouillement décrit dans la Bible. Au centre, la Vierge Marie agenouillée tient l’Enfant Jésus emmailloté sur ses genoux, qui lève ses bras au ciel. A leurs côtés, la mangeoire de paille recouverte d’un linge, sur lequel un petit berger dépose un bouquet de fleurs des champs, est gardée à l’arrière-plan par l’âne et le b?uf. Saint Joseph se tient émerveillé sur la droite. Au loin, un ange montre le chemin à deux bergers accompagnés de leur chien. En bas de la scène, une inscription : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ».

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Une crèche en plastique à Oyonnax

Ce moulage polyester a été réalisé en 1963 par le père Jean d’Auferville (1929-2007) qui a vécu dans la cité du Plastique. Ayant notamment été aumônier du Lycée des Plastiques, le Père d’Auferville, sculpteur averti, a eu accès à la technique et au savoir-faire de ses paroissiens et amis. Il confectionne d’abord des moules de plâtre dans lesquels on coule de la résine blanc-gris, chauffée jusqu’au point de fusion où la matière est légèrement pâteuse, puis durcie par refroidissement. Toute la difficulté réside dans la coloration de la matière avec des poudres minérales ou végétales qu’il faut bien doser pour obtenir cette matière translucide. Le musée du Peigne et de la Plasturgie d’Oyonnax a acheté cette crèche au Père d’Auferville et la conserve aujourd’hui en la présentant de temps en temps. Elle est reproduite dans un livre que ses amis ont édité il y a quelques années et où figurent également les autres crèches en bois ou en terre cuite qu’il a réalisé.

 

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Signalons au passage la belle représentation épurée de la Nativité qu’il a réalisée en bois à Oyonnax, en 1975, et dans laquelle figurent la Vierge Marie et l’Enfant Jésus dans un bloc et saint Joseph dans un autre, tous avec de grandes mains pour accueillir l’humanité dans son entier.

 

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La crèche en bois de Saint-Pierre-Chanel à Bourg

Marie-Michèle Plagne, professeur d’arts plastiques à Bourg-en-Bresse et artiste, a sculptée cette crèche pour Noël 1996 dans un tronc de cerisier. Monobloc, elle se réduit à la sainte Famille, disposée selon une composition triangulaire qui évoque intimité, paix et sécurité. Saint Joseph, à l’arrière plan, veille sur la Vierge Marie et sur l’Enfant Jésus blotti contre lui, qu’il protège de sa main gauche. Derrière leurs yeux clos, les personnages ont une grande présence et invitent le visiteur au recueillement.

 

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Sur le thème de la Nativité, Marie-Michèle Plagne est aussi l’auteur d’une crèche en béton cellulaire réalisée en 1979 et d’un triptyque de la Nativité peint en 2000.

 

Exceptionnelles ou modestes, mises en scènes sobrement ou de manière originale par la communauté paroissiale, les crèches attirent toujours les visiteurs et les enfants. Ils poussent les portes de l’église pour être émerveillés, saisis par la joie de Noël et touchés par le mystère de Dieu fait homme, pauvre parmi les pauvres.

Violaine Savereux, Chargée du patrimoine mobilier diocésain

Service diocésain de l’Art Sacré

Conservateur délégué des Antiquités et Objets d’Art de l’Ain (CDAOA)

 

Photo 1 : La crèche en cire de Sainte-Madeleine de Bourg.

Photo 2 : A Corbonod, fresque de la Nativité, peinte par Francis Montanier en 1934.

Photo 3 : Crèche en plastique réalisée par le père Jean d’Auferville en 1963.

Photo 4 : Nativité en bois, réalisée par le père d’Auferville en 1974.

Photo 5 : La Crèche de Saint-Pierre-Chanel, sculptée dans un tronc de cerisier par Marie-Michelle Plagne en 1996.

Photo 6 : Crèche en béton cellulaire réalisée par Marie-Michelle Plagne en 1979.

 

 

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